03 avril 2015

François 1er, Marignan et Pavie

 

Marignan 1515
La méconnaissance de cette bataille est une des récriminations habituelles sur l’effondrement supposé de la chronologie. Passons sur le chiffre 15-15...

La propagande autour de Marignan a peut-être gagné en intensité après la défaite de Pavie (1525) : pour le roi et son entourage, il fallait tenter de faire oublier le désastre et la capture du roi chef de guerre.

Marignan et Pavie, Le Point 12.08.2010
A la victoire ont succédé l'humiliant désastre de Pavie et la capture de François  Ier en 1525. Un an avant, Bayard a péri d'un coup d'arquebuse. Le chevalier sans peur et sans reproche tué sans gloire, la fine fleur de la noblesse décimée et le roi prisonnier : tel est le triste état de la chevalerie et de la monarchie en 1525. C'est alors que Marignan brille de tous les feux d'un éclat rétrospectif. Dans le contexte troublé de l'après-Pavie, François Ier saisit tout l'intérêt de restaurer le lien censé l'unir à sa noblesse en misant sur la valeur chevaleresque de l'honneur.
http://www.lepoint.fr/culture/operation-marignan-12-08-2010-1226676_3.php

« Marignan est une victoire qui cache une forêt de défaites et de rencontres indécises ». BNF, expo François 1er, pouvoir et image
La défaite de Pavie incite à exploiter le discours sur les valeurs chevaleresques. La première mention de l'adoubement par Bayard n’apparaît qu’après Pavie. Armé chevalier, le roi ne pouvait fuir. Vaincu par le nombre, le monarque ne pouvait que se rendre.
« Madame, pour vous faire savoir comment se porte le reste de mon infortune, de toutes choses ne m'est demeuré que l'honneur et la vie qui est sauve. » écrit le roi à sa mère.
http://expositions.bnf.fr/francoisIer/arret/02.htm
http://expositions.bnf.fr/francoisIer/plan/index.htm
http://expositions.bnf.fr/francoisIer/icono/index.htm


2 illustrations :

- « Quant au glorieux épisode de l’adoubement du roi par Bayard, il est totalement controuvé et n’apparaît que dix ans plus tard, au lendemain du désastre de Pavie ». L'Histoire, 290, 09.2004
http://www.histoire.presse.fr/mensuel/290?page=2


- La guerre, une chanson de Clément Janequin est publiée en 1528, au lendemain de Pavie.
La chanson a été présentée à Caen lors d’un séminaire sur Guerre et Culture (CRHQ 2015).

« Escoutez, tous gentilz Galloys,
La victoire du noble roy Françoys...»
Les paroles sont sur Wikisource :
http://fr.wikisource.org/wiki/La_guerre_(Janequin)
http://static.canalblog.com/storagev1/brich59.canalblog.com/docs/JANEQUIN_LaGuerre2.pdf

Chansons de maistre Clement Janequin nouvellement et correctement imprimeez à Paris en 1528
par Pierre Attaingnant demourant à la rue de la harpe devant le bout de la rue des Mathurins près l'église saint Cosme
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55007129b/f10.image

MAR 1515 : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Marignan
http://it.wikipedia.org/wiki/Battaglia_di_Marignano
1515 : Marignan ! Janine Garrisson, L'Histoire 114, sept 1988

Pavie 1525 L'honneur perdu de François 1er Jean-Marie Le Gall Payot 2015
http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Pavie_(1525)
http://it.wikipedia.org/wiki/Battaglia_di_Pavia_%281525%29
http://es.wikipedia.org/wiki/Batalla_de_Pav%C3%ADa
Tout est perdu sauf l'honneur... Collections de L'Histoire 16, juillet 2002


Francois1-louvre

Portrait de François Ier en costume d’apparat
Jean et François Clouet, vers 1527.
Musée du Louvre
http://fr.wikipedia.org/wiki/François_Ier_(roi_de_France)



- L'éclat de François 1er, p 47 -
Un manuel d’histoire à consulter en ligne : Morazé-Wolff, Armand Colin classe de 4eme, 1951
http://www.centre-charles-moraze.msh-paris.fr/IMG/pdf/moz6.pdf

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23 février 2012

La France et ses paysans

 

el-paysans


- La France et ses paysans sous la direction d'Emmanuel Laurentin

« En un demi-siècle, la France a assisté à une immense révolution des conditions de la vie rurale. C'est d'abord l'abandon de la traction animale et la mécanisation. Mais aussi la transformation des modes de vie dans les familles, cessant rapidement de faire cohabiter sous un même toit trois générations de paysans, offrant de plus en plus d'autonomie aux femmes. Sans compter les combats politiques qui, de la Bretagne des années soixante au Larzac des années soixante-dix, émaillent cette période pendant laquelle le poids électoral des agriculteurs s'est pourtant progressivement estompé. Depuis les années 60, la France a connu ce qu'on a appelé la déprise, c'est à dire le recul des terres agricoles. Mais bien plus importante fut la déprise symbolique, l'indifférence générale au profond changement de ceux qui exploitaient ces terres, le sentiment de ces paysans de ne plus compter pour rien.

Ce livre voudrait témoigner de cet immense bouleversement du rapport de notre pays au monde rural. La partie Documents comprendra des documents iconographiques et de grands entretiens avec plusieurs grandes figures comme Alexis Gourvennec, leader paysan breton au début des années 60, Edgar Pisani, ancien ministre de l'agriculture du Général De Gaulle entre 1961 et 1966 ou encore José Bové ».
http://www.franceculture.fr/2012-02-14-les-livres-de-la-fabrique

Egalement en livre :
Que doivent-ils à l'histoire ? sous la direction d'Emmanuel Laurentin,
Les femmes politiques en France, de 1945 à nos jours par Séverine Liatard (éditions Complexe)


- France Culture Papiers est la première revue culturelle réalisée à partir d’émissions de radio, retranscrites, éditorialisées, illustrées et enrichies. Le numéro du Printemps 2012, 192 p coûte 14,90 €.
Il se décline en trois grandes parties richement illustrées: des «Transversales» (sélection d’émissions donnant la parole à des invités majeurs de l’actualité culturelle et politique, la radio recevant en moyenne 3500 invités par trimestre); des «Thématiques» (pour ce premier numéro, les dossiers sont consacrés aux révolutions arabes avec Moncef Marzouki et Boutros Boutros-Ghali, et à la réforme de la psychiatrie en France); et des archives, de la fiction et des reportages dans une dernière partie.

http://www.la-croix.com/France-Culture-prend-des-couleurs-sur-le-papier

Les prochains numéros de France Culture papiers paraîtront en Juin , Septembre et Décembre 2012
http://leblog.editions-bayard.com/france-culture-papiers/


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France Culture Papiers n° 1

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24 septembre 2011

La polémique sur l'histoire en 5e

 

Quelle histoire enseigner à nos enfants ?
"Cette histoire de France qu’on n’enseigne plus à nos enfants".

Après Le Figaro Magazine, voilà 15 jours, la radio revisite une polémique amorcée en 2010 sur la place du roman national.
Le prétexte : la sortie chez Perrin d'un ouvrage de Dimitri Casili.
A son habitude, Alain Finkielkraut prend parti et développe son fond de commerce personnel ... 

Finkielkraut et Dimitri Casali continuent de vilipender le programme de 5e :
Louis XIV serait supplanté par le Monomotapa, 
Plus d'histoire-bataille...
Impossible de s'identifier à Du Guesclin, à Bayard ou à Turenne ...
Et l'histoire nationale s'effacerait derrière celles des communautés d'immigrés...


Pour leur répondre, pas d'historien, pas de professeur d'histoire, pas d'IG, pas de concepteur de programme.
Juste le patron de la Degesco.
Qui défend tous les choix ministériels et met souvent en avant une carte là où le programme ne laisse pas au prof d'HG le temps nécessaire pour traiter sérieusement un sujet.


http://www.franceculture.com/podcast/4294451
l'émission au format mp3 :
http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/13397-24.09.2011-ITEMA_20310797-0.mp3


Une telle polémique ne rassure pas sur la lecture du monde par les médias.
Dans une presse d'opinion (cf le silence du Figaro sur l'argent de la campagne de 1995), la pédagogie n'a pas sa place : elle est sans doute trop professionnelle. Elle n'est admise que lorsqu'elle peut servir de paravent idéologique (cf la lecture dite syllabique opposée à une lecture caricaturée comme globale).
 
De plus, une telle polémique accapare l'attention et permet d'occulter tout le reste :
- la suppression de l'HG en Terminale S,
- un programme de 1ere à refaire,
- des classes surchargées, 
- la démolition de la formation professionnelle

NB : vers la 45e mn, citation de D Borne à propos de la shoah et de la concurrence des mémoires.
La polémique se fonde sur une erreur. Il n'existe pas de circulaire demandant de retirer le mot Shoah. Il y a une étude de l'extermination des juifs. Il existe un site internet
Le débarquement en Normandie est évacué en 3 lignes poursuit Casali ; il commente la place de Stalingrad dans les manuels de 3e en préparation. Il lui aurait suffi d'ouvrir un manuel de 1ere 2011 : le 6 juin y est aussi à peine évoqué.
L'émission finit avec une allusion aux cérémonies en préparation pour 2014.
L'histoire comme une succession d'anniversaires vendables aux politiciens et aux médias. 

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26/09/2011 : L'histoire est une matière d'endoctrinement. Non-Fiction
Olivier Lévy-Dumoulin, professeur à l’Université de Caen, analyse le dossier du Figaro Magazine (27/08/2011)
http://www.nonfiction.fr/article-5025-lhistoire_est_une_matiere_dendoctrinement.htm

Le forum NeoProfs aborde également la polémique.
http://www.neoprofs.org/search?search_keywords=Histoire

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D Casali vient de publier chez Perrin

casali-ah

""L'altermanuel"" d'histoire de France : ce que nos enfants n'apprennent plus au collège

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10 mars 2011

1881 - La poésie de l'histoire


De la leçon de Lavisse en 1881, les pages 39-40 servent à faire étudier le roman national, une lecture très patriotique de l'histoire de France. Pour éviter une lecture biaisée, il est souhaitable de remettre cet extrait dans l'ensemble du texte,
et d'avoir à l'esprit à la fois le roman national et les critiques qui lui sont adressées.

page 38 - « Je me garde d’enfler ici la voix et de me porter garant que la connaissance de l’histoire répandue dans la nation serait un remède à tous les maux possibles. On a dit, un philosophe évidemment, que le monde serait heureux s’il était gouverné par des philosophes je ne demande point qu’il soit gouverné par des historiens.

[…] Même, j’imagine qu’un véritable historien serait un homme d’État médiocre, parce que le respect des ruines l’empêcherait de se résigner aux sacrifices nécessaires. […]
Mais passons. Ce qui ne peut être contesté, c’est que l’histoire doit être la grande inspiratrice de l’éducation nationale.

page 39 - Je parlais d’intérêts, de passions et d’idées idées et passions agitent la tète du petit nombre ; le grand nombre des hommes n’a souci que des intérêts. Il n’est pas sage d’exiger d’eux tant de devoirs sans même essayer de les leur faire aimer. Qui donc enseigne en France ce qu’est la patrie française ? Ce n’est pas la famille, ou il n’y a plus d’autorité, plus de discipline, plus d’enseignement moral ni la société, où l’on ne parle des devoirs civiques que pour les railler. C’est donc à l’école de dire aux Français ce qu’est la France: qu’elle le dise avec autorité, persuasion, avec amour. Elle mesurera son enseignement au temps et aux forces des écoliers.
Pourtant elle repoussera, les conseils de ceux qui disent « Négligez les vieilleries. Que nous importent Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens mêmes ? Nous datons d’un siècle à peine. Commencez à notre date ». Belle méthode, pour former des esprits solides et calmes, que de les emprisonner dans un siècle de luttes ardentes, où tout besoin veut être assouvi et toute haine satisfaite sur l’heure. Méthode prudente, que de donner la Révolution pour un point de départ et non pour une conclusion, que d’exposer à l’admiration des enfants l’unique spectacle de révoltes même légitimes, et de les induire à croire qu’un bon Français doit prendre les Tuileries une fois au moins dans sa vie, deux fois s’il est possible, si bien que, les Tuileries détruites, il ait envie quelque jour de prendre d’assaut, pour ne pas démériter, l’Elysée ou le Palais- Bourbon.

page 40 - Ne pas enseigner le passé ! Mais il y a dans le passé une poésie dont nous avons besoin pour vivre. L’homme du peuple en France, le paysan surtout, est l’homme le plus prosaïque du monde. Il n’a point la foi du protestant de Poméranie, de Hesse ou de Wurtemberg, qui contient en elle la poésie des souvenirs bibliques et ce sentiment élevé que donne le contact avec le divin. Il oublie nos légendes et nos vieux contes, et remplace par les refrains orduriers ou grotesques venus de Paris les airs mélancoliques où l’écho du passé se prolongeait. Nos poètes n’écrivent pas pour lui et nous n’avons point de poésie populaire pour éveiller un idéal dans son âme. Rien ne chante en lui.  C’est un muet occupé de la matière, en quête perpétuelle des moyens de se soustraire a des devoirs qu’il ne comprend pas, et pour qui tout sacrifice est une corvée, une usurpation, un vol.
Il faut verser dans cette âme la poésie de l’histoire. Contons-lui les Gaulois et les druides, Roland et Godefroi de Bouillon, Jeanne d’Arc et le grand Ferré, Bayard et tous ces héros de l’ancienne France avant de lui parler des héros de la France nouvelle : puis montrons-lui cette force des choses qui a conduit notre pays de l’état ou la France appartenait au roi à celui où elle appartient aux Français pourvus des mêmes droits, chargés des mêmes devoirs: tout cela, sans déclamation, sans haine, en faisant pénétrer dans son esprit cette idée juste que les choses d’autrefois ont eu leur raison d’être, qu’il y a des légitimités successives au cours de la vie d’un peuple et qu’on peut aimer toute la France sans manquer à ses obligations envers la République.

page 41 - Il n y a pas d’autres moyens de peupler de sentiments nobles ces âmes inhabitées, et la fin dernière de notre travail sera de mettre dans le cœur des écoliers de toutes les écoles un sentiment plus fort que cette vanité frivole et fragile, insupportable dans la prospérité mais qui, s’effondrant dans les calamités nationales, fait place au désespoir, au dénigrement, à l’admiration de l’étranger et au mépris de soi-même. On dira qu’il est dangereux d’assigner une fin à un travail intellectuel qui doit toujours être désintéressé: mais dans les pays où la science est le plus honorée, elle est employée a l’éducation nationale.

Ce sont les Universités allemandes et les savants allemands qui ont formé l’esprit public en Allemagne. Quelle devise ont donc gravée au frontispice de leur oeuvre ces hommes d’État et ces savants qui se sont entendus pour croire qu’il fallait relever l’Allemagne humiliée en répandant la connaissance et l’amour de la patrie, puisés aux sources mêmes de l’histoire d’Allemagne ? C’est la devise Sanctus amor patriae dat animum; elle est a la première page des in-folio des Monumentae Germaniae  entourée d’une couronne de feuilles de chêne. La même inspiration patriotique se retrouve dans toutes les oeuvres de l’érudition allemande. En 1843. trois historiens émincnts.  MM. Ranke. Waitz et Giesebrecht fondent une revue. Des historiens français ne se seraient pas avisés qu’en l’année 1843 tombait le millième anniversaire du traité de Verdun, à partir duquel commence l’histoire distincte de la France et de l’Allemagne, auparavant réunies sous les lois des Mérovingiens et des Carolingiens ».

Ernest Lavisse, L’enseignement historique en Sorbonne et l’éducation nationale, Leçon d’ouverture au cours d’histoire du moyen âge, à la Faculté des Lettres de Paris en décembre 1881 - Extrait de la Revue des Deux Mondes livraison du 15 février 1882 -
Version texte (à corriger) au format word : http://clioweb.free.fr/textes/gallica/lavisse-1881.doc

lavisse

Ernest Lavisse , source Académie française

 

 

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