19 octobre 2015

L'internet, entre extase et effroi

 

net-research

- « Every year I look more and more like the guy on the right »
Christopher Blattman cite un dessin de Asher Sarlin
http://chrisblattman.com/2015/10/16/happy-8th-blogiversary/

Curieuse caricature, avec un Internet sans machine et un travail universitaire réduit à l'usage d'une machine à écrire.

 

« Alcool, tabac, cannabis, héroïne, cocaïne… Leur usage comporte des risques pour votre santé... Tout comme les jeux-vidéo peuvent impacter votre vie sociale ». http://www.paris.fr/reduction-des-risques

On peut y ajouter un grand nombre de réunions publiques animées par des policiers, des gendarmes ou des psychologues.
Une mention brève cite quelques avantages du web.
Mais 99 % de la réunion consiste à dénigrer les usages du numérique. L’Internet est placé au milieu des addictions qu'il faut fuir. La suite de l'intervention accumule des Une multitude d'incidents plus tragiques les uns que les autres sont énumérés. Il n'est pas compliqué d'imaginer l'effet de ce discours anxiogène sur des parents qui ont parfois des relations difficiles avec leurs adolescents. Des discours qui ont servi en 1920 aux USA (prohibition de l'alcool) et en France (interdiction de toute forme de contraception). Aujourd'hui, ce sont les discours de haine de toute forme de modernite qui entretiennent un climat de panique morale dont certains politiques sauront tirer profit.


Très tôt, un Manière de Voir a résumé l'attitude des médias devant le numérique :
ils balancent entre l’extase et l’effroi.

L’extase ?
Il leur faut d’abord relayer tous les discours de promotion tenus par les communicants et les commerciaux. Il faut vanter les mérites de la dernière technologie afin de légitimer la dépense de l’argent public. Avec un ordinateur, il n'y aurait plus d’échec scolaire, plus d’inégalités sociales. Ce type de discours ne passe plus, et les critiques ont été vigoureuses lors des dernières annonces de François Hollande (des tablettes pour tous).
L’effroi, c’est aussi le temps passé devant les écrans (on désole même que les jeunes regardent moins la TV que les anciens).
L'effroi, c’est le copier et coller de devoirs vendus par des entreprises du périscolaire.
L'effroi, c’est la violence de nombreux jeux.


Ce double regard a des tas de défauts.

- Il repose sur un fossé énorme entre les discours des journalistes et les pratiques des internautes (dont font partie les journalistes).
Le numérique est trop souvent perçu comme un support annexe. Le livre reste la référence obligée, pour être invité à la TV ou à la radio. Les magazines ont repris à l’envi les préjugés de Nicholas Carr sur la mort de la lecture dite longue ou lente. Sans imaginer un seul instant que le rythme des spots de pub, ou qu’une information émiettée au milieu de pleines pages de pub n’étaient pas les meilleurs moyens d’entretenir une attention soutenue.

- Il évite de questionner la responsabilité des patrons de chaînes de TV : la course à l'audience sert d'excuse pour toute dérive inadmissible.

- Les médias imposent une course à l’anecdotique, à l’instant et au « nouveau » alors que l’exceptionnelle capacité d’archivage du web devrait encourager un travail de fond dans la durée (cf. les revues diffusées par Persée).

- Il néglige le coeur de la pédagogie.
Que veut-on enseigner ? A quels élèves ? Avec quelles méthodes ?
A ce jour, en classe, les effectifs sont l'obstacle majeur à toute la généralisation du numérique.

Les usages réels de l’Internet sont d’une très grande variété, chaque internaute développant un usage spécifique en fonction de ses centres d’intérêt et de ses savoir-faire.
Le scolaire n’y occupe qu’une place restreinte : les pages web sont rarement conçues pour des lycéens ou des collégiens

Un cours ne serait-il qu’un récit et un texte mis en ligne, en version payante ou gratuite ?

Il faut aussi éviter les discours sur la masse et le volume dans l'histoire scolaire.
Avoir entrevu le nom de chacun des 1,4 M de soldats tués en 1914-1918 (ou des 9 M à l'échelle de l'Europe) n'a pas d'intérêt en soi.
Par contre, il y a beaucoup à apprendre à partir du sort de Théophile Maupas, du combat de sa veuve, d'extraits des Sentiers de la Gloire, des débats actuels à propos des fusillés de 1914-1918.

- Cette couverture médiatique laisse de côté des enjeux économiques majeurs.
Pourquoi le numérique a-t-il permis de bâtir des fortunes colossales, sans relation avec la qualité des services proposés ?
Pourquoi les multinationales du GAFAM et du NATU encouragent-elles des discours libertariens et une haine de tout ce qui est public ?
Le numérique ne peut-il avoir d’autre perspective que celle de la privatisation et de la précarisation ?
http://rue89.nouvelobs.com/2015/08/02/apres-les-gafa-les-nouveaux-maitres-monde-sont-les-natu-260551


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02 juillet 2012

Internet dans l'Histoire

 

Histoire de l’Internet, l’Internet dans l’histoire

Les numéros thématiques sur l’histoire de l’Internet appliqué aux sciences sociales se multiplient ces derniers temps (cf SHMC, Eric Guichard...). Deux nouveaux chemins d’accès aux recherches des historiens :

- Le Temps des médias, no 18 
Le sommaire n’est pas encore en ligne sur le site web,
mais il l’est chez Cairn : http://www.cairn.info/revue-le-temps-des-medias.htm
http://www.histoiredesmedias.com/-Le-Temps-des-Medias-.html

extraits :
Aux origines américaines de l'Internet
La gouvernance de l'Internet. Une internationalisation inachevée
Révolution 0.1
Les médias sociaux : une histoire de participation
R@S : la naissance d'un acteur majeur de l'« Internet militant » français
Protester sur le Web chinois (1994-2011)
La mémoire culturelle d'Internet : le folklore de Usenet
Les langues sur Internet : de l'hégémonie de l'anglais au règne de la traduction
 « A l'image de l'Homme » : cyborgs, avatars, identités numériques
Réseaux de communication horizontale, un aperçu à travers le temps
L'historiographie de sites Web : quelques enjeux fondamentaux
L'histoire de l'Internet au prisme des STS


- Une demi-journée a été organisée par la Société d’histoire des médias à l’INA
Le compte rendu est à lire en ligne
http://www.histoiredesmedias.com/Compte-rendu-de-la-journee-d-etude.html


4 chantiers ont été abordés lors de la journée du 21 mai 2012 :

1 - Faire l’histoire de l’internet comme d’un média parmi d’autres (quelles sources ? quels concepts pour une histoire largement auto-référencée ?)
« Sortir d’une perspective techno-centrée, portée notamment par le discours des entreprises qui promeuvent les technologies, qui tend à parler trop vite de changement radical, pour interroger l’épaisseur sociale, le contexte composite de production et d’usages des technologies ».
Quelle gouvenance ? Le CR parle de « Pluralité normative » (Lessig) résultat d’un arbitrage entre l’architecture technique, la loi, les pratiques, les exigences commerciales.
Au temps du télégraphe, les polémistes vilipendaient déjà la dégradation du langage, la perte de l’intimité …

2 - Relier l’histoire de l'Internet à celle des autres médias.
Un moyen d’échapper au couple extase - effroi
Enjeux de la conservation du web, types de source, indexation et métadonnées …
Louise Merzeau - http://prezi.com/s4ftpmd52cj8/ateliers-dlweb/

3 - Faire l’histoire des médias autrement à cause d’internet.
« Comme le montre par exemple Janet Abbate, l’internet contribue à bousculer des catégories acquises, à relier technologie et contenu, ou bien production et usages, mais aussi la catégorie du « national », ce qui contribue à revenir sur l’histoire des médias telle qu’elle s’est écrite jusqu’à ce jour ».

4 - Relier l’histoire de l’Internet à l’histoire contemporaine.
cf les lectures actuelles de la notion de démocratie (généralité et particularité, redistribution ou reconnaissance).

Philippe Rygiel : quelle formation informatique des historiens ? quelle collaboration entre historiens et informaticiens ? Faut-il développer un groupe d’intermédiaires ?


Un changement à obtenir des marchands :
L'abonnement à 2 numéros de la revue coûte 45 euros.
La vente à la découpe des articles coûte près de 100 euros (19*5).
Curieuse exploitation commerciale des gains de productivité permis par l'Internet.


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