19 mai 2014

1940-45 : Les juifs et l'entraide

 

1940-1944 : la France occupée face aux persécutions
http://www.franceculture.fr/emission-repliques-1940-1944-la-france-occupee-face-aux-persecutions-2014-05-10

La violence de ton, la recherche du mot qui tue sont difficilement supportables, surtout venant d'historiens de métier.
Le débat enregistré le 28 juin 2013 à Cluny entre Robert Paxton et Jacques Sémelin est plus serein et sans doute plus intense.
La Fabrique de l'histoire, vendredi 12.07.2013
prise en vidéo : http://www.dailymotion.com/video/paxton-semelin2013


La question posée par Jacques Sémelin dans ce dernier ouvrage :
« Comment 75% des juifs en France ont échappé à la mort ? ».
Vers 1985, l’accent était mis sur les déportés assassinés par les nazis, avec la complicité active de Vichy.

Les juifs (dit « étrangers ») qui avaient fui l’antisémitisme de l’Europe orientale ou de l’Allemagne ont été les principales victimes. Mais JS souligne que « les juifs se sont d'abord sauvés par eux-mêmes » : ils ont beaucoup bougé, ils ont mis sur pied des politiques d’entraide.
L’attitude des Français est contradictoire. La délation a envoyé à la mort, mais elle ne touche pas seulement des juifs. La solidarité des petits gestes a aussi sauvé des juifs.
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article314
http://www.la-croix.com/Actualite/France/Jacques-Semelin-75-des-juifs-vivant-en-France-ont-echappe-a-la-deportation-_NP_-2013-03-21-923518
http://www.agoravox.tv/culture-loisirs/culture/article/debat-entre-robert-paxton-et-39983

3 citations :
Vers la 36e minute - Stanley Hoffman : « dans mes mémoires à moi, le souvenir du professeur âgé de 76 ans est toujours vibrant. Il m'enseigna l'histoire de France, il me donna de l'espoir dans les pires jours, il sécha mes pleurs quand mon meilleur ami fut déporté avec sa mère, il nous fabriqua de faux papiers à ma mère et à moi pour que nous puissions fuir Nice, une ville infestée par la Gestapo, où la complicité des amis et des voisins n'était plus une protection suffisante. Cet homme efface tous les mauvais moments, les humiliations et les terreurs. Sa douce épouse et lui n'étaient pas des héros de la Résistance, mais s'il existe un Français moyen, c'est cet homme-là qui représentait son peuple et pour cette raison, la France et les Français mériteront toujours notre hommage ; je ne cesserai jamais de les aimer ».

Vers la 31e minute : « Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou. Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Les étrangers sont des hommes, les étrangères sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux …
À lire dimanche prochain [23 août 1942], sans commentaire … »
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Saliège

vers la 33e minute - AF : « mon père juif étranger apatride a été déporté de Paris, son frère est allé en zone libre, ses parents veulent le rejoindre, ils ont été dénoncés par un passeur. Ils ont été déportés depuis Bordeaux par un des convois Papon, je l'ai su en écoutant Me Zaoui au procès Papon »


Ces derniers mois, nous savons que les affrontements politiques ont quitté le terrain rationnel. A écouter cette émission, sur le terrain intellectuel, les clivages peuvent être aussi violents entre l’histoire dominante et les autres. La vigueur de la polémique semble avoir cheminé de la radio au forum Aggior.

Laissons les spécialistes se prononcer sur l’ouvrage de Jacques Sémelin et sur l’histoire des mémoires de la 2GM.
De mémoire de prof, Klarsfeld mettait vers 1985 l’accent sur les juifs déportés et massivement assassinés,
avec la complicité active de Vichy. Ce n’est que plus tard que le regard a intégré aussi ceux qui ont échappé à la destruction par les nazis.

Le discours de Chirac en 1995 a été porté aux nues pour
« La France, patrie des Lumières et des Droits de l'Homme, terre d'accueil et d'asile, la France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux ».
L’accent a beaucoup moins été mis sur l’autre France, la « vraie » France des gaullistes …
« Mais il y a aussi la France, une certaine idée de la France, droite, généreuse, fidèle à ses traditions, à son génie. Cette France n'a jamais été à Vichy. Elle n'est plus, et depuis longtemps, à Paris. Elle est dans les sables libyens et partout où se battent des Français libres. Elle est à Londres … ».
Wikisource : http://tinyurl.com/chirac-1995-veldhiv
Henry Rousso y ajoute la place faite aux Justes en 2005.

« La France, nous le savons tous, n'est nullement un pays antisémite » dit Chirac.
Au temps de Sharon, le contraire a été affirmé : la France a condamné le capitaine Dreyfus. C'était faire le silence sur tous ceux qui ont combattu pour que son innocence soit reconnue en 1906. En 2006, lors d'un colloque, Epstein avait  présenté le parcours de dreyfusards devenus vichystes et collabos.
 

Deux observations
- Quand vers la 28e mn, Sémelin évoque trois facteurs (le christianisme, l’héritage républicain, l'esprit patriotique), que retient et commente l’animateur ? La seule dimension religieuse et le choc des confessions. Rien sur les deux autres aspects.

- Le réac en habit vert semble avoir des comptes à régler.
Il s'abrite derrière la citation de Bédarida : « vous n'avez pas vécu cette période, vous ne pouvez pas comprendre » !
A qui profite une telle négation du métier de l’historien ?
Que penser du travail des historiens de la Rome antique ?
Faut-il avoir été bourreau nazi ou victime des nazis pour avoir une légitimité à écrire une histoire de la barbarie nazie ou de ceux qui l'ont combattue en Europe ?

En 2006, au micro de l’INA, Wieviorka (Annette) aborde ce rapport de l’historien au témoin
(le témoin n'est-il pas aussi un acteur ?).
http://clioweb.canalblog.com/archives/2010/04/07/17491914.html

Jacques Sémelin, Persécutions et entraides dans la France occupée. Comment 75% des juifs en France ont échappé à la mort. Les Arènes - Le Seuil, 2013
Pierre Laborie, Le chagrin et le venin : la France sous l'Occupation, mémoire et idées reçues, Bayard, 2011
Henry Rousso, Eric Conan, Vichy, un passé qui ne passe pas - Gallimard, 1996
Henry Rousso, La dernière catastrophe : l'histoire, le présent, le contemporain, Gallimard, 2012

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05 décembre 2013

CVUH : Usages du génocide

 

Les usages socio-politiques de la catégorie de génocide.

Le CVUH organise une journée d'études
le 7 décembre 2013, au centre Mahler, 9 rue Mahler, Paris (Métro St Paul)


au programme :
9h30-10h00 : Quels génocides et quels usages ? Réflexions préliminaires
Jacques Semelin (CNRS-IEP)

10h15-10h45 : Notions de droit international : définition des éléments constitutifs du chef d'accusation de génocide - Yann Jurovics  (Université de Picardie)

11h15 -11h45 : De la question du génocide des populations autochtones d'Amérique du nord et de son utilisation aux États-Unis et au Canada 1992-2012. Nelcya Delanoë (Professeur honoraire des Universités)

12h00-12h30 : La catégorie génocide dans la mémorialisation de la traite négrière : élément d'une mise en controverse des discours sur le passé. Sébastien Ledoux (Université de Paris I)


14h30 -15h00 : Génocides en Afrique : les embarras de définition. L'exemple du Burundi et du Rwanda de 1964 à 1994. Jean-Pierre Chrétien (CNRS)

15h45 – 16h15 : Génocide en Vendée ? Ou le problème posé par la question : de la nécessité de tenir compte de tous les usages de l'histoire. Jean-Clément Martin (Université de Paris I)

16h30-17h00 : Homocauste : de l’usage du génocide dans la construction identitaire et mémorielle des homosexuels français. Mickaël Bertrand (Enseignant à Dijon)

source : http://cvuh.blogspot.fr/2013/11/journee-detude-samedi-7-decembre-2013.html

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21 février 2011

Online Encyclopedia of Mass Violence

massviolence

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Jacques Sémelin traite de La logique monstrueuse du massacre de masse, Le Débat n° 162, nov-déc 2010, dans un dossier sur La terreur au XXe siècle. Les 3 dernières pages présentent le site internet http://www.massviolence.org/
copie temporaire : http://clioweb.free.fr/revues/1temp/semelin130.jpg [L'article en intégral est vendu 5 euros, ce qui mettrait la revue entière à  90 euros, au lieu des 17,50 euros en kiosque. C'est sans doute ce qu'on appelle une exploitation intéressée du numérique pour faire le commerce des idées. :-):-) ]
Lire plutôt en ligne Notre projet (pdf) ou Our Scientific approach
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- L’Online Encyclopedia of Mass Violence a pour objectif de développer un site web international de référence pour « analyser en profondeur les conflits contemporains, et qui sait, les prévenir ». Sa réalisation a commencé en 2003 dans le cadre de Sciences-Po (CERI)

- L'Encyclopédie est diffusée principalement en anglais.
« ... nous avons réussi, en tant qu'équipe francophone, à nous projeter sur la scène internationale ».

- « Projet à vocation universelle, l'encyclopédie entend assurer un service public... rémunérer les auteurs, progresser vers le multilinguisme suppose des moyens... c'est pourquoi nous sommes à la recherche de partenariats institutionnels et de donations privées...».

- L'Encyclopédie traite de sujets très sensibles.
Pour éviter les polémiques stériles, ses auteurs ont mis en place un double cadrage :
- des recommandations préalables (écriture accessible, érudition, approche distanciée) ;
- un contrôle rigoureux des articles et une validation par un comité scientifique avant publication.
Selon JS, les critères utilisés se veulent irréprochables.

- L'Encyclopédie est dédiée à la fois à l'histoire et à la mémoire. « L'écriture de l'histoire vise à calmer les morts qui hantent encore le présent, et à leur offrir des tombeaux scripturaires » Michel de Certeau.

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- Pourquoi avoir fait le choix d’internet pour une telle encyclopédie ?

« Cette technologie permet bien plus de souplesse d'emploi que la fabrication d'une encyclopédie « classique » dans le format du livre-papier. Ainsi est-il plus facile d'actualiser l'évolution des connaissances, de faire de nouvelles mises à jour, etc., sans engager des frais importants d'impression. En outre, la consultation d'une encyclopédie sur Internet correspond bien davantage aux réflexes des jeunes générations. De plus, l'accessibilité à la toile, à travers le monde, tend à s'étendre même si des Etats imposent des restrictions. Cette technologie permet en fait une diffusion de la connaissance plus large que l'édition, toujours nécessaire, mais néanmoins plus restreinte du livre. Son intérêt réside encore dans sa possible interactivité, dans la mesure où elle peut susciter des contributions (en provenance des pays concernés), susceptibles d'être mises en ligne pourvu que celles-ci répondent aux critères scientifiques de l'Encyclopédie. Afin d'utiliser au maximum toutes ces potentialités, il est important que le site soit consultable gratuitement, n'ayant de toute façon pas une vocation commerciale. Projet à vocation universel, cette encyclopédie doit être considérée comme un service public universel. Un tel projet reste évidemment complémentaire de toute encyclopédie papier traditionnelle » .

« Chaque cas sera analysé en fonction d’un questionnement commun à partir duquel seront constituées les rubriques propres à cette encyclopédie. En voici la liste indicative :
a. Le contexte (guerre civile, guerre coloniale, guerre mondiale)
b. Les responsables et les exécutants du massacre
c. Les victimes
d. Les témoins
e. Les mémoires
f. Interprétations et qualifications des faits
g. Suites judiciaires éventuelles
h. Commissions « Vérité et Réconciliation »
i. Lieux de mémoire (sites ou musées).
j. Bibliographie »

« En outre, l’Encyclopédie Electronique des Violences de Masse comportera trois autres entrées :
- Etats de la question qui permettront de mettre en lumière l’évolution des connaissances
sur un fait historique majeur, les controverses historiographiques qu’il suscite.
- Glossaire des termes les plus utilisés dans ce champ d'étude ;
- Contributions théoriques qui expriment les courants de recherche les plus représentatifs sur des thèmes spécifiques (définitions du génocide, processus « vérité et réconciliation », mémoires etc.) »

Parmi les études de cas, trois exemples :
http://www.massviolence.org/All-Contributions?id_rubrique=7

- La rafle du Vélodrome d’hiver, 16-17 juillet 1942
par Michel Laffitte (nov 2009)

- Oradour, 10 juin 1944 : un massacre nazi en France occupée
par Jean-Jacques Fouché (février 2010)

- La dernière dictature militaire argentine (1976-1983) : La conception du terrorisme d’État
par Maria Soledad Catoggio (mars 2010)

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Sur Jacques Sémelin : la résistance au quotidien, lire L'Histoire n° 323 - 09/2007
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Dans Le Monde diplomatique :

J Sémelin, De la Bosnie au Rwanda, Washington face aux génocides, juin 2003
http://www.monde-diplomatique.fr/2003/06/SEMELIN/10275

J Sémelin, Penser l'impensable, " Massacres " et " génocides ", avril 2004
http://www.monde-diplomatique.fr/2004/04/SEMELIN/11120

Christian de Brie, Qu'y a-t-il de commun entre Tamerlan, Oradour et le Prince Noir ? dec 2008
http://www.monde-diplomatique.fr/2008/12/DE_BRIE/16602

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20 février 2011

La résistance civile

- Jacques Sémelin, Face au totalitarisme. La résistance civile

semelin_resist

Jacques Sémelin était l'invité de la 2e partie de La Fabrique ce vendredi à propos des pistes ouvertes dans son HDR (publiée par André Versaille). Il la replace dans l’ensemble des stratégies et des attitudes possibles ; il en souligne 3 éléments : la cohésion sociale, la légitimité, et le soutien de l'opinion. La menace de la répression est toujours présente, mais la peur peut s'estomper (et les circonstances la rendre inopérante - cf l’Europe de l’Est en 1989).
L’émission au format mp3, vers la 30e mn
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Face au totalitarisme, la résistance civile. Un choix de 18 pages et le sommaire en pdf
http://www.andreversailleediteur.com/?livreid=787

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- La mémoire et ses trous

Eric Conan propose dans Marianne une lecture de l'ouvrage de Pierre Laborie Le Chagrin et le Venin.
« Demain, la Résistance devra se justifier pour avoir résisté ». L’affirmation de W Jankelevitch est encore plus vraie aujourd’hui, « dans un temps qui vénère l'adaptation nécessaire à tout ce qui vient et qui ne supporte pas ceux qui s'y opposent ».
http://clioweb.free.fr/presse/1temp/marianne/conan-laborie.jpg

- Pour reconsidérer les années noires - source CV
Pierre Laborie : « s'il paraît abusif d'avancer l'idée d'une société en résistance, il est en revanche possible, avec des décalages dans la chronologie selon les lieux, de parler d'une société de non-consentement ».
La lecture de l’ouvrage par La Croix :
http://www.la-croix.com/livres/article.jsp?docId=2453953&rubId=43500

- « On se sert de la  Résistance, tout en la dénigrant ». Pierre Laborie, Entretien publié par Libération (29/01/2011).

Pierre Laborie intervient à propos de Vichy et des anciens combattants dans Le siècle de Verdun, le documentaire de Patrick Barbéris rediffusé par Public Sénat le samedi 19 février.

- La Fabrique avec Pierre Laborie (28/01/2011) est encore disponible en mp3
http://clioweb.canalblog.com/tag/laborie

venin

 

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