01 novembre 2020

Jaurès et l'éducation : 1903-1904

 

Jean Jaurès : Discours à la jeunesse – Albi 1903

« L’humanité est maudite, si pour faire preuve de courage elle est condamnée à tuer éternellement. Le courage, aujourd’hui, ce n’est pas de maintenir sur le monde la nuée de la Guerre, nuée terrible, mais dormante dont on peut toujours se flatter qu’elle éclatera sur d’autres. Le courage, ce n’est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre ; car le courage est l’exaltation de l’homme, et ceci en est l’abdication. Le courage pour vous tous, courage de toutes les heures, c’est de supporter sans fléchir les épreuves de tout ordre, physiques et morales, que prodigue la vie. Le courage, c’est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces ; c’est de garder dans les lassitudes inévitables l’habitude du travail et de l’action. Le courage dans le désordre infini de la vie qui nous sollicite de toutes parts, c’est de choisir un métier et de le bien faire, quel qu’il soit : c’est de ne pas se rebuter du détail minutieux ou monotone ;

(...) Le courage, c’est d’être tout ensemble et quel que soit le métier, un praticien et un philosophe. Le courage, c’est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de l’approfondir, de l’établir et de la coordonner cependant à la vie générale. (...) Le courage, c’est de dominer ses propres fautes, d’en souffrir, mais de n’en pas être accablé et de continuer son chemin.

Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. »

Le discours a été prononcé par Jean Jaurès,
député du Tarn et vice-président de la Chambre des députés,
à la distribution des prix du Lycée d’Albi, en juillet 1903.

http://clioweb.free.fr/jaures/jaures-jeunesse-1903.pdf
https://fr.wikisource.org/wiki/Discours_à_la_jeunesse_(1903)

 

L'enseignement laïque, Jean Jaurès, Castres en 1904.

extrait :

« Et si la démocratie fonde en dehors de tout système religieux toutes ses institutions, tout son droit politique et social, famille, patrie, propriété, souveraineté, si elle ne s'appuie que sur l'égale dignité des personnes humaines appelées aux mêmes droits et invitées à un respect réciproque, si elle se dirige sans aucune intervention dogmatique et surnaturelle, par les seules lumières de la conscience et de la science, si elle n'attend le progrès que du progrès de la conscience et de la science, c'est-à-dire d'une interprétation plus hardie du droit des personnes et d'une plus efficace domination de l'esprit sur la nature, j'ai bien le droit de dire qu'elle est foncièrement laïque, laïque dans son essence comme dans ses formes, dans son principe comme dans ses institutions, et dans sa morale comme dans son économie.

Ou plutôt, j'ai le droit de répéter que démocratie et laïcité sont identiques. Mais, si laïcité et démocratie sont indivisibles, et si la démocratie ne peut réaliser son essence et remplir son office, qui est d'assurer l'égalité des droits, que dans la laïcité, par quelle contradiction mortelle, par quel abandon de son droit et de tout droit, la démocratie renoncerait-elle à faire pénétrer la laïcité dans l'éducation, c'est-à-dire dans l'institution la plus essentielle, dans celle qui domine toutes les autres, et en qui les autres prennent conscience d'elles-mêmes et de leur principe ?

Comment la démocratie, qui fait circuler le principe de laïcité dans tout l'organisme politique et social, permettrait-elle au principe contraire de s'installer dans l'éducation, c'est-à-dire au cœur même de l'organisme ? Que les citoyens complètent, individuellement, par telle ou telle croyance, par tel ou tel acte rituel, les fonctions laïques, l'état civil, le mariage, les contrats, c'est leur droit, c'est le droit de la liberté. Qu'ils complètent de même, par un enseignement religieux et des pratiques religieuses, l'éducation laïque et sociale, c'est leur droit, c'est le droit de la liberté. Mais, de même qu'elle a constitué sur des bases laïques l'état civil, le mariage, la propriété, la souveraineté politique, c'est sur des bases laïques que la démocratie doit constituer l'éducation.

La démocratie a le devoir d'éduquer l'enfance ; et l'enfance a le droit d'être éduquée selon les principes mêmes qui assureront plus tard la liberté de l'homme. Il n'appartient à personne, ou particulier, ou famille, ou congrégation, de s'interposer entre ce devoir de la nation et ce droit de l'enfant. Comment l'enfant pourra-t-il être préparé à exercer sans crainte les droits que la démocratie laïque reconnaît à l'homme si lui-même n'a pas été admis à exercer sous forme laïque le droit essentiel que lui reconnaît la loi, le droit à l'éducation ? Comment plus tard prendra-t-il au sérieux la distinction nécessaire entre l'ordre religieux qui ne relève que de la conscience individuelle, et l'ordre social et légal qui est essentiellement laïque, si lui-même, dans l'exercice du premier droit qui lui est reconnu et dans l'accomplissement du premier devoir qui lui est imposé par la loi, il est livré à une entreprise confessionnelle, trompé par la confusion de l'ordre religieux et de l'ordre légal ? Qui dit obligation, qui dit loi, dit nécessairement laïcité. Pas plus que le moine ou le prêtre ne sont admis à se substituer aux officiers de l'état civil dans la tenue des registres, dans la constatation sociale des mariages, pas plus qu'ils ne peuvent se substituer aux magistrats civils dans l'administration de la justice et l'application du Code, ils ne peuvent, dans l'accomplissement du devoir social d'éducation, se substituer aux délégués civils de la nation, représentants de la démocratie laïque.

« L’enseignement laïque »,
Discours du citoyen Jaurès au lycée de Castres, 30 juillet 1904,
L’Humanité, 2 août 1904

L’éducation rationnelle, besoin essentiel et nécessité vitale de la République,
Démocratie et laïcité,
Liberté et lumière.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2502922

https://www.marxists.org/francais/general/jaures/works/1904/07/laique.htm


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02 août 2018

Jaurès, L'enseignement laïque 1904

 

laicite-jaures-castres1904

« L’enseignement laïque », Discours du citoyen Jaurès au lycée de Castres, 30 juillet 1904, L’Humanité, 2 août 1904
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2502922.item


Jaurès et la laïcité scolaire, article de JP Scot (sybthèse sans date, 2014 ?)
http://www.jaures.eu/syntheses/jaures-et-la-laicite-scolaire-jean-paul-scot/

http://www.jaures.eu/category/syntheses/


Le texte en ligne sur un blog de Médiapart
https://blogs.mediapart.fr/vivre-est-un-village/blog/180115/jean-jaures-leducation-laique-discours-de-castres-juillet-1904

des extaits en ligne
Rallumer :
http://www.jaures.eu/ressources/de_jaures/democratie-et-laicite-jaures-1904/
marxists
http://www.marxists.org/francais/general/jaures/works/1904/07/laique.htm



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22 juillet 2014

Expo : Jaurès, le parcours

 

jaures-expo1

Jaurès, le parcours
l’itinéraire de Jaurès et sa place dans la mémoire collective


Expo en 15 panneaux proposée par la Fondation Jean-Jaurès et conçue par Marion Fontaine
http://expos91.blogspot.fr/2014/03/jaures-le-parcours.html

1.1 L’assassinat : « Ils ont tué Jaurès, c’est la guerre ! »

Devenir Jaurès
2.1 L’enfant du Tarn. Castres, le berceau. La fidélité à l’enfance occitane. Un conte de fée républicain
2.2  Etre intellectuel. Philosophie ou politique ? Les découvertes du normalien. La lecture, l’écriture et la vie
2.3 Au service de la République. Le canard se jette à l’eau. Toulouse, et après ? Le plus jeune député de France
2.4  Le passage au socialisme. La nébuleuse socialiste. L’évolution d’une pensée. Les ouvriers de Carmaux

3 Le géant politique
3.1 Un grand parlementaire. Jaurès à la chambre. L’orateur.
3.2 L’homme de son temps. Naissance de « l’huma »
3.3 Les travailleurs comme avenir. L’ardente nécessité de l’organisation. Au cœur des mobilisations.
3.4 Dreyfusard ! Les causes d’un engagement. Les preuves. L’honneur du politique
3.5 Un impératif, unir les socialistes. Un mouvement divisé. Vers l’unité. Un parti pour le XXème siècle

4.0 L'humanisme jaurésien
4.1 Pour la laïque. L’artisan de la séparation. L’école émancipatrice.
4.2 Une culture de vie. Le charme de Jaurès. Contre la culture de mort
4.3 Le vaste goût du monde. De l’Internationale à l’Argentine. Face au colonialisme
4.4 Combattre la guerre. Face au péril. Faire agir l’Internationale. De Bâle au Pré-Saint-Gervais

De l’homme au mythe.
Jaurès dans la mémoire collective. De Carmaux au Panthéon. « Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? » Au-delà de la statue ?

Au 22 juillet, l'expo a été achetée par 45 structures (2280 euros ttc l'unité)
Elle peut être aperçue dans deux vidéos :
http://www.jaures2014.fr/comment-expo.php
http://www.parti-socialiste.fr/video/exposition-jaures-le-parcours-portes-ouvertes-a-solferino-le-5-juillet-2014

Les sites officiels :
http://www.jaures2014.fr/ .
https://www.facebook.com/Jaures2014.
La Fondation Jaurès : http://www.jean-jaures.org

 

jj-convictions

2009 : Jean Jaurès, l'homme de convictions, exposition en Midi-Pyrénées
http://www.midipyrenees.fr/-Annee-Jaures-


L’enfant très doué (1858 - 1816)

Le brillant étudiant (1879 -1882)
Le philosophe Occitan (1882 - 1886)
Le député (1887-1889)
Le professeur {1890 -1892)
L' élu des mineurs (1893 -1894)
Le Dreyfusard (1898 -1900)
Le Républicain (1901 - 1904)
L' hornme de presse (1904 -1905)
Le défenseur de la laïcité (1906 - 1906)
L' avocat des droits de l'homme (1907 -1909)
lnfatigable orateur (1909 -1913)
L' homme de paix (1913 -1914)
La premiére victime de la guerre (1914)


rappel : Jean Jaurès sur le web
(dont des textes venant de l'ancien site des amis du Centre National et musée de Castres)
http://clioweb.free.fr/jaures/jaures.htm

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21 août 2011

Jaurès, une pensée d’avenir


dans la série de l’été un lieu, un discours, Gérard Lefort attire l’attention sur un discours du député socialiste à Albi en juillet 1903. http://www.liberation.fr/culture/01012355084-jean-jaures-une-pensee-d-avenir

« Alors qu’aujourd’hui la plupart des politiques s’adressent à nous comme à des enfants, des débiles mentaux ou des spectateurs de TF1, Jaurès parle à ces enfants comme à des adultes. Bien plus, il fait systématiquement le pari de leur intelligence ». 

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Dans ce discours à la jeunesse, à lire ou à relire
http://clioweb.free.fr/dossiers/jaures/jaures-1903-jeunesse.pdf


- le double 
combat de Jaurès en faveur de la République et du socialisme :

« La République a vaincu parce qu’elle est dans la direction des hauteurs, et que l’homme ne peut s’élever sans monter vers elle » … A comparer avec la formule de Guizot : « Le suffrage universel n’aura jamais son jour ».

« ... Ce n’est pas seulement dans les relations politiques des hommes, c’est aussi dans leurs relations économiques et sociales qu’il faut faire entrer la liberté vraie, l’égalité, la justice. Ce n’est pas seulement la cité, c’est l’atelier, c’est le travail, c’est la production, c’est la propriété qu’il veut organiser selon le type républicain. À un système qui divise et qui opprime, il entend substituer une vaste coopération sociale où tous les travailleurs de tout ordre, travailleurs de la main et travailleurs du cerveau, sous la direction de chefs librement élus par eux, administreront la production enfin organisée »

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- Egalement, un p
laidoyer vigoureux en faveur d’une paix définitive
Bien loin d’une prétendue culture de guerre

La paix, un choix politique : « … avant tout, il faut rompre le cercle de fatalité, le cercle de fer, le cercle de haine où les revendications même justes provoquent des représailles qui se flattent de l’être, où la guerre tourne après la guerre en un mouvement sans issue et sans fin, où le droit et la violence, sous la même livrée sanglante, ne se discernent presque plus l’un de l’autre, et où l’humanité déchirée pleure de la victoire de la justice presque autant que de sa défaite ».

La paix, une conséquence de l’essor des techniques et des échanges : « si le premier effet des découvertes qui abolissent les distances est parfois d’aggraver les froissements, elles créent à la longue une solidarité, une familiarité humaine qui font de la guerre un attentat monstrueux et une sorte de suicide collectif ».

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Libération
a retenu l’avant-dernier paragraphe du discours : 

« … Le courage, ce n’est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre … Le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques ».
Le texte du discours : 
http://clioweb.free.fr/dossiers/jaures/jaures-1903-jeunesse.pdf

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rappel -  Jean Jaurès, un choix de sites internet (La société des Etudes Jaurressiennes, le Centre national et musée Jean-Jaurès, Les classiques des Sciences sociales, Jaurès dans les manuels d'histoire...)
http://clioweb.free.fr/dossiers/jaures.htm

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Jean-Jaures01

source : Wikimedia Commons

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