12 octobre 2012

La bureaucratisation du monde




La bureaucratisation du monde à l'ère néo-libérale (La Découverte, 09.2012).
Béatrice Hibou, l'auteur, est l'invitée de Sylvain Bourmeau - La suite dans les idées, 06.10.2012
http://www.franceculture.fr/emission-la-suite-dans-les-idees
l'émission en mp3 :
http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/16260-06.10.2012-ITEMA_20407638-0.mp3

La bureaucratisation envahit notre quotidien avec ses normes, ses règles et ses procédures..
L'entreprise aujourd'hui est une "machine" à créer des normes (Audit, Reporting, flexibilité, contrôle etc..)

L’invasion des pratiques bureaucratiques dans l'ensemble de la société,
et pas seulement dans l’administration se fait à la fois
- par le haut, du fait de la circulation des élites converties au New Public Management du secteur public aux grandes entreprises privées (cf la domination, l’école de Francfort)
- par le bas, du fait du consentement des acteurs, par obéissance résignée ou par intérêt.

Le néo-libéralisme ne parle pas du monde réel, mais invente sa propre fiction. Il euphémise les inégalités, les normes et les contrôles. Il impose sa vision du monde. Son vocabulaire (cf la « gouvernance » au lieu du « gouvernement ») est parfois analysé par ses adversaires comme une forme de dépolitisation et une avancée des modèles gestionnaires. C’est en réalité une politisation intense, une autre forme de la politique. Les mots choisis pour décrire les conflits pèsent pleinement sur les rapports de force au sein de la société.


dans la présentation de l'ouvrage par l'éditeur, reprise sur Liens-Socio :
« La bureaucratie néolibérale ne doit pas être comprise comme un appareil hiérarchisé propre à l'État, mais comme un ensemble de normes, de règles, de procédures et de formalités (issues du monde de l'entreprise) qui englobent l'ensemble de la société. Elle est un vecteur de discipline et de contrôle, et plus encore de production de l'indifférence sociale et politique ».
http://lectures.revues.org/9233

La table des matières : http://www.editionsladecouverte.fr/La_bureaucratisation


- Patrick Pelloux décrit les conséquences de la T2A (tarification à l'acte) sur les hôpitaux : les médecins passent une partie de leur temps à coder leur activité au lieu de soigner les patients. Les politiciens ont avancé la réduction des dépenses de santé comme faux prétexte. En réalité, le déficit continue à se creuser et la bureaucratie explose.
Au-delà de ce mode de gestion et de tarification, « La volonté néolibérale était de faire de l’hôpital une entreprise, ce qu’il n’est pas et ne sera jamais ». Charlie Hebdo, 10.10.2012

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30 janvier 2010

Le néo-libéralisme, une technique de gvt

Malaise dans la justice : une remise en cause de l'institution ?
Antoine Garapon était l'invité de l'association Démosthène.

des notes prises à plusieurs mains sont consultables en ligne

La suite est une tentative de synthèse personnelle.

Pour A Garapon, le néo-libéralisme n'est pas une idéologie , mais une technique de gouvernement des hommes, une manière de gérer une société conçue comme une addition d'individus gérant chacun ses choix, sans référence à des valeurs communes partagées.

Au nom de la liberté de l'individu, les néo-libéraux veulent appliquer à toutes les activités humaines les règles du capitalisme le plus sauvage, celles du New Public Management en GB et de la LOLF en France. Ils soumettent toutes les institutions à une logique comptable, ils ignorent volontairement et malmènent toute dimension symbolique. On ne parle plus de justice (ou de santé ou d'éducation), mais de rentabilité, de coût, de performance, de ratios... Avec eux, on s'installe dans la fuite en avant, dans l'instabilité permanente [la France actuelle y ajoutant le clientélisme et l'arbitraire].

Leur maître mot des néo-libéraux, c'est la concurrence, la compétition, « la guerre ». Leur ambition est de mettre tout le monde sous pression, ils y parviennent en rognant tous les budgets, en réduisant le personnel au delà du raisonnable.

Habillée en version radicale de la « liberté (chérie) », cette manière de gouverner recueille un large consensus, autour de la prétention de décider de tout par soi-même, autour du souci géneral de sécurité, autour d'une gestion supposée plus rationnelle du bien public.

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Tenir tête à cette tornade est difficile :
Le néo-libéralisme se présente comme une « évidence », comme une vérité de nature, accessible d'emblée au sens le plus commun. « Au moment même où il s'énonce, le discours néo-libéral discrédite toute forme de critique et fait passer celui qui s’y risquerait pour un partisan du statu quo et un quasi-réactionnaire ».

quelques défauts dans la cuirasse cependant :
Les apôtres du néo-libéralisme se réclament d'une liberté individuelle radicale, mais ce faisant, ils nient tout ce qui fait le coeur de la démocratie, le débat et la délibération, la décision collective réfléchie.

Thatcher, une des sources de la (contre)-révolution néo-libérale, ne veut voir dans la société qu’une addition d'individus. Les néo-libéraux prétendent « gouverner par la liberté » ; ils supposent des individus rationnels et en pleine possession de leurs moyens, donc ni en situation de conflit, ni dominés, ni malades, ni victimes…

Pour Antoine Garapon, la seule antidote aux ravages en cours du néo-libéralisme, ce serait le libéralisme classique, et le retour à la distinction entre les différentes sphères qui organisent une société.

Parmi les questions :
Pourra-t-on espérer inverser un jour la fuite en avant ? Non, si on s'en tient à Thatcher ( elle aurait dit : «  ma plus grande réussite, c'est Tony Blair »). Non, si on considère que la destruction méthodique se fait avec le soutien d'acteurs zélés et intéressés.

Un paradoxe déjà rencontré dans l’article sur « Vendre à la découpe le service public » : chez les salariés qui subissent la brutalisation, certains perdent pied ; la majorité s'accommode, les valeurs humanistes étant mobilisées pour atténuer autant que possible les effets du tsunami en cours.

A lire, dans le numéro d'Esprit sur Qu'est-ce que le sarkozysme ? (Nov 2007)
Antoine Garapon et Denis Salas, La victime plutôt que le droit...

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