10 avril 2014

Apo 14-18, la manipulation



Apo 14-18, une modernisation de l'histoire qui tourne à la manipulation, selon l'historien Laurent Véray - Télérama, 25.03.2014

Laurent Veray, un historien, spécialiste de l’image montre comment les manipulations numériques constituent une menace pour la nature des images et leur historicité. Pour cela il a choisi quelques extraits de la série et des discours publicitaires qui l’accompagnent.

Les opérateurs qui ont filmé la guerre étaient des professionnels maîtrisant parfaitement la technique de leur époque. « La dimension esthétique de leurs images disparaît dans la colorisation, le reformatage en 16/9e, la sonorisation hyperréaliste, la musique style blockbuster ».

« Des plans du film Verdun, vision d’histoire (1928), une fiction aux apparences de documentaire tournée en 1928 par Léon Poirier, sont colorisés, y compris ceux de Pétain filmé dix ans après les faits, et amalgamés à des plans d’archives qui d’ailleurs ne concernent pas la célèbre bataille mais les offensives de la Somme (juillet 1916) et du Chemin des dames (avril 1917), de surplus montés à l'envers ».

« Non seulement la colorisation n’apporte rien en matière d’authenticité, mais que toutes les nuances et la beauté des images, propre à l’émulsion, au support en nitrate de cellulose d’origine, disparaissent sous l’artificialité des couleurs ajoutées. Connaissant bien les qualités esthétiques du matériel de départ, je suis frappé par la médiocrité du résultat final ».

« A trop vouloir tout dire et tout montrer, [à l’aune des dispositifs télévisuels d’aujourd’hui]  on finit par basculer dans une sorte d’esthétique du plein au déterminisme discutable… Pour ma part, en matière de représentation de l’histoire, je me fais une autre idée de la « mission de service public » »

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18 janvier 2014

La TV et le mépris de l'Histoire

 

2 sources :
- « Au cœur de la télévision : l'histoire », un article publié par Le Débat, 177 (ne pas chercher un accès gratuit sur le web)
- La télévision et l’histoire, La marche de l’histoire,
http://www.franceinter.fr/archives-diffusions/385461/2013-12
http://www.franceinter.fr/emission-la-marche-de-l-histoire-l-histoire-a-la-television


L'offre peut paraître pléthorique, mais la réalité décrite par Isabelle Veyrat-Masson est moins brillante : 84 % de la TV consommée ne présente pas ou peu d'histoire.

La priorité de la télévision, c'est de vendre de la télévision, ce n'est pas de faire comprendre l'histoire et la durée, .
Le divertissement (en costumes) passe avant la recherche de la vérité historique ; l'histoire ne sert souvent qu'à fournir des intrigues et à diffusion des téléfilms en costumes.
La TV est prise dans deux tourbillons : La course à l'audience et aux recettes de la publicité ; La pression des différents groupes mémoriels

Impossible d'échapper à la politique.
L'histoire est un moyen de parler politique (cf Jacquou le Croquant, misère paysanne, la Restauration - ou les Cathares). Aux débuts de la TV, les politiciens redoutent son influence et toute allusion aux controverses (cf l'Occupation).
La Caméra explore le temps (Castelot, Decaux, Lorenzi, pas de gaulliste) est arrêtée par de Gaulle en 1965
et remplacée par les Dossiers de l'écran (1 film, 1 débat, des questions au téléphone).
En 2007, NS donne la chaîne Histoire à Buisson, son conseiller d'extrême-droite.

La privatisation de la TV renforce des tendances antérieures.
L'histoire en costumes coûte cher, mais elle peut divertir. Les chaînes privées oublient l'histoire rigoureuse. TF1 projette Shoah (une exception) mais surtout Monte-Cristo ou Les rois maudits.
Les grands faits divers sont déclinés ad nauséam (affaire Dominici). Les enigmes et les mystères sont pressurés, même quand tout a déjà été dit et écrit (cf l'assissinat de JFK). Les commémorations servent jusqu'à l'overdose.

Le virage suivant, c'est le brouillage des frontières et la confusion entre histoire et fiction.
En 1992, Hôtel du Parc se place en 1953 et fait lire par des acteurs des textes écrits par les politiciens de Vichy.
Les docufictions se présentent comme plus vrais que les traces laissées par les hommes du passé. Le trucage sert à mettre en image un passé lointain (Lucy ou Toutankhamon).
Apocalypse est un succès d'audience, mais les archives sont truandées, colorisées et sonorisées.
Et la TV donne à des bonimenteurs chantres du roman national le monopole de l'histoire publique (cf. Fontainebleau, les coucheries de Louis XV et de Charlotte-Rosalie).


Cette situation renforce le mépris des clercs (intellectuels) à l'égard d'un média de masse : la TV est capable de filmer pendant une heure un historien de métier, mais de n'en garder que quelques secondes et de le contredire par une petite phrase assénée par un propagandiste à la voix tonitruante.

La TV actuelle peut dénigrer l'histoire scolaire, mais elle ne recule plus devant la fabrique du faux (cf. Jeanne d'Arc sauvée des flammes).
Alors qui a eu l'idée curieuse de titrer l'article « Au cœur de la télévision : l'histoire » ?

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08 novembre 2011

Apocalypse ou la trouille de l’Histoire

 

- Apocalypse ou la trouille de l’histoire
André Gunthert, dans L'atelier des icônes. 07/11/2011
http://culturevisuelle.org/icones/2168


La crise de 1929 ?
Expédiée en 40 secondes et quelques images ...

La colorisation ? Mettre en couleur de façon indifférenciée l’ensemble des images, qu'elles aient été tournées et diffusées en noir et blanc ou qu'elles aient été tournées et diffusées en couleur, afin d’homogénéiser le matériel source, cela empêche le téléspectateur de faire une distinction élémentaire en histoire ...  « Plus aucune couleur, plus aucune nuance n’est ni vraie ni fausse » .
[ La technique a imposé de longues années : les copies en 16 mm de Nuit et Brouillard étaient en noir et blanc. Aujourd'hui, le numérique permet de rétablir la distinction voulue par Alain Resnais entre les archives nazies et les images de 1955. Seule la TV dite publique est capable de nier cette réalité et de toucher coloriser à la manière des cartes postales d'hier ]


« Montrer Hitler ne suffit pas à faire comprendre.
Ou plutôt : montrer Hitler, c’est être sûr de ne pas donner les moyens de comprendre ».

« Il est accablant d’entendre exprimer une telle conception d’une histoire de carton-pâte, si éloignée de l’état actuel des connaissances » ... Empiler les superlatifs et diffuser en prime time une vision aussi désuète de l’histoire c'est une bien curieuse façon de répondre à la demande sociale d'histoire (celle qui a incité un ministre à mettre l'histoire en option en Term S ?).

Lire également les commentaires à la suite de l'article d'André Gunthert (notamment la fausse opposition entre élite et masses, les excès du marketing et de la promotion, l'histoire mesurée à la seule aune de l'audience télévisée ...

Les commentaires sont ouverts sur L'atelier des icônes...

apo-hitler

source : http://culturevisuelle.org/icones/2168


Les critiques très fondées d'André Gunthert rejoignent celles de Libération - 25/10
« Apocalypse Hitler n'est pas un documentaire historique, c'est du cinéma »
http://clioweb.canalblog.com/tag/blockbuster

A relire :
En mettre plein les yeux et rendre «Apocalypse» irregardable
Par Georges Didi-Huberman philosophe et historien de l'art
Libération, 21 septembre 2009
http://www.liberation.fr/medias/0101592227
et
http://clioweb.canalblog.com/tag/immodestie

 
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05 novembre 2010

L'héroïque cinématographe

Plutôt que les 900 caractères de la fiche produit du sceren, plusieurs pistes sur le web à archiver et exploiter...

- La fiche de Teledoc lors de la sortie TV du documentaire
http://www.cndp.fr/tice/teledoc/mire/teledoc_memoiresdelagrandeguerre.pdf
http://www2.cndp.fr/tice/teledoc/actuel/dossiersarchives.htm
Voir aussi la liste H-Français le 14 Nov 2008 - et Claude Robinot

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- En cherchant (en vain) des extraits de l'héroique en vidéo, j'ai croisé un débat organisé en nov 2009 à la Scam avec JF Delassus, L Veray, P Ory... Une occasion de revenir sur des échanges qui ont été très vifs autour du film Le bruit et la fureur (et sur Apocalypse).  http://www.dailymotion.com/video/xbfq8h_philippe-collin

Vers la 19e mn, une courte séquence exploitable en classe, en 2 versions, la séquence originelle muette et en noir/blanc, avec piano, la séquence colorisée, bruitée et dialoguée (mais non retenue dans le film final).

14_18NB

14_18COL

Le débat vérifie l'écart entre une guerre mise en spectacle et en émotion pour faire de l'audience sur France 2, et un regard d'historien sur les images produites par les opérateurs en arrière du front ou les reconstitutions d'après-guerre. (cf la 24e de l'Héroïque, l'attaque, les prisonniers, les cadavres... ou vers la 42e, les civils, Allemands ou Alsaciens)

Le débat est aussi révélateur des représentations de nos élites, sur la brutalisation consentie,   sur le recadrage en 16/9,
sur le choix de manipuler les archives au risque de brouiller les repères historiques.

Surprenant l'obsession de JFD de dévaloriser les images de 39-45 pour vanter celles tournées en 14-18 ou après...

Un paradoxe : l'obsession de la mise en récit  mène vers la fiction au détriment du documentaire.
Dans ce cas, pourquoi ne pas se contenter des excellents films de fiction déjà existants (Les Sentiers de la Gloire,
pas encore colorisés...) ?

une dernière observation : dans l'expo Filmer les camps, Fuller explique que le cinéaste ment : s'il filmait réellement la guerre, la violence insupportable des images nous ferait fuir les salles de cinéma.

Lire aussi sur le Cine Club de Caen
http://www.cineclubdecaen.com/realisat/veray/heroiquecinematographe.htm

- NB hors sujet : les médias s'agitent bcp autour du théâtre d'ombres politicien (course à Matignon, description à la minute près d'un voyage officiel chinois...). Combien de secondes les JT de ce midi ont-ils consacré au climat social et aux manifestations annoncées ce samedi ?

 

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