18 mai 2013

Enseigner l'informatique ?

 

- L’enseignement de l’informatique en France : il est urgent de ne plus attendre
Rapport de l’Académie des sciences - mai 2013
http://www.academie-sciences.fr/activite/rapport/rads_0513.pdf

« L’Europe et la France en particulier accusent un important retard conceptuel et industriel dans le domaine par rapport aux pays les plus dynamiques, comme les Etats-Unis et certains pays d’Asie. Ce retard est en partie lié aux carences de l’enseignement de l’informatique »
« Les circonstances sont très favorables à l’introduction d’un véritable enseignement de l’informatique ... »
« Tous les enseignants devront être formés à l’impact de l’informatique dans l’évolution de leur discipline : la simulation dans les sciences expérimentales, l’usage de bases de données en histoire ou géographie, l’analyse de textes en littérature, la traduction automatique, la création artistique, etc. »


- Lire Bruno Devauchelle, Enseigner l'informatique : Un rapport qui méconnaît l'Ecole, Le Café 16.05.2013
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2013/05/16052013Article635042841227838366.aspx

Le rapport a été écrit par des spécialistes. « Le numérique nécessite une réflexion globale, pas simplement la définition d'un nouveau territoire qu'il s'agirait alors d'installer et de défendre, au risque de l'opposer à d'autres disciplines dont on sait qu'elles sont promptes à se défendre ».



- Les enjeux ne sont pas nouveaux. Ils ont été posés dès les années 1970 :
L'informatique en Education, pour quoi faire ?
A quel niveau (en maternelle avec le logo de Seymour Papert ? en université seulement ?)
Enseigner l'informatique théorique ou l'informatique appliquée ?
Enseigner la programmation ou la "bureautique" ?
L'informatique peut-elle ignorer les machines ?
Traiter automatiquement des données ou Communiquer en ppt ou sur twitter ?
Que faire des enjeux politiques, sociaux et économiques (dans l'espace public, dans les entreprises, au niveau individuel ..) ?
A quels lycéens, quels étudiants destiner ces enseignements ?

Côté prof, les premières dotations en ordi des lycées (1983 ?) étaient accompagnées d’une formation de 100 h (une ébauche de programmation). cf Quelques points de repère dans une histoire de 40 ans - L'association EPI (1971-2011)
http://www.epi.asso.fr/revue/histo/h11epi_jb.htm

Côté lycéens, le Ministère a hésité entre une option lourde, surtout exploitée par les lycéens scientifiques et un vide total.
En 2012, en série scientifique, Chatel a introduit une spécialité « Informatique et Sciences du Numérique » (ISN).
Au programme : Représentation de l'information, Algorithmique, Langages et programmation, Architectures matérielles.
http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=57572


La formation informatique des historiens en France : une urgence écrivait Jean-Philippe Genet dans Mémoire Vive N°9 - http://pireh.univ-paris1.fr/mv/num9.html
Les questions sur le type de formation sont déjà posées par les historiens en 1993, en fonction de la technique du moment (UNIX et MS-DOS). Et à une époque où l'histoire quantitative occupait une place importante, une époque où les étudiants en histoire pouvaient avoir réussi un bac C ou S.


Les pionniers se souviendront de la galère des débuts d'internet.
Depuis, les outils se sont répandus dans toute la société et les usages se sont énormément diversifiés.
En géo, les programmeurs ont développé plusieurs logiciels de carto. Les applications en ligne (Géoclip ou Arctique en France) sont très efficaces, et laissent davantage de temps pour faire de la géo.
De fait, il semble exister au moins deux types d'informaticiens : ceux qui mettent toute leur intelligence à faciliter le travail des autres sur ordi ; ceux que l'on paie pour empêcher ou entraver le travail des internautes, à coup de mots de passe, d'interfaces peu intuitives ou de trappes connues des seuls initiés.

Pour compliquer le tout, l'instabilité fait partie du débat : les processeurs et la mémoire ne sont plus ceux de 1985 ou de 2004.
Face à ces mutations, on peut tenter de courir après la technique et subir l'obsolescence. On peut, comme un prof de maths vers 1987, prétendre remplacer l'ordi (ou la tablette) par un crayon (tout en tenant la main de sa voisine pour lui enseigner à se servir du mulot !).

Alors enseigner aux historiens à coder ? (cf F. Clavert)
http://www.clavert.net/le-code-et-lhistorien-contemporaneiste-pensees-eparses/
ou créer les conditions d'une coopération entre techniciens et historiens ? (Ph. Rygiel)

Le débat ne sera sans doute jamais clos.
Encore faudrait-il poser des questions auxquelles il soit possible de répondre utilement sur le terrain.

Voir également
25 ans d'ordi en HG : http://clioweb.free.fr/clio/egotechnohistoire.htm
La page History and Computing : http://clioweb.canalblog.com/tag/historyandcomputing
et les 7 pages Dans la Toile des médias sociaux : http://clioweb.canalblog.com/tag/mediassociaux

J-Ph Genet, A. Zorzi, Les historiens et l’informatique. Un métier à réinventer - EFR 2011
http://digital.casalini.it/10.1400/171938
un ouvrage de synthèse des Ateliers ATHIS (2006-2008)
http://www.menestrel.fr/spip.php?rubrique619



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09 février 2013

Technos-réacs et techno-béats

 

L’Académie et la tablette aux alouettes
article d’Erwan Cario, Libération Médias – 07.02.2013
http://www.liberation.fr/medias/2013/02/07/l-academie-et-la-tablette-aux-alouettes_880235

extraits :
« On n’y apprend rien de bien révolutionnaire, mais il est plutôt bienvenu, cet avis de l’Académie des sciences intitulé « L’enfant et les écrans » (Libération de samedi). Ne serait-ce que pour disposer d’un argument d’autorité - c’est un truc de fainéant, on sait - pour écourter les discussions pénibles et interrompre les litanies des pseudo-penseurs passéistes. Non, ce n’était pas mieux « avant ». Non, le numérique n’a pas vocation à décérébrer la jeune génération. Et non, les jeux vidéo ne rendent ni idiot ni violent. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est l’Académie des sciences !

Pour profiter de cet argument d’autorité, il faudra néanmoins passer sous silence quelques étrangetés. Un peu de mauvaise foi n’a jamais fait de mal à personne. Ainsi, la référence à Second Life présenté comme un jeu pour petites filles peut faire sourire, tout comme la mise en avant de la technologie 3D relief pour la télévision, qui est en chemin pour rejoindre le frigo connecté au cimetière des fausses bonnes idées.

Plus gênant, l’Académie semble s’être entichée d’une façon fort peu scientifique du dernier-né des écrans : la tablette tactile… On peut s’interroger sur la légitimité d’une telle mise en avant … C’est un écran séduisant, mais c’est avant tout un outil de consommation … On ne crée pas grand-chose sur tablette. A la limite, un statut Facebook. Mais pour les longs textes, les vraies créations graphiques, la programmation informatique (qui devrait être une priorité pour les jeunes, justement) ou la mise à jour d’un site web, c’est hors sujet … Il faut croire que même un académicien peut être aveuglé par sa propre fascination. Et les béats de l’innovation sont souvent tout aussi largués que les pires des techno-réacs ».

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Posté par clioweb à 07:50 - Commentaires [1] - Permalien [#]
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