18 janvier 2014

La TV et le mépris de l'Histoire

 

2 sources :
- « Au cœur de la télévision : l'histoire », un article publié par Le Débat, 177 (ne pas chercher un accès gratuit sur le web)
- La télévision et l’histoire, La marche de l’histoire,
http://www.franceinter.fr/archives-diffusions/385461/2013-12
http://www.franceinter.fr/emission-la-marche-de-l-histoire-l-histoire-a-la-television


L'offre peut paraître pléthorique, mais la réalité décrite par Isabelle Veyrat-Masson est moins brillante : 84 % de la TV consommée ne présente pas ou peu d'histoire.

La priorité de la télévision, c'est de vendre de la télévision, ce n'est pas de faire comprendre l'histoire et la durée, .
Le divertissement (en costumes) passe avant la recherche de la vérité historique ; l'histoire ne sert souvent qu'à fournir des intrigues et à diffusion des téléfilms en costumes.
La TV est prise dans deux tourbillons : La course à l'audience et aux recettes de la publicité ; La pression des différents groupes mémoriels

Impossible d'échapper à la politique.
L'histoire est un moyen de parler politique (cf Jacquou le Croquant, misère paysanne, la Restauration - ou les Cathares). Aux débuts de la TV, les politiciens redoutent son influence et toute allusion aux controverses (cf l'Occupation).
La Caméra explore le temps (Castelot, Decaux, Lorenzi, pas de gaulliste) est arrêtée par de Gaulle en 1965
et remplacée par les Dossiers de l'écran (1 film, 1 débat, des questions au téléphone).
En 2007, NS donne la chaîne Histoire à Buisson, son conseiller d'extrême-droite.

La privatisation de la TV renforce des tendances antérieures.
L'histoire en costumes coûte cher, mais elle peut divertir. Les chaînes privées oublient l'histoire rigoureuse. TF1 projette Shoah (une exception) mais surtout Monte-Cristo ou Les rois maudits.
Les grands faits divers sont déclinés ad nauséam (affaire Dominici). Les enigmes et les mystères sont pressurés, même quand tout a déjà été dit et écrit (cf l'assissinat de JFK). Les commémorations servent jusqu'à l'overdose.

Le virage suivant, c'est le brouillage des frontières et la confusion entre histoire et fiction.
En 1992, Hôtel du Parc se place en 1953 et fait lire par des acteurs des textes écrits par les politiciens de Vichy.
Les docufictions se présentent comme plus vrais que les traces laissées par les hommes du passé. Le trucage sert à mettre en image un passé lointain (Lucy ou Toutankhamon).
Apocalypse est un succès d'audience, mais les archives sont truandées, colorisées et sonorisées.
Et la TV donne à des bonimenteurs chantres du roman national le monopole de l'histoire publique (cf. Fontainebleau, les coucheries de Louis XV et de Charlotte-Rosalie).


Cette situation renforce le mépris des clercs (intellectuels) à l'égard d'un média de masse : la TV est capable de filmer pendant une heure un historien de métier, mais de n'en garder que quelques secondes et de le contredire par une petite phrase assénée par un propagandiste à la voix tonitruante.

La TV actuelle peut dénigrer l'histoire scolaire, mais elle ne recule plus devant la fabrique du faux (cf. Jeanne d'Arc sauvée des flammes).
Alors qui a eu l'idée curieuse de titrer l'article « Au cœur de la télévision : l'histoire » ?

.


17 octobre 2013

JB : Aux armes, historiens !


« Aux armes, historiens ! »
Dans Le Monde des livres du 10.10.2013 consacré aux RDV de l'histoire, Jean Birnbaum réagit aux propos de Zemmour sur "les envahisseurs"
http://www.lemonde.fr/livres/article/2013/10/10/aux-armes-historiens_3492988_3260.html


« Vendredi 4 octobre, dans l'une des innombrables émissions de télévision où il s'emploie à briser les tabous qui parasitent encore nos consciences, Eric Zemmour a posé un mot sur les cercueils des femmes, des hommes, des enfants qui venaient de mourir à Lampedusa : "Envahisseurs". Sans que ce terme suscite de réactions marquantes dans le studio, il a pu marteler que "ces gens-là sont des envahisseurs" et conclure d'un rictus fanatique : "Ils prennent leurs risques !" Campé dans cet espace pseudo-subversif mais authentiquement indigne que d'aucuns nomment "politiquement incorrect", il a asséné des propos où l'abjection morale s'avançait bardée d'aberrations historiques – sur le droit d'asile, d'abord. Le vocabulaire était guerrier, le délire martial, l'offensive d'autant plus funeste qu'elle demeurait sans riposte.

Alors que s'ouvrent les 16es Rendez-vous de l'histoire, qui portent sur le thème de la guerre, il faut appeler les historiens à se montrer plus offensifs. Effrayés par le brouillage des cartes comme par le déséquilibre des forces, beaucoup d'entre eux sont tentés de se réfugier derrière les remparts du pur savoir. Ce repli serait regrettable.

Le front du débat
Comme en témoignent les RDV de l'histoire de Blois, il est possible de conjuguer rigueur et mobilisation, recherche érudite et engagement pédagogique. Tel fut d'ailleurs l'état d'esprit des grands aînés. Ainsi le médiéviste Georges Duby (1919-1996) insistait-il sur son désir de trouver le ton et le style pour mettre la bonne histoire à la portée de tous. Rappelant que la réinvention du métier d'historien passe par des moments polémiques, des moments de très vifs combats, Duby soulignait aussi la nécessité d'investir l'espace public : Je ne perds aucune occasion de m'adresser à d'autres qu'à mes élèves et à mes collègues (...). Je fais tout pour que ma voix porte, confiait-il en 1978 au philosophe Guy Lardreau dans un passionnant entretien qui vient d'être réédité (Dialogues avec Georges Duby, Les Dialogues des petits Platons, 216 p., 19 euros).

Amis chercheurs, maîtres éclairés, cet héritage vous oblige. Ne délaissez pas le front du débat, ne l'abandonnez pas aux bonimenteurs, ennemis de toute vérité comme de toute rationalité. Votre tâche exige de la bravoure. Le terrain est certes miné. Mais c'est à ce prix que le champ de l'histoire demeurera un champ d'honneur  ».

Parmi les titres de ce Monde des livres
Jay Winter, La guerre a déserté nos esprits
André Loez, La tristesse de la chair à canon
CR de 3 ouvrages :
John Keegan, Anatomie de la bataille. Azincourt 1415, Waterloo 1815, la Somme 1916
Hervé Drévillon, L'Individu et la Guerre. Du chevalier Bayard au soldat inconnu
Julie Le Gac, Vaincre sans gloire. Le corps expéditionnaire français en Italie (novembre1942-juillet1944)
Jean-Noël Jeanneney et Pierre Nora : « Faire sentir la différence des temps »
Bonaparte le robespierriste


birnbaum
    loez-cndp

Jean Birnbaum - André Loez - source Google images


.

Posté par clioweb à 08:15 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,