26 août 2015

1857 : Le procès des Fleurs du Mal

 

Charles Baudelaire : Le procès des Fleurs du Mal par Robert Tenger (directeur littéraire chez Brentano's) [1971]
http://www.youtube.com/watch?v=T_NqXx2Dubw (source @Iquentin)

France-Culture a diffusé l’audio dans la nuit du 5 au 6 août (non accessible en différé)
http://www.franceculture.fr/blog-le-programme-des-nuits-2015-08-04-nuit-d-ete-du-mercredi-05-aout-2015-au-jeudi-06-aout-2015


Les Fleurs du mal, Procès et censure (1857)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Fleurs_du_mal#Procès_et_censure_(1857)

« Moins de deux mois après leur parution, Les Fleurs du mal sont poursuivies pour « offense à la morale religieuse » et « outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs ». Seul ce dernier chef d'inculpation sera retenu. Baudelaire est condamné à une forte amende de trois cents francs, réduite à cinquante par suite d'une intervention de l'impératrice Eugénie.
L'éditeur Auguste Poulet-Malassis s'acquitte, pour sa part, d'une amende de cent francs et doit retrancher six poèmes dont le procureur général Ernest Pinard a demandé l'interdiction (Les Bijoux ; Le Léthé ; À celle qui est trop gaie ; Lesbos ; Femmes damnées [Delphine et Hippolyte] ; Les métamorphoses du Vampire).
Baudelaire fait publier une nouvelle édition en 1861, enrichie de trente-deux poèmes. En 1866, il réussit à faire publier à Bruxelles, sous le titre Les Épaves, les six pièces condamnées accompagnées de seize nouveaux poèmes ».

Ernest Pinard
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ernest_Pinard
Le « procureur impérial » est au cœur des procès contre les écrivains.
Il poursuit Flaubert pour apologie de l'adultère dans Madame Bovary.
Il fait censurer Baudelaire qui doit payer 300 F d'amende.
Il s'attaque à Eugène Sue (les Mystères du peuple).
Napoléon III le décore de la légion d'honneur, et en fait un ministre en 1867.


Des pièces du procès à consulter sur Wikisource
http://fr.wikisource.org/wiki/Documents_sur_le_procès_des_Fleurs_du_mal
dont le réquisitoire de Pinard
et la Lettre de Charles Baudelaire à l'impératrice Eugénie lui demandant d'intervenir
afin que soit diminuée l'amende dont avaient été frappées ''Les Fleurs du mal,'' 6 novembre 1857 . Archives nationales, AE/II/1980

La condamnation a été révisée en 1949 seulement
après le vote d’une loi du 25 septembre 1946 ouvrant « un recours en révision
contre les condamnations prononcées pour outrages aux bonnes mœurs commis par la voie du livre »
http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Baudelaire


Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal
Édition originale de 1857, illustrée par Rodin en 1887-1888
http://clioweb.canalblog.com/archives/2015/06/14/32213331.html

 

fleursdumal

Baudelaire, épreuves d’imprimerie
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86108314/f23.image


.

.

Posté par clioweb à 08:11 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


04 août 2015

Sa triviale image sur le métal



Quand on interdisait les appareils photo sur les plages, Andréa Fradin Rue89 03.08.2015
http://rue89.nouvelobs.com/2015/08/03/quand-interdisait-les-appareils-photo-les-plages-260494

Narcissisme inculte, images volées au détriment de la vie privée, dévalorisation de l’art :
plus d’un siècle avant les selfies et les médias sociaux, la photographie essuyait déjà une pluie de reproches.
Dans Rue 89, série de l’été sur les catastrophes technos qui n’ont pas (toujours) eu lieu


extrait :
« Depuis 1900, des millions et des millions de personnes figent leur famille, leurs enfants, leurs vacances sur papier – ou écran. Et mettent en scène leur vie, autant qu’ils le font aujourd’hui sur Instagram ou Facebook. Comme le rappelle The Smithsonian, les mariages et les diners ont vite été pensés pour bien paraître aux yeux du monde.
La seule différence, c’est que personne, ou pas grand monde, n’avait accès à ces milliards de clichés. Quelques amis ; trois, quatre, membres de la famille demandant à parcourir l’album photo qui trônait alors dans le salon. Et pas davantage.
Désormais, c’est potentiellement le monde entier qui voit vos clichés intimes... »

Les critiques accompagnent toute l’histoire de la photo :
« La société immonde se rua, comme un seul Narcisse, pour contempler sa triviale image sur le métal » écrit Baudelaire qui se fait tirer le portrait à de nombreuses reprises par Nadar ou Carjat.
Pour La Revue des deux mondes, les photographes s’étendent « longuement et complaisamment sur les brindilles », dans « une exactitude indiscrète et cancanière sur les détails dont on n’a que faire ».
Aujourd’hui, le selfie concentre les récriminations. « Le phénomène en lui-même est moins important que son accompagnement médiatique ». Pour André Gunthert, c'est à la fois le signe d'un trouble dans notre échelle de valeurs et l'indication que l'image, longtemps méprisée par les lettrés, est devenue quelque chose d'important.


baud-carjat

Baudelaire photoraphié (Carjat, Nadar...) - Google Images
http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Baudelaire


.




.

Posté par clioweb à 08:10 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

14 juin 2015

Baudelaire, Les Fleurs du mal

 

b-fleurs

Baudelaire, épreuves d’imprimerie
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86108314/f23.image

 

Les épreuves corrigées des Fleurs du mal sont éditées par Les saints pères (189 euros l'exemplaire)
http://lessaintsperes.fr/manuscrits/manuscrits/23-les-fleurs-du-mal-epreuves-corrigees-9782954268774.html
La présentation très marketing est silencieuse sur le procès de 1857 et l'histoire de l'Empire autoritaire.


Baudelaire, Les Fleurs du mal, épreuves d’imprimerie
Consulter la version gratuite sur Gallica
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86108314/f23.image


Charles Baudelaire (1821-1867)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Baudelaire


Le recueil de poèmes est violent attaqué par Gustave Bourdin, Le Figaro, 05.07.1857
« L'odieux y côtoie l'ignoble ; le repoussant s'y allie à l'infect… ».

Au plus fort de l’Empire autoritaire, Ernest Pinard, le substitut au procureur du Parquet de la Seine, mène des procès contre trois écrivains :
. Flaubert pour Madame Bovary
. Baudelaire, Les Fleurs du mal
. Eugène Sue, Les Mystères du peuple.

Baudelaire est condamné à 300 F d’amende, 6 poèmes sont interdits : Les Bijoux ; Le Léthé ; À celle qui est trop gaie ; Lesbos ; Femmes damnées [Delphine et Hippolyte] ; Les métamorphoses du Vampire. Ils seront publiés à Bruxelles en 1866 avec 16 nouveaux poèmes sous le titre Les Epaves. Le jugement de 1857 ne sera annulé qu'en 1949.
En 1868, Pinard devient ministre de l'intérieur ; il fait preuve de sectarisme, il fait condamner Henri Rochefort... Après Sedan, il milite en espérant le retour de l'Empire (qui a mené au désastre de Sedan). http://fr.wikipedia.org/wiki/Ernest_Pinard

Rodin et Baudelaire
Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal
Édition originale de 1857, illustrée par Rodin en 1887-1888 en frontispice ou dans le texte des poèmes (dessins au trait ou ombrés, au fond hachuré et aux cinq lavis sur papier japon, chargés d’encre et de gouache)
http://www.musee-rodin.fr/fr/collections/archives/les-fleurs-du-mal

La poésie de Baudelaire a précocement et profondément inspiré le sculpteur
http://www.musee-rodin.fr/fr/rodin/fiches-educatives/rodin-et-charles-baudelaire

« Rodin éprouvait une immense admiration pour le poète ; il s'attacha à condenser tout le génie de Baudelaire dans la tête seule : "Ce n'est pas Baudelaire mais c'est une tête de Baudelaire" »
http://www.musee-rodin.fr/fr/collections/sculptures/charles-baudelaire-0


La Fabrique, 03.03.2011 (l'émission n'est plus en ligne)
http://www.franceculture.fr/oeuvre-accuses-baudelaire-flaubert-levez-vous-de-emmanuel-pierrat.html

 

 

b-maladives

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86108314/f31.image

 

b-bijoux1      b-bijoux2

                                                                 pages 118 et 119

                  
                             Les bijoux
(un des poèmes interdits par la censure napoléonienne)


La très chère était nue, et, connaissant mon cœur,
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.

Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’aise
À mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D’un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l’huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

S’avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s’était assise.

Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l’Antiope au buste d’un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe !

– Et la lampe s’étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu’il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d’ambre !

.

Posté par clioweb à 08:15 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,