27 avril 2016

Stéphanie Gibaud et le ministre

 

Stéphanie Gibaud, ancienne cadre chez UBS, a permis à l'Etat de retrouver les 12 milliards d'euros que la société avait caché au fisc.
L'expansion 07.04.2016

En mars 2015, le tribunal des Prudhommes de Paris a condamné la banque UBS à 30 000 euros d'amende pour harcèlement
http://fr.wikipedia.org/wiki/Stéphanie_Gibaud


Elle témoigne dans l'émission Cash Investigation du 05.04.2016
Paradis fiscaux : le casse du siècle
http://www.youtube.com/watch?v=hmONv8a421U


Lire l'indignation d'Affordance devant l'attitude du ministre des finances (et du chef de l'Etat) face à sa détresse.
Est-ce à chaque citoyen de pallier l'incurie d'un Etat incapable de se saisir d'une telle injustice ?

http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2016/04/claquer-la-culotte-des-lanceurs-dalerte.html
http://twitter.com/affordanceinfo


 

gibaud-lne

http://twitter.com/steph_and_me

Une pétition et une collecte ? 
http://monamiejournaliste.com/et-pendant-ce-temps-on-laisse-stephanie-gibaud-crever-tout-doucement/



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06 mars 2014

Nuit et Brouillard face à ses détracteurs

 

westerbork

Westerbork, 19 mai 1944 in Nuit et Brouillard.
devant des images, on ne voit que ce que l'on veut voir.


Nuit et Brouillard , film de toutes les polémiques
, Franck Nouchi, Le Monde 03.03.2014 
http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/03/03/nuit-et-brouillard-film-de-toutes-les-polemiques_4376546_3246.html

« Film de toutes les polémiques » ?
La formule est surprenante.
Le film a été censuré en 1956 à la demande du ministère qui dirigeait la gendarmerie, et privé de Cannes sur la demande de la RFA.
Il ne s'agit donc pas de polémiqueS, mais de censure.

Par la suite, le chef d'oeuvre d'Alain Resnais a été violemment critiqué par Lanzmann et ses proches (au nom de la spécificité de la destruction des juifs d’Europe, de la place des images). Là on peut parler de polémique au singulier.

La meilleure réponse aux détracteurs, c’est de prendre le temps de voir le film, un chef d’œuvre et une référence durable. La force des images, la qualité du commentaire permettent de contrer ces polémiques où la mauvaise foi n'est jamais loin. Il faut aussi lire l’excellent ouvrage de Sylvie Lindeperg, Nuit et Brouillard, un film dans l'histoire, O Jacob 2007, et voir le documentaire « Nuit et Brouillard. Face aux fantômes» que l’historienne a réalisé avec Jean-Louis Comolli.

Pour avoir longuement exploité ce film en lycée, en classe d'histoire, dans un programme qui prévoyait environ 10 heures pour l’étude de l'ensemble de la 2 GM, et pas 3 ou 4 comme aujourd’hui, il est possible d'opposer un certain nombre d'arguments à ces critiques répétées, mais simplistes et paresseuses.
http://clioweb.free.fr/camps/nuitetbrouillard.htm
http://clioweb.free.fr/camps/lindeperg.htm
Histoire et Mémoires, JP Husson, Reims : http://www.cndp.fr/crdp-reims/memoire/enseigner/memoire_histoire/menu.htm


« Nuit et Brouillard est un film sur l'univers concentrationnaire, en ce sens qu'il ne différencie pas explicitement les camps de concentration des camps d'extermination ».

S'il s'agit de replacer le documentaire d'Alain Resnais dans l'histoire de la déportation et dans l'évolution de l'historiographie, alors aucun problème.
En 1955, la commande met l'accent sur la déportation de répression, celle qui est incarnée par le sinistre décret Nacht und Nebel du 07.11.1941 (signé par le maréchal Keitel)  qui spécifie : « Les prisonniers disparaîtront sans laisser de trace ».
http://fr.wikipedia.org/wiki/Nuit_et_brouillard - http://www.defense.gouv.fr/content/download/100779/978495/file/MC36.pdf
Faut-il s'étonner d'une telle lecture dix ans après la fin de la 2GM ?
Pourquoi faudrait-il exiger d'un cinéaste de 1955 de faire le travail que les historiens ne feront que plus tard ?


Lors de la sortie de Shoah, un double procès a été mené contre Nuit et Brouillard :
- Etudier l’histoire du nazisme, chercher à le mettre en contexte, c’était courir le risque de "comprendre" et de devenir complice des crimes nazis.
- Les images avaient été produites par les hitlériens. Les utiliser, c’était aussi risquer de jouer les complices. Sylvie Lindeperg décrit le clash entre Godard qui se faisait fort de découvrir des images nazies de la mort de masse si elles existent, et Lanzmann qui affirmait au Monde qu'il détruirait ces images s'il en avait entre les mains.
Dans ces deux cas, c’est faire peu de cas du métier des historiens et de l’intelligence de ceux qui les lisent.
De plus, prétendre interdire l'usage des images aux historiens, voilà une démarche bien surprenante dans le monde actuel.

Pour le 70eme, l’histoire de la déportation est le monopole des témoins (ou plutôt des acteurs ?) qui ont échappé à la mort. Le documentaire a été réalisé juste avant « l’ère du témoin » (A. Wieviorka).
La mode de la colorisation et de la sonorisation des archives (Apocalypse) ne sévissait pas encore. L'utilisation du noir et blanc ou de la couleur aident le spectateur à distinguer l'origine des images.

« Et si l'on y voit les chambres à gaz d'Auschwitz, la spécificité du génocide juif n'apparaît pas (le mot juif n'est cité qu'une seule fois) »

- Pas de juif ?

L’argument répété à l’infini consiste à dénigrer le texte de Jean Cayrol.
Oui, le poète et résistant, déporté à Mauthausen ne fait qu'une allusion à un déporté juif.
Mais cette attaque est malhonnête. Jean Cayrol souligne le tournant nazi, et une pré-version abordait la question du génocide.
cf. Christian Delage, Nuit et Brouillard : un tournant dans la mémoire de la Shoah, Politix 61, 2003.

Et surtout, le texte de Jean Cayrol ne peut pas être réduit à cette critique simpliste.
Il comporte aussi une mise en alerte qui a été trop peu entendue en 1956 :
« Qui de nous veille de cet étrange observatoire
pour nous avertir de la venue des nouveaux bourreaux ? 

Ont-ils vraiment un autre visage que le nôtre ? »


- Pas de juif ?

Vers la 5e mn, Nuit et Brouillard exploite les images nazies d'un convoi partant de Westerbork le 19 mai 1944 : tous les déportés portent une étoile, et le train part vers Birkenau et vers Bergen-Belsen
cf Chronique internet 403 : D'après Sylvie Lindeperg, bloqué dans ses recherches d'images par les militaires français (SCA) et anglais, Resnais se tourne vers l'institut néerlandais de documentation de guerre (Amsterdam). Il y découvre les plans tournés par les Britanniques lors de la libération de Bergen-Belsen, et les images d'un convoi partant de Westerbork le 19 mai 1944.
http://clioweb.free.fr/chronique/aphg403.pdf

Les images retenues ou tournées par Alain Resnais sont explicites, à condition d'accepter de les regarder :
http://clioweb.canalblog.com/tag/westerbork
Visiblement, chez ceux qui veulent démolir la réputation du film, on ne voit que ce que l'on veut voir.


- Pas de juif ?

De larges extraits de Nuit et Brouillard ont été projetés lors du procès Eichmann à Jérusalem.
cf Chronique internet 405 : Lors de l'audience du 8 juin 1961, l'oeuvre d'Alain Resnais a été abondamment utilisée : une trentaine d'extraits, parfois très découpés, ont été retenus pour une durée cumulée d'une quinzaine de minutes.
http://clioweb.free.fr/chronique/aphg405.pdf


- Pas de juif ?

Le documentaire a été abondamment utilisé en lycée, où il a servi de référence sur l'univers concentrationnaire des nazis.
Il a aussi mobilisé au service du combat contre l'antisémitisme. Il a été projeté à la TV aussi bien après l'attentat de la rue Copernic (projection de Nuit et Brouillard par la TV en 1980) qu'après la profanation du cimetière juif de Carpentras (une version VHS de Nuit et Brouillard est distribuée dans les lycées en 1990). Et il a été sans doute vu bien davantage que les 9 heures du film de Lanzmann.


Le simplisme n'est donc pas absent de cette polémique intéressée.

- The Destruction of the European Jews, l'ouvrage de Raul Hilberg est publié aux USA en 1961.
Mais en France, la traduction ne paraît qu'en 1985 !
Lanzmann veut parfois faire la leçon aux historiens. Ils n'ont donc pas attendu un génial réalisateur pour faire leur travail.

- Primo Levi, l'auteur du célèbre Si c'est un homme, illustre un autre aspect de la complexité de cette histoire.
Le chimiste est arrêté comme résistant en décembre 1943. Il espère échapper à une exécution sommaire en déclarant « sa condition de citoyen italien de race juive ». Il est transféré dans le camp d'internement de Fossoli, près de Modène, où il demeure deux mois, puis il est déporté en février 1944 à Auschwitz. Des 650 déportés de son convoi, seule une vingtaine retrouveront la liberté.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Primo_Levi - http://it.wikipedia.org/wiki/Primo_Levi

- On meurt aussi dans les camps de concentration :
Lire ou relire Robert Antelme dans L'espèce humaine.
« Nous sommes tous, au contraire, ici pour mourir. C'est l'objectif que les SS ont choisi pour nous. Ils ne nous ont ni fusillés ni pendus mais chacun, rationnellement privé de nourriture, doit devenir le mort prévu, dans un temps variable ».


- Cette réalité des formes multiples prises par la déportation a quasiment disparu des programmes. Depuis la déstructuration de l'histoire scolaire par le ministre Chatel, la 2 GM n'est plus étudiée que comme une guerre d'anéantissement. Pas de place pour l'expérience combattante, la Résistance est étudiée comme un aspect de l'histoire intérieure de la France, pas comme un combat contre l'occupant nazi, La guerre dans le Pacifique ou la guerre (mondiale) à l'Est ont peu de place dans les manuels de 2011.


- Sylvie Lindeperg a laissé à d'autres l'étude des usages du film en classe, en lycée pendant deux générations.
Le film a d'abord été projeté en 16 mn, en noir et blanc. La version VHS était une amélioration, malgré la taille modeste des écrans. La disponibilité du film en dvd et en couleurs permet de faire un réel travail d'analyse des images (quand le survol speedé des programmes laisse un peu de temps).

Il devient possible d'étudier la composition du film, de distinguer entre les images d'archives (Westerbork, Bergen-Belsen) et les images tournées à Birkenau en 1955. Il est possible de s'intéresser à l'histoire du képi et à la censure exigée par la gendarmerie française.
Il y aurait aussi à dire sur la vision des images de l'horreur et au danger de la sidération devant les amoncellements de cadavres produits par l'hitlérisme et sa machine de mort. 

Le film a des défauts réels (cf. l'erreur sur les chiffres - 9 M de morts -, etc.) mais l'appel à la vigilance formulé en 1956 par Jean Cayrol mérite toute notre considération : en Algérie, la guerre d'indépendance dure alors depuis deux ans, et la torture a fait sa réapparition, une décennie seulement après la défaite des hitlériens.

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