12 avril 2016

Germaine Tillion, mémoires du siècle

 


Germaine Tillion, Mémoires du siècle 29.07.1987,
rediffusion les Nuits de France-Culture 21.02.2016
http://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/memoires-du-siecle-germaine-tillion-ou-le-combat-pour-la
http://www.franceculture.fr/personne-germaine-tillion.html

- Comprendre et expliquer, pour un résistant déporté, c'était vital
A Ravensbruck, GT explique aux autres déportées comment fonctionnaient les camps,
la différence entre camp d'extermination  et camp de travail.
Dans un camp d'extermination, il faut quand même travailler, sinon il ne rapporte rien,
dans un camp de travail, il faut quand même mourir
pour un être humain, le pire, c'est de ne pas comprendre ce qui lui arrive.


- Sur l'Algérie, elle évoque ce qu'elle a par la suite raconté dans Les ennemis complémentaires (2005)

Selon elle, cette guerre là n'aurait pas du avoir lieu.
Elle a pris un tour tragique, alors que dans les deux camps
il existait une réelle volonté d'arrêter le conflit.

Ecouter le récit de sa rencontre avec Yacef Saadi
et ce qu'elle en rapporte à André Boulloche, ancien résistant,
chef de cabinet de Bourgès-Maunoury en 1957
http://fr.wikipedia.org/wiki/André_Boulloche

tillion

Germaine Tillion (1907-2008)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Germaine_Tillion

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17 mars 2016

Germain Tillon : Comprendre pour Lutter

 



« En t’écoutant, nous n’étions plus des Stücks, mais des personnes ; nous pouvions lutter, puisque nous pouvions comprendre. » (Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Lettre à Germaine Tillion, préface à Germaine Tillion, Nous pouvions lutter, puisque nous pouvions comprendre (Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Lettre à Germaine Tillion, préface à Germaine Tillion, La Traversée du mal, 2000.) Ces quelques mots que Geneviève de Gaulle adresse à Germaine Tillion en disent long sur son aura intellectuel, sur son rôle de fédérateur et de passeur.

Ethnologue déjà bien rompue à l’enquête de terrain depuis son séjour dans les Aurès (1934-1940), un peu plus âgée que la plupart de ses camarades de déportation, elle s’attache à décrypter les ressorts et les logiques internes de Ravensbrück. Par divers moyens de fortune – dont la parodie d’opérette Le Verfügbar aux Enfers représente l’une des tentatives les plus emblématiques – elle partage les résultats de son analyse avec ses co-détenues pour les aider à comprendre le fonctionnement du camp, à le surmonter pour mieux lui résister.

L’écriture de l’histoire du camp constitue, parmi d’autres actions plus abouties comme les sabotages, une forme essentielle de résistance au système infernal de négation et de destruction de l’être humain ».


Germaine Tillion : expérience et connaissance. Retour (s) sur une exposition
Cécile Vast
avec la collaboration de Vincent Briand, 13.03.2016
http://ecoleclio.hypotheses.org/520#more-520


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12 janvier 2016

Expliquer, comprendre, excuser...

 

Culture de l'excuse ? les sociologues répondent à Valls, Libération 12.01.2016
http://www.liberation.fr/debats/2016/01/12/culture-de-l-excuse-les-sociologues-repondent-a-valls_1425855

Valls : « Pour ces ennemis qui s'en prennent à leurs compatriotes, qui déchirent ce contrat qui nous unit,
 il ne peut y avoir aucune explication qui vaille ; car expliquer, c'est déjà vouloir un peu excuser ».
« Manuel Valls ferait-il un déni de savoir ?? Voilà trois fois qu'il s'en prend à tous ceux,
sociologues et chercheurs, qui tentent de comprendre les violences contemporaines ...»


- Cette position est indigne pour Farhad Khosrokhavar.

Bernard Lahire : « notre métier consiste à rendre raison, de la façon la plus rigoureuse et la plus empiriquement fondée, de ce qui se passe dans le monde social ». « A écouter certains de nos responsables politiques, on pourrait en déduire qu'une démocratie a besoin de policiers, de militaires, d'entrepreneurs et de professeurs de morale mais en aucun cas des chercheurs et des savants ».

Pour Geoffroy de Lagasnerie, "Eexcuser, c'est un beau programme de gauche ».


- La tentation de la paresse intellectuelle n’est pas nouvelle.
Elle a parfois été mise en avant par l’entourage de Lanzmann à propos de la destruction des juifs d'Europe.

En réponse, relire ce qu’écrivait Primo Levi :
« Peut-être que ce qui s’est passé ne peut pas être compris, et même ne doit pas être compris, dans la mesure où comprendre, c’est presque justifier. En effet, « comprendre » la décision ou la conduite de quelqu’un, cela veut dire (et c’est aussi le sens étymologique du mot) les mettre en soi, mettre en soi celui qui en est responsable, se mettre à sa place, s’identifier à lui. Eh bien, aucun homme normal ne pourra  jamais s’identifier à Hitler, à Himmler, à Goebbels, à Eichmann, à tant d’autres encore. Cela nous déroute et nous réconforte en même temps, parce qu’il est  peut-être souhaitable que ce qu’ils ont dit - et aussi, hélas, ce qu’ils ont fait - ne nous soit plus compréhensible. Ce sont là des paroles et des actions non humaines, ou plutôt anti-humaines, sans précédents historiques, et qu’on pourrait à grand-peine comparer aux épisodes les plus cruels de la lutte biologique pour l’existence. Car si la guerre peut avoir un rapport avec ce genre de lutte, Auschwitz n’a rien à voir avec la guerre, elle n’en constitue pas une étape, elle n’en est pas une forme outrancière. La guerre est une réalité terrible qui existe depuis toujours : elle est regrettable, mais elle est en nous, elle sa propre rationalité, nous la « comprenons ».

« dans la haine nazie, il n'y a rien de rationnel : c'est une haine qui n'est pas en nous, qui est étrangère à l'homme, c'est un fruit vénéneux issu de la funeste souche du fascisme, et qui est en même temps au-dehors et au-delà du fascisme même. Nous ne pouvons pas la comprendre; mais nous pouvons et nous devons comprendre d'où elle est issue, et nous tenir sur nos gardes.
Si la comprendre est impossible, la connaître est nécessaire ... »
http://clioweb.free.fr/dossiers/39-45/primolevi.htm

- Comment penser le 11 janvier 2015 ?
Quels savoirs, quels débats faut-il mobiliser un an après pour éclairer ce qui s'est passé ?
ENS Ulm + France-Culture
franceculture.fr/partenariat-jo

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21 juin 2013

Tuer l'histoire-géo scolaire ?

 

Un billet publié par un blog du Monde analyse les sujets d’HG tombés en 1ere et en Term ES-L
http://baccalaureat.blog.lemonde.fr/2013/06/20/on-voudrait-tuer-lhistoire-geo-au-lycee-quon-ne-sy-prendrait-pas-autrement/

Les sujets du bac 2013 en Term ES-L :
Geo : 1 - L’Afrique du Sud : un pays émergent.
2 - Les territoires dans la mondialisation : une inégale intégration.
Histoire : Gouverner la France depuis 1946
(de Gaulle, mémoires - Chirac, déclaration de 1986)
http://eduscol.education.fr/prep-exam/sujets/13HGELMLR1.pdf

Les sujets HG en Première S (dernière année pour l’épreuve voulue par Chatel) :
1 - En vous appuyant sur l’étude de cas traitée dans l’année, présentez la gestion durable d’un milieu : enjeux, acteurs, réalisations, effets.
2 - La localisation des activités sur le territoire français et la mondialisation **.
doc
L’économie-monde britannique (Elisée Reclus sur Londres en 1860)
ou
L’Union européenne dans la mondialisation (carte et texte court)
http://eduscol.education.fr/prep-exam/sujets/13HGSCMLR1.pdf


Pour l'auteur, les sujets du baccalauréat 2013 en histoire-géographie sont triplement révélateurs :
1 - Une incapacité à mettre en sujets, d'une manière équilibrée, des programmes incohérents
2 - Les programmes incitent au gavage d'oies, ils oublient que l'HG ce peut être aussi le plaisir d’interroger et de comprendre.
3 - Repenser les finalités du bac en HG est une urgence.

« Que disent les programmes de géographie du lycée ? Que le monde est complexe, que l'Europe et la France y ont leur place, et que nous pouvons, par l'étude des paysages, des aménagements, des modes durables de développement, à différentes échelles, faire comprendre à nos élèves ce qui les entoure pour qu'ils en déduisent l'action qui pourrait être la leur, et que leur monde ne se réduit pas au pré carré de leurs seuls intérêts individuels.
Que disent les sujets ? Que la géographie évaluée est un piège. On voudrait tuer la matière au lycée qu'on ne s'y prendrait pas autrement ».


** Première S - La localisation des activités sur le territoire français et la mondialisation
Un autre collègue rappelle l'existence d'allègements  (Arrêté du 5 novembre 2012)
« Les espaces de production agricole en lien avec les marchés européens et mondiaux. » sont supprimés.
les mots : « La France, pôle touristique mondial » sont supprimés
http://www.legifrance.gouv.fr
Les correcteurs seront-ils explicitement invités à en tenir compte ?

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02 mars 2012

A. Wierviorka - L'heure d'exactitude - 2

 

AW

source : La Grande Librairie - France 5


Parmi les invités de la Grande Librairie du 01.03.2012
http://www.france5.fr/la-grande-librairie/?page=videos&id_article=6278

Annette Wieviorka, à partir de la 19e minute
à propos de l'ouvrage L’heure d’exactitude. Histoire, mémoire, témoignage, le livre d'entretien réalisé avec Séverine Nikel. Le titre vient d'Apologie pour l'histoire, l'ouvrage de Marc Bloch : pourquoi l'usage des mots justes a-t-il autant de mal à s'imposer dans l'espace public ?

Une vidéo rappelle le parcours de l'historienne et ses ouvrages :
1983 - Les Livres du souvenir , mémoriaux juifs de Pologne
Déportation et génocide, thèse publiée en 1992
1998 L'ère du témoin
1999 Auschwitz expliqué à ma fille
http://fr.wikipedia.org/wiki/Annette_Wieviorka
http://www.france5.fr/la-grande-librairie/?page=videos&id_article=6284

Un grand-père journaliste et écrivain, déporté et assassiné par les nazis.

Le travail sur les livres du souvenir , et l'influence du roman de John Hersey
qui met en scène Ringelblum, l'archiviste du ghetto de Varsovie.

Pourquoi le détour par le marxisme et le maoisme ?

Le témoin et ses limites ? Le vécu, le ressenti a besoin de sens,
d'où l'appui parfois sur le travail des historiens, sur le roman ou le cinéma.

Comprendre, est-ce obscène ?
AW est en total désaccord avec ce type d'interdit jeté par Claude Lanzmann.

La dignité de l'homme, c'est de chercher à comprendre,
soit en passant par le comment (Hilberg), le pourquoi (Poliakov, Friedlander)
Mais plus on travaille ce sujet, moins on comprend.
On voit de mieux en mieux les mécanismes,
mais il reste un noyau qui échappe à l'entendement :
celui de la noria des convois et de l'assassinat des êtres humains par les nazis.

Quel portrait idéal de l'historien ?
Les pionniers ont eu du mal à se faire entendre et n'ont pas eu de poste à l'université ou dans la recherche. AW revendique un idéal d'intellignce, de courage, avec une dose d'humour. Sans oublier l'amour de l'écriture : l'historien est aussi un écrivain

Elle évoque l’influence de la littérature sur son travail, à travers John Hersey, The Wall, 1950 - La muraille - Folio 1979
Hersey's The Wall, based on Emmanuel Ringelblum's Notes from the Warsaw Ghetto
In 1950 Hersey's novel The Wall was published, an account presented as a rediscovered journal recording the genesis and destruction of the Warsaw Ghetto, the largest of the Jewish ghettos established by Nazi Germany during the Holocaust.
http://en.wikipedia.org/wiki/John_Hersey
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article36

" La Muraille est le récit de l'extermination systématique des Juifs du ghetto de Varsovie et de l'héroïque résistance qu'opposèrent ces hommes et ces femmes sans défense à la force brutale des Allemands. Mais le véritable sujet du livre est l'histoire de la conquête spirituelle que réalisa un groupe d'amis, et qui leur permit d'affronter sans crainte, et avec un véritable sentiment de victoire, l'anéantissement physique".
http://www.gallimard.fr/Folio/implivre.action?codeProd=A37131


- L'heure d'exactitude a été présenté dans La Fabrique de l'histoire du 09.12.2011


rappels
- Mémoires de la Shoah
L'écouter dans un très long entretien (7 heures) avec JB Peretié en 2006 - mis en ligne par l'INA
http://clioweb.canalblog.com/archives/2010/04/07/17491914.html

- En janvier 2008, l'émission A Voix nue a consacré une semaine à l'historienne
http://clioweb.free.fr/presse/aw.htm

- La page du CNRS (publications, colloques, conférences) :
http://irice.univ-paris1.fr/spip.php?article115



Avant l'intervention de Florent Brayard, une vidéo présente les auteurs et les ouvrages majeurs dans l'histoire de la destruction des juifs d'Europe : Hilberg, Lanzmann, Klarsfeld, AW, Friedlander, Paxton, Browning, Goldhagen ...
http://www.france5.fr/la-grande-librairie/?page=videos&id_article=6293

 
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01 mars 2012

La volonté de comprendre

 

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L'Europe sous la domination nazie, manuel Bordas, 3e, 1971


- A Falaise, hier soir, conférence de Bertrand Lécureur sur L'image du nazisme et de ses crimes dans les manuels de collège (F, All, RU, B). Le sujet d'une thèse dirigée par C. Amalvi et soutenue à Montpellier. http://www.theses.fr/2010MON30036

Selon BL, le poncif sur le silence et le tabou est à nuancer.
cf l'ex du manuel Bordas de 3e en 1971 : http://clioweb.free.fr/manuels/1temp/b3-71/

Cette conférence a été l'occasion de constater une fracture entre les références des adultes et celle des ados soumis en ce moment au brouillage de l’histoire. Que reste-t-il aujourd'hui d'Hitler et du nazisme dans les manuels chatel de 1ere ?

Un détail : en 1966, le programme de 3e évitait le XXe en ne traitant que la période 1715-1870


- « Aux Larmes Lycéens », L'Histoire n° 373
Annette Wieviorka critique la dérive compassionnelle des nouveaux programmes d’histoire de la 1ere chatel :

Extraits :
« Les gens sont méchants , déplorait l’humoriste Fernand Raynaud pour faire rire nos grands-parents qui n etaient pas dupes. Nicolas Sarkozy pense, lui, que c’est la folie des hommes qui cause des génocides. Avec un tel présupposé, enseigner l’histoire reviendrait à extirper le mal ou la folie, présent en chacun de nous en communiant avec les souffrances des hommes du passé. A cette aune, tout se vaut. C’est la défaite de la volonté de comprendre.

Les manuels obéissant aux programmes, les hommes au pouvoir pendant cette période sont pratiquement absents, comme le sont l’Alsace-Lorraine ou les notions de patriotisme ou de nationalisme qui, pourtant, ont une histoire. La psychologie règne en malte. Les hommes sont « traumatisés» comme le sont les sociétés. Il n’est pas question de la révolution bolchevique, ni d’ailleurs du traité de Versailles. Rien ne permet de comprendre le monde qui naît de cette guerre, sinon que tout le monde a beaucoup souffert.

Vient la Seconde Guerre mondiale dont la particularité est d’être un « degré supplémentaire dans la guerre totale ». Le lycéen ne sait toujours rien de Hitler, du nazisme, du communisme : ils seront abordés dans les chapitres consacrés au « totalitarisme ». Il ignore et continuera d’ignorer le terme « antisémitisme »

Les auteurs de manuels ont beaucoup travaillé pour rendre ces programmes conformes à l’idée qu’ils se font de leur discipline…

… La 2 GM, une guerre encore plus totale que la Première, est une « guerre d’anéantissement ». Ce terme pourtant, lui non plus, ne va pas de soi… Tous les bombardements sont mis sur le même plan, ceux du Blitz par la Luftwaffe comme celui de Dresde par les Alliés, sans parler de la bombe atomique, « une arme contre les populations civiles ».

Le cours d’histoire devrait être l’occasion de se dégager de l’air du temps, de réfléchir, d’analyser. La conception qui émane des nouveaux programmes est au contraire une conception compassionnelle d’une histoire tendant à faire communier les adolescents dans la douleur du passé ».

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