29 juillet 2012

JO - Les ambivalences de l'Olympisme

 

Le sport, au-dela du jeu

Dans l'émission Cultures Monde - 09.07- Patrick Clastres insiste sur les ambivalences de l'olympisme, entre expression de patriotismes parfois exacerbés en nationalismes * et internationalisme par le sport amateur de haut niveau.
Un regard distancié nécessaire.
Face au rouleau compresseur des médias qui exploitent entre deux tunnels de pub la mise en spectacle des compétitions. A leur habitude, en deux semaines, cette forme de téléréalité risque d'aller jusqu'à l'overdose.


* Il est courant de faire la chasse au chauvinisme (« le roman national ») dans les manuels scolaires d'histoire.
Il faudrait aussi regarder du côté des Envoyés Spéciaux du Vide de la TNT : ils ne s'intéressent en général qu'aux seuls sportifs nationaux, présentés comme des êtres d'exception, tellement sûrs de leur triomphe prochain. La déception est souvent au rendez-vous ...  De plus, ces ESV adorent le sport virtuel : ils passent souvent plus de temps à commenter l'approche des épreuves que les vrais résultats de celles-ci.
Lire Pédagogie de la bêtise, le point de vue de françois Bégaudeau dans Le Monde Sport - 28.07.2012


Cultures Monde - 09.07 - 1/4 - Jeux olympiques, instrument diplomatique
avec Patrick Clastres, Alain Nass, Jérôme Gygax
http://www.franceculture.fr/emission-culturesmonde-le-sport-au-dela-du-jeu-14-jeux-olympiques-instrument-diplomatique-2012-07-09
http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/11701-09.07.2012-ITEMA_20384150-0.mp3

« Il est évident que le télégraphe, les chemins de fer, le téléphone, la recherche passionnée de la science, les congrès, les expositions ont fait plus pour la paix que tous les traités et toutes les conventions diplomatiques. Eh bien j’ai l’espoir que l’athlétisme fera encore plus (…). Exportons des rameurs, des coureurs, des escrimeurs ; voilà le libre-échange de l’avenir et le jour où il sera introduit dans les mœurs de la vieille Europe, la cause de la paix aura reçu un nouvel et puissant appui. Cela suffit pour encourager votre serviteur à songer maintenant à la seconde partie de son programme : le rétablissement des Jeux Olympiques » déclarait Pierre de Coubertin en 1892
Ces jeux devaient être un outil de pacification et de dialogues entre les peuples. La suite a montré les limites de cet espoir


- Les premiers comités sont composés de militaires, de diplomates, de sportmen ; c’est une assemblée de messieurs fortunés, attirés par les mondanités cosmopolites. La cooptation y est la règle, pas l'élection.
cf les annuaires du CIO de 1908 à 2010 - http://www.olympic.org/fr/la-charte-olympique?tab=1#1917


- L'itinérance aide au succès des jeux : Coubertin les veut à Paris en 1900 ; il accepte 1896 en Grèce. Les Grecs ont tenté à plusieurs reprises d’imposer leur pays comme seul lieu d’accueil.

- Samaranch installe une rupture brutale avec l'olympisme modernisé : il met fin au principe de l’amateurisme, il fait du CIO une OING de droit privé suisse, il fait le choix de la médiatisation par la TV commerciale, il va solliciter l’argent des multinationales, il fait des anneaux une marque commerciale. Les mots de la charte sont parfois loin des pratiques réelles : « mettre le sport au service du développement harmonieux de l'homme, en vue de promouvoir une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine »
Les JO ont failli disparaître à plusieurs reprises, les Jeux de Londres en 1948 ont évité aux dirigeants acoquinés avec les dictatures d’avoir à rendre des comptes. L’ONU et le CIO se regardent plutôt en chiens de faïence.


JO, un siècle de passions, Les quatre chemins, 2008
Patrick Clastres s'interroge sur les rapports entre le CIO et les Etats et les organismes internationaux dont l'ONU avec qui, à plusieurs reprises, il fut en conflit au point que de nombreuses contre manifestations, qu'on a oubliées, ont existé : Les jeux de l'Empire Britannique (1930), les Spartakiades (1928), les Olympiades populaires de Barcelone (1936) ou les Paralympiques (1960). Il étudie les relations entre le sport professionnel et le sport amateur, ainsi que les liens étonnants qui se nouent entre l'argent, le dopage et la médiatisation d'une part et les idéaux universels de paix et de loyauté d'autre part.
http://www.franceculture.fr/oeuvre-jeux-olympiques-un-siecle-de-passions-de-patrick-clastres


Cultures Monde - Les autres émissions de la semaine :
10.07 - 2/4 - L'économie des JO
http://www.franceculture.fr/emission-culturesmonde-le-sport-au-dela-du-jeu-24-economie-des-jo-l-argent-plus-fort-que-l-or-2012-0
http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/11701-10.07.2012-ITEMA_20384393-0.mp3

11.07 - 3/4 - La dictature de la performance
avec Redeker
http://www.franceculture.fr/emission-culturesmonde-le-sport-au-dela-du-jeu-34-la-dictature-de-la-performance-2012-07-11
http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/11701-11.07.2012-ITEMA_20384645-0.mp3

12.07 - 4/4 - La vie d'un sport
http://www.franceculture.fr/emission-culturesmonde-le-sport-au-dela-du-jeu-44-naissance-et-reconnaissance-la-vie-d-un-sport-2012
http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/11701-12.07.2012-ITEMA_20384871-0.mp3


L'Histoire utilise en vitrine vendeuse Les JO,du sport,du sang et de la politique, ledébut d'un entretien de 2008 avec Georges Vigarello :
« Les JO sont devenus un immense spectacle retransmis dans le monde entier, en temps réel, par les médias, mobilisant des investissements gigantesques : le budget avoué, cette année, pour Pékin est de 40 milliards de dollars. Nous sommes loin de la morale chevaleresque et de l’affrontement gratuit que souhaitait Coubertin ».
http://www.histoire.presse.fr/web/la-une/les-jeux-olympiques-du-sport-du-sang-et-de-la-politique-26-07-2012-47093


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08 novembre 2010

Le sacre de l'amateur

Patrice Flichy était l'invité de La suite dans les idées pour son ouvrage  Le sacre de l'amateur, Le Seuil, 2010. http://www.seuil.com/fiche-ouvrage.php?EAN=9782021031447
Enregistrer et écouter l'émission au format mp 3
L'ouvrage semble prendre le contre-pied du livre d'Andrew Keen, The Cult of the Amateur, How Today’s Internet is Killing our Culture ( ** cf en fin de billet )

- La question de la définition de l'amateur est intéressante (à comparer avec l'expert, le spécialiste accrédité ; à l'origine, l'expert, c'est celui qui a acquis une vraie compétence par la pratique, à qui on reconnaît la capacité de dire).
Un ex récent en histoire : Paul Veyne, l'historien du monde romain, vient de publier un ouvrage sur la peinture italienne. Au risque de froisser certains spécialistes en histoire de l'art ?

2 éléments de réponse :
. La passion, le plaisir intellectuel et social qui génère des pratiques culturelles qui débouche sur des compétences (sans parfois de certification par un diplôme, ni de salaire lié à cette passion - autre pb du web)...
. Les amateurs disposent aujourd'hui d'outils très performants, qui n'exigent pas un long apprentissage scolaire. Page 90 : Le but des amateurs, ce n'est pas la création artistique en elle-même, ni des découvertes scientifiques révolutionnaires mais un enrichissement de la culture populaire, une démocratisation des compétences.

Internet permet de travailler individuellement ou de participer à distance à des projets collectifs, sans les contraintes habituelles (horaires, proximité) ; de plus, on peut décider de faire un bout de chemin et de se retirer à tout moment... (cf l'exemple des logiciels libres)

- « La montée en puissance des amateurs peut être profondément déstabilisante pour les spécialistes »  écrit P Flichy dans sa conclusion. Ainsi, dans Wikipedia, un titre universitaire ne suffit pas à clore une discussion, et le spécialiste doit accepter d'expliquer, de dialoguer, de convaincre... En 2005, les éditorialistes dominants n'ont pas bien vécu la contestation de leur soutien unanime au TCE. Dans de nombreux domaines, des blogueurs peuvent souligner les failles de la mise en spectacle de la réalité sociale et politique (cf Maître Eolas pour la justice). Mais faut-il confondre recherche et vulgarisation, diffusion des connaissances et ficelles rhétoriques utilisées par les idéologues qui cherchent à décribiliser les scientifiques pour mieux placer leur camelote ?

PF rappelle qu'internet s'est développé en dehors des groupes de télécoms et en dehors des groupes de médias (de leurs informations mises en spectacle et vendues à un public de masse). Ces groupes essaient aujourd'hui de prendre le contrôle d'un support qui a échappé pendant 40 ans à leur logique commerciale et descendante.
( Est-ce la fin de la neutralité du Net ? Pour PF, le danger est réel pour la vidéo,   du fait des enjeux financiers et de la taille des fichiers ; moins pour l'écrit, sauf si les moteurs de recherche passent totalement sous le contrôle des marchands et des publicitaires ).

Conclusion, page 91 : « Malgré ses imperfections, la société des amateurs... permet à un grand nombre de cultiver ses passions, accroitre les connaissances et ouvrir de nouveaux champs à la démocratie. L'amateur n'est donc ni un intrus, ni un succédané de l'expert ; il est l'acteur grâce auquel notre société devient plus démocratique et plus respectueuse de chacun ».

- 2 désaccords :
. 9e minute : seln la question de Sylvain Bourmeau, l'école aurait du mal avec tous les supports modernes, elle ne à commenter des images de TV, à décoder un JT, alors qu'elle serait dans son élément avec un texte grec...
L'école passe bcp de temps à analyser et mettre en contexte la communication des médias. Les nostalgiques des humanités lui font parfois le reproche de passer trop de temps avec les images et la vidéo.

. Une vision sans doute trop optimiste : selon Flichy, « Internet corrige Internet ». « Le débat et l'argumentation seraient les meilleures armes contre la médiocrité et la mauvaise foi » (face aux cléricaux ou aux extrémistes des tea parties, est-ce vraiment les meilleures armes ?)

- ** Rappel :
Le décodage d'Andrew Keen par Francis Pisani dans L'alchimie des multitudes (p 128-130)
http://alchimie-des-multitudes.atelier.fr/pdf/extrait5.pdf

« La lecture du livre est implacable : au nom de l’ordre moral et des valeurs traditionnelles du business bien-pensant, Keen démolit sans preuves et sans imagination ce qui se joue d’intéressant dans l’univers du web ».

« À l’entendre, nous sommes menacés par une « dictature des idiots » dans laquelle « le professionnel est remplacé par l’amateur [...] le professeur de Harvard par la populace analphabète ». Et comme tout cela est gratuit, la valeur intellectuelle ne peut, selon lui qu’en être nulle ».

« Il s’en prend à tout ce qui est susceptible de faire peur dans le Mid-West (qui vote républicain), dans le Sud croyant et, d’une façon plus générale, aux bien-pensants du monde d’hier ».

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05 juillet 2009

Les jeunes vont-ils se crétiniser ? - 2

Commentaire d'EB sur la liste Apses :
" En effet, "le web n'est pas coupable" en tant que média, et il ne nuit pas en soi à l'écrit.
Toutefois, on ne peut nier les difficultés croissantes de la génération de nos élèves actuels face à la lecture (concentration, endurance, vocabulaire) et à l'écriture (syntaxe, orthographe, effort de raisonnement...). Nous venons d'en faire - comme chaque année - la cuisante expérience en corrigeant les copies de bac.
Un combat anti-web ne paraît donc pas pertinent ; en revanche, en observant l'addiction des jeunes aux mobiles, iPod, msn, bientôt iPhone pour tous, et l'incapacité de la plupart d'entre eux à se consacrer totalement à une seule tâche à la fois (en cours comme à la maison) à cause de la multiplication de ces accessoires,  j'ai du mal à rejeter le terme de crétinisation... Mais c'est peut-être de l'élitisme de ma part.

Et si j'ajoute qu'en fin de compte ça m'est égal que nos supérieurs fassent tout pour détériorer les capacités à l'écrit des élèves (je ne parle pas des meilleurs, ni du niveau scolaire en général, qui comprend bien d'autres éléments), car moins les jeunes sauront travailler et écrire, au fil des ans, plus cela fera de la place pour
ma fille - et plus généralement les enfants de profs -, est-ce encore réac et élitiste ?"

Merci à tous ceux qui ont pris le temps de lire ce billet.
Pour répondre à Eric, 2 citations, et des distinctions nécessaires pour débattre sereinement et efficacement.

Andrew Keen ("le culte de l'amateur") « s’en prend à tout ce qui est susceptible de faire peur dans le Mid-West (qui vote républicain), dans le Sud croyant et, d’une façon plus générale, aux bien-pensants du monde d’hier » écrit Francis Pisani dans L’alchimie des multitudes (p 129).

« la discussion ainsi amorcée nous lance un vrai défi qui vaut la peine d’être relevé. Pour tordue qu’elle soit, sa critique nous pousse à en trouver de plus fines pour éviter que le débat ne se centre sur le rejet du web au lieu de s’en prendre aux problèmes qu’il pose, aux domaines qu’il faut améliorer, aux tendances qu’il faut combattre, aux luttes qu’il faut mener ».


J’ai réagi sur un discours, celui que tient Pierre Assouline ici ou Nicholas Carr outre-Atlantique.
Un discours largement politique, pour qui Wikipedia et la démocratie participative, c’est la même chose.
Dans ce discours, l’histoire de la lecture me semble largement fantasmée.
La galaxie Gutenberg ? Avant le livre de poche (1954), avant la généralisation de la lecture (fin XIXe), le livre était réservé à une élite restreinte. Il y aurait beaucoup à dire sur la lecture (lente ou rapide)…
A ceux que le débat intéresse, je conseille de télécharger et lire le chapitre 5
http://alchimie-des-multitudes.atelier.fr/pdf/extrait5.pdf
ou http://alchimie-des-multitudes.atelier.fr/chapitre9.htm

Ce discours est relayé avec empressement par des médias pour qui le numérique est un double danger : le lecteur peut accéder gratuitement à un article ; un expert blogueur peut être davantage lu qu’un chroniqueur salarié.

Ce discours méconnaît les usages réels. Il refuse de voir la synergie entre tous les supports : le livre est une excellente carte de visite pour la radio (voir la TV) ; le web fait vendre et lire des livres et des revues. Les idées importantes circulent indépendamment du support, imprimé ou numérique.

 

Sur l’évolution de l’attention des élèves en classe et des étudiants, beaucoup a été écrit, par notre génération et par les précédentes. Le formatage télévisuel (l’info en 90 secondes, les clips), les usages sociaux du téléphone portable ont sans doute davantage d’impact que l’ordi.
Au CDI, on peut reprocher aux élèves qui travaillent sur écran d’ignorer les livres et les revues, si un prof ne les encadre pas ; ils préfèrent souvent le personnel au scolaire… mais je les ai rarement vu changer d’activité toutes les 20 secondes…

Bien sûr, en prenant le temps de penser et rédiger cette réponse, je ne suis pas dans l’univers ludique des ados, ni dans le superficiel des « chats » d’après une journée de classe… Le ludique, celui que beaucoup de journalistes présentent régulièrement comme l’alpha et l’omega de la pédagogie (l’édutainement (education + entertainment), apprendre en s’amusant…)

Posté par clioweb à 10:04 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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