06 janvier 2012

L'école change-t-elle de modèle ?

 


L'école française est-elle en train de changer de modèle ?
Maryline Baumard - Le Monde - 11.02.2011
Se rapproche-t-elle du système anglo-saxon ? Qu'en pensent les acteurs de terrain ?

Une nouvelle école s'esquisse. Comme face à un puzzle auquel il manque trop de pièces, il est longtemps resté difficile de deviner à quoi l'école de l'après-2012 pourrait ressembler en cas de réélection de la droite. Est-ce qu'on était dans un simple régime minceur - jeudi 10 février, les enseignants sont en grève pour dénoncer une rentrée avec 16 000 postes en moins -, ou dans un changement de modèle ? La réponse s'impose doucement et une architecture nouvelle se dessine.

La pièce maîtresse s'est emboîtée le 12 janvier. Ce jour-là, a été annoncé le passage sous statut dérogatoire de près de 2 000 collèges et écoles. Dès septembre 2011, une part des 354 collèges et 1 725 écoles vont imaginer leur propre projet pédagogique, trouver des enseignants volontaires pour le mettre en œuvre et une organisation sur laquelle l'appuyer. Le tout contractualisé avec le recteur.

La promesse d'une contagion territoriale. Ce ne sont que 3,5 % des écoles et 4,5 % des collèges du pays ; de surcroît, ce sont les plus difficiles. Mais la symbolique est forte et le discours présidentiel prononcé le 19 janvier, lors des vœux au monde de la connaissance, augure d'une contagion territoriale à venir. Félicitant la ministre de l'enseignement supérieur Valérie Pécresse, qui a amené 90 % des universités à l'autonomie, le chef de l'Etat a lancé devant 500 invités : " Si cela marche pour les universités, cela doit marcher aussi pour nos établissements, les lycées. Et si, dans notre pays, on faisait confiance aux enseignants, en leur laissant un peu d'autonomie ? "

Déjà, depuis la réforme du lycée, à la rentrée 2010, les proviseurs disposent d'un tiers de leurs heures à gérer en fonction de leur projet d'établissement. Un petit avant-goût dont ils ont encore un peu de mal à se saisir. Avec les conversions expérimentales de la rentrée prochaine, une mue plus importante se prépare. On octroie là " aux chefs des établissements lesplus difficiles une voix dans le recrutement des enseignants. C'est un début. On verra s'il passe ", lance l'académicien Antoine Compagnon dans un entretien au Point du 27 janvier.

Des cellules dormantes. La grande mue se prépare, par bribes, sans plan d'ensemble visible. "Comme en espionnage, on installe des dispositifs dormants. Un matin, on se réveillera, ils seront activés et le paysage aura changé", analyse Christian Chevalier, secrétaire général du Syndicat des enseignants.

L'autre "cellule dormante" est la hiérarchie intermédiaire. Doucement, on la prépare à ses nouvelles fonctions. Les chefs d'établissement sont particulièrement choyés par le ministre qui voit en eux une bonne courroie de transmission. Dernièrement, Luc Chatel a voulu signer avec eux l'octroi d'une prime de 6 000 euros tous les trois ans. Au mérite. Un mois avant, les recteurs avaient vu leur prime flamber avec la mise en place d'une part de la récompense modulée selon la politique menée. Un recteur peut désormais obtenir 6 840 euros annuels de plus qu'un autre, qui traîne des pieds.

Or dans un système autonome, il faut des chefs. Le philosophe Marcel Gauchet prédisait, dès 2009, ce qui se dessine dans l'enseignement scolaire. " La seule idée de la droite, en matière d'éducation, est de créer des patrons de PME à tous les niveaux, de la maternelle à l'université. Il paraît que c'est le secret de l'efficacité ", expliquait-il, de l'ironie plein la voix, dans un entretien au Monde le 23 avril 2009.

Dans une éducation nationale pilotée par le terrain, chaque établissement pourra développer son projet. Déjà 124 collèges ou lycées proposent des cours le matin et du sport l'après-midi. Durant sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait promis de " permettre à tous les parents qui le souhaitent de choisir pour leurs enfants un établissement réservant l'après-midi aux activités sportives, culturelles ou associatives ". Bientôt, d'autres établissements vont développer les sciences. Le plan présenté par Luc Chatel autorise cette orientation. Et puis, compte tenu des restrictions budgétaires, il y aura ici un lycée qui joue la carte des langues vivantes et là un autre qui se concentre sur les langues anciennes.

La rationalisation des options aboutira à ce profilage. Un peu comme dans l'enseignement privé sous contrat, où tel établissement est plutôt scientifique, tel autre élitiste ou axé sur l'épanouissement de l'enfant, quand un troisième est réputé pour son savoir-faire avec les élèves en difficulté.

Dans un système où les établissements ne se ressembleront plus, permettre aux familles de choisir a du sens. L'ouverture du choix des collèges et des lycées a été la première mesure prise dans le domaine de l'éducation par Nicolas Sarkozy à l'Elysée. Annoncée début juin 2007, elle paraissait symbolique. Demain, ce pourrait être la clé de voûte d'un système où les propositions différeront réellement d'un collège ou d'une école à l'autre.

Taux de réussite et évaluations. Et pour bien choisir, il faudra que chacun affiche ses résultats. Pour le bac, les statistiques sont disponibles. Pour les collèges, les taux de réussite au diplôme national du brevet se trouvent le plus souvent sur les sites académiques. Mais pour les écoles, rien. A moins que les enseignants qui se refusent à faire passer les évaluations ne soient pas tout à fait paranoïaques et qu'un jour l'outil d'évaluation nationale ne devienne un outil de classement. Thierry Cadart, le secrétaire général du SGEN-CFDT, ne l'exclut pas, " une fois que l'outil existe, on ne contrôle plus rien ".
D'ailleurs la publication école par école était le souhait initial de Xavier Darcos qui annonçait, le 28 janvier 2008 : " Je souhaite mettre en place une double évaluation, pour les classes de CE1 et de CM2, qui aura lieu en milieu d'année. Les résultats obtenus par chaque école seront mis en ligne sur Internet pour permettre aux parents d'en avoir connaissance ". Un an plus tard, il revenait sur sa décision. Le mal était fait et ces évaluations ont été partiellement sabotées cette année encore par des enseignants opposés à cette mise en compétition.

Comme le rappelle régulièrement Luc Chatel, il n'y aura plus de grand soir de l'éducation. Le paysage nouveau se dessine par petites touches, par glissements successifs. Mais au final, on pourrait bien, d'ici quelques années, se réveiller avec un modèle éducatif très différent, des établissements qui auraient chacun une identité, un projet et le vendraient à des parents en mal de choix.
Une construction brique à brique. Connaissant l'attachement syndical à une certaine uniformité - parfois purement théorique -, le gouvernement joue le puzzle. Une pièce par-ci, une pièce par-là, sans que l'architecture d'ensemble soit immédiatement lisible. Mais un jour, le paysage sera redessiné, le puzzle sera terminé et tout le monde n'y aura vu que du feu. D'autant que l'attention des observateurs est retenue ailleurs. Cette construction brique à brique est masquée par un autre combat qui occupe le devant de la scène : une bataille pour la sauvegarde des postes, alors que plus de 100 000 ont été supprimés depuis 2007. Et pendant que les syndicats s'échinent sur ce combat perdu, la voie est libre pour les grands travaux.


Autres articles dans une double page du Monde :
- A Lille, une brèche pour gérer le public comme du privé (programme CLAIR ou Eclair)
- Grande-Bretagne : L'école libre (les free schools), c'est possible
- Entretien avec François Dubet : « Il y a évolution sur le long terme, pas révolution »

http://www.lemonde.fr/education/contre_enquete/2011/02/10/l-ecole-francaise-est-elle-en-train-de-changer-de-modele_1478198_1473685.html

http://www.educationetdevenir.fr/spip.php?article389

http://www.profencampagne.com/article-l-ecole-fran-aise-est-elle-en-train-de-changer-de-modele-66866948.html

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08 mai 2011

La massification du culturel

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La massification du culturel a remplacé l'ambition de la démocratisation Le Monde - 06/05/2011

Conservateur général du patrimoine, écrivain et volontiers polémiste, Jean Clair déplore la transformation de l'art en industrie du divertissement, la main-mise des nouveaux riches sur le marché et le dépérissement des musées.
 
Extraits : 
Vous pensez que " la transmission est devenue impossible "...
Elle ne se fait plus. Certainement plus par l'éducation nationale. Et l'éclat éblouissant du domaine culturel n'est que le cache-misère de cet effondrement de la volonté d'un savoir classique.

Comment voyez-vous ce " culturel " que vous dénoncez ?
« La volonté de culture a cessé d'être un mouvement transcendant - que ce soit la foi envers les dieux, l'appétit du savoir des Lumières, la spiritualité ou bien encore un idéal révolutionnaire. En un mot, l'aspiration à un monde supérieur - sublimé , disait Freud -, qu'il soit d'ordre divin ou d'ordre social, a disparu. Reste le culturel, comme divertissement profane, éphémère, trompeur et décevant. Je semble railler les foules qui se précipitent aux expositions, mais il ne s'agit pas d'élitisme : je me demande, inquiet, ce que ces gens innombrables attendent de la vision d'une oeuvre ».

« Une certaine bourgeoisie riche et cultivée a été remplacée par des nouveaux riches sans culture et sans goût, un milieu étroit de spéculateurs qui ne collectionnent pas pour le plaisir mais pour afficher un statut social, avec une nécessité de rentabilité à court terme qui n'a jamais existé en art. Ils exposent, non sans morgue et mépris, leurs collections dans des sortes de showrooms comme on le fait dans le domaine de la mode. Et quand les musées entrent dans ce système pour apporter leur caution publique, on est près de la fin... »

Vous êtes sévère avec les musées...
« On a donné l'autonomie de gestion aux puissants - le Louvre, Orsay, Beaubourg, Versailles - en abandonnant tous les autres... Les crédits publics sont allés massivement alimenter ces quatre machines à faire de l'argent avec des résultats plutôt mitigés ... »

« Ironie des temps : l'ancien corps des conservateurs, mis sur la touche et humilié au profit de nouveaux gestionnaires, énarques, polytechniciens, diplômés HEC, gérait finalement mieux les musées et accomplissait mieux ses devoirs civiques que ces comptables de la [supposée] rationalité économique »...
 

jeanclair

source : http://www.accordphilo.com/article-32861686.html

Discours de réception à l'Académie française, 18 juin 2009

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Clair

 

 

 

 

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08 octobre 2010

Les ZEP, le dépôt de bilan ?

- Clair à l’assaut des ZEP - Le Monde 08/10/2010 - Lire aussi La Croix sur ce sujet

Le ministère veut imposer un nouveau dispositif dans les quartiers en difficulté : Clair (Collèges, lycées pour l'ambition, l'innovation et la réussite, sic:-) prévoit un recrutement par le chef d’établissement, sur des « postes à profil », en contradiction avec les règles actuelles de la fonction publique.

Pour installer et généraliser ce nouveau dispositif, à son habitude, le ministère commence par stigmatiser le dispositif précédent : pour la hiérarchie actuelle, « Les ZEP n'ont jamais marché. Le thème de la rationalisation s'accompagne, dans les propos de hauts responsables, de propos négatifs sur les ZEP, estimant, par exemple, que « ça n'a jamais marché, la preuve : une fois qu'un établissement y est entré, il n'en sort jamais ». En oubliant que les conditions sociales de l'environnement ne se sont jamais améliorées...
« Autre élément à charge : les résultats scolaires ne sont pas au rendez-vous dans les ZEP, qui ne jouent donc pas le rôle compensateur des inégalités sociales dont rêvaient leurs créateurs en 1981… »

« Nicolas Sarkozy n'avait-il pas fait part, pendant sa campagne électorale, de son intention de déposer le bilan des ZEP  ?» conclut Luc Cedelle qui a aussi fait le déplacement à Amiens (collège d'Etouvie).

- Sortie surprise et très discrète de NS en banlieue, pour lancer l’opération « ciné-lycée » au lycée JB Corot de Savigny (91). Libération 6/10/2010.
« Malgré le secret qui a entouré ce déplacement, une petite soixantaine de manifestants, professeurs, élèves ou militants du Front de gauche, ont dénoncé une opération d’esbroufe à l’heure des suppressions de postes dans l’éducation ».

- Quand TF1 veut vanter Angers, que met-elle en scène ? L'enseignement confessionnel.

- Quand un « cours privé  » veut faire sa pub en vantant sa modernité numérique, il invite Ouest-France (à deux reprises) et le gratuit local. L'un a vu 17 TBI, l'autre 23. La photo est essentielle. Les légendes précisent : « de la maternelle ( ?) à la troisième, tous les élèves  bénéficient désormais  de ce nouvel outil pédagogique  » ou « Le tableau interactif est un outil qui révolutionne la pédagogie» - « parents et enfants découvrent avec beaucoup de curiosités (sic), les tableaux numériques » .
Hier, un tableau numérique était en démonstration au CRDP. Sans écho à ce jour dans la presse locale.


tbi
demi-lune

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