25 novembre 2016

Lavisse et ses usages

 

lavisse-patrimoine

Lavisse : le roman national comme patrimoine scolaire,
actes de la journée d'études du 15.11.2014

 

lavisse-hist-mem

le sommaire de l'ouvrage - source ldc


lavisse-lrg-2014

Lavisse : le roman national comme patrimoine scolaire ? Journée d'étude, 15.11.2014
EA 2529 CICC « Civilisations et Identités Culturelles Comparées » (Université de Cergy-Pontoise)
et Établissement public du château de La Roche-Guyon
http://f.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/504/files/2014/11/Flyer-Journe%CC%81e-Lavisse.pdf

Retours sur le « moment Lavisse », introduction à la journée d’études
Patrick Garcia, Cergy-Pontoise

L’histoire de France au tribunal des manuels de Lavisse pour l’enseignement primaire
Jean Leduc, Toulouse

L’ami du ministre : Ernest Lavisse et Victor Duruy, une filiation ?
Jean Charles Geslot, Versailles SQY

Lavisse pédagogue
Annie Bruter, INRP

Les Petits Lavisse et la laïcité
Etienne Bourdon, grenoble

Les maîtres d’école faisaient-ils de l’histoire « à la Lavisse » de 1945 aux années 1970 ?
Benoît Falaize, Cergy-Pontoise

Un récit Lavissien actualisé ? Exemple des récits de l’histoire nationale par les élèves
Françoise Lantheaume, Lyon 2

De 2013 à 1913, Lavisse et versa. À propos d’une réédition avortée du Petit Lavisse,
de ses usages politiques à ses usages pédagogiques et retours
Olivier Loubes, Toulouse

Les usages politiques d’Ernest Lavisse dans les débats contemporains sur l’école
Laurence de Cock, Aggiornamento hist-géo

Conclusions de la journée d’études
Patrick Garcia & François Pernot, Cergy-Pontoise

rappels :

- Ernest Lavisse, L’enseignement historique en Sorbonne et l’éducation nationale,
Leçon d’ouverture au cours d’histoire du Moyen Age, à la Faculté des Lettres de Paris en décembre 1881 -
Extrait de la Revue des Deux Mondes livraison du 15 février 1882 -
http://clioweb.canalblog.com/tag/lavisse-1881

5 parcours de profs
Grande leçon, petite leçon
Un historien privilégié
La poésie de l'histoire
Séductions du Moyen-Age

Version texte (à corriger) au format word :
http://clioweb.free.fr/textes/gallica/lavisse-1881.doc


- Le roman national et ses nuances

. Annie Bruter, le roman national ne date ni de 1880 ni de la Révolution.

. Olivier Loubes, Lavisse, l'instituteur national,
dans 1500 ans d'histoires de France, L'Histoire, coll n° 44, jt-sept 2009
http://clioweb.canalblog.com/archives/2011/03/10/20592929.html


- Lavisse, in La République, Pédagogie
Pierre Nora, Les lieux de mémoire
http://clioweb.canalblog.com/tag/lieuxdememoire



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31 août 2016

Les Gaulois, un enjeu politicien

 

Fillon veut demander « à trois académiciens de s'entourer des meilleurs avis pour réécrire les programmes d'histoire avec l'idée de la concevoir comme un récit national ».
http://blogs.mediapart.fr/claude-lelievre/blog/290816/fillon-histrion-de-lillusion-une-proposition-historique

Sarko convoque les Gaulois et les druides pour vanter sa vision de l’identité française.
http://blog.educpros.fr/claudelelievre/2016/08/30/les-gaulois-de-sarkozy-une-meprise/


Tous deux citent Ernest Lavisse.
En faisant un contresens historique estime Claude Lelièvre.

Pour Lavisse, la Gaule romaine assure le passage de la  « sauvagerie » (des Gaulois, vaincus par César) à la « civilisation » dans un cadre national. Rien à voir par la suite avec le village gaulois d’Astérix.

De plus, Lavisse oppose le faux patriotisme au vrai patriotisme.
Le faux n’a que mépris pour tous les étrangers.
Le vrai, c’est celui de la Révolution qui a mis dans les âmes françaises  « l'amour de la justice, de l'égalité, de la liberté ».
Pour les fondateurs de la Troisième République, la France est à l’avant-garde de  la  civilisation. Elle porte l’universel.

« Identité française » que de  « crimes » ( intellectuels ?) ne va-t-on pas commettre en ton nom !»
conclut Claude Lelièvre


Pour une approche scientifique actuelle sur les Gaulois ,
voir le travail considérable accompli par les archéologues de l'INRAP
http://www.inrap.fr/recherche?search_api_views_fulltext=Gaulois
http://www.inrap.fr/magazine/bienvenue-gaulois/Accueil

dont le documentaire
Qui étaient les Gaulois ? Jean-Jacques Beineix, Inrap - Arte 2013
http://clioweb.canalblog.com/archives/2013/06/09/27362562.html
et l'expo
Les Gaulois, une exposition renversante 2011-2012
http://clioweb.canalblog.com/archives/2011/10/22/22436858.html



Sur Ernest Lavisse, lire ou relire grâce à Gallica
Ernest Lavisse, L’enseignement historique en Sorbonne et l’éducation nationale,
Leçon d’ouverture au cours d’histoire du Moyen-Age,
à la Faculté des Lettres de Paris en décembre 1881
http://clioweb.canalblog.com/tag/lavisse-1881

Publications de Lavisse
http://fr.wikipedia.org/wiki/oeuvres_d'Ernest_Lavisse


Dans un article paru dans le magazine L’Histoire, coll no 44, jt-sept 2009
Olivier Loubes rappelle que le Petit Lavisse n’était pas le seul manuel utilisé,
ni le plus vendu à certaines dates.
Il montre, à travers six exemples, l’évolution de la pensée des auteurs.
Ainsi, 1884 (ou 1895) met l’accent sur la revanche,
1919 met davantage en exergue les espoirs dans l’action de la SDN (qui ne figure pas au programme)
et vante la France comme patrie porteuse de paix.

Olivier Loubes.  La Grande Guerre des petits Lavisse, une fin heureuse du roman national ?
Actes du colloque La Grande Guerre des manuels scolaires, Montpellier - 5-6 décembre 2014,
http://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01243704/document

Angélina Ogier, « Le rôle du manuel dans la leçon d’histoire à l’école primaire (1870-1969) »,
Histoire de l’éducation 114 - 2007
http://histoire-education.revues.org/1247

 

lavisse-120

Récits et entretiens familiers sur l'Histoire de France Par Ernest Lavisse.
Cours élémentaire.
récits, notions historiques, 120 gravures et cartes
 ? 38e édition, 1913 ? (33e édi en 1908)
la version 1913 sur Wikisource
http://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_France_-_Cours_élémentaire/Texte_entier


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10 novembre 2014

Lavisse et le roman national

 

15.11.2014 : Lavisse : le roman national comme patrimoine scolaire
CI2C Cergy - La Roche-Guyon
http://cm.revues.org/2037

« L’objet de la journée d’études est double. Il s’agira dans un premier temps de revenir sur l’œuvre de Lavisse à travers ses discours, les mises en forme pédagogiques proposées dont le fameux Petit Lavisse… Mais il s’agira aussi, dans un second temps, d’étudier les usages sociaux, publics et politiques, de la référence à Lavisse comme canon de ce que doit être l’histoire enseignée et ainsi de s’interroger sur la place du roman national dans l’enseignement de l’histoire aujourd’hui. »

rappel :
http://clioweb.canalblog.com/tag/lavisse-1881
http://clioweb.canalblog.com/tag/lavisse

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09 novembre 2013

HP21 : L'histoire enseignée

 

Histoire@Politique no 21
L'enseignement scolaire de l'histoire dans la France des XIXe et XXe siècles. Fondements
Coordination : Yves Poncelet (IG) et Laurent Wirth (ex-doyen)
http://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=21

    Introduction
    Yves Poncelet, Laurent Wirth
    Les attentes institutionnelles vis-à-vis de l'histoire entre 1880 et 1940
    Philippe Marchand
    Le cours magistral dans l’enseignement secondaire. Nature, histoire, représentations (1802-1902)
    Annie Bruter
    Pourquoi enseigner l’histoire ? La réponse d’Ernest Lavisse
    Jean Leduc
    D’un roman national, l’autre. Lire l’histoire par la fin dans les programmes de 1923 et de 1938
    Olivier Loubes
    L’élaboration des programmes d’histoire depuis la Libération. Contribution à une sociologie historique du curriculum
    Patricia Legris
    Quelle(s) pédagogie(s) au temps de la massification (années 1970-1980) ?
    Évelyne Hery
    Bibliographie
    Yves Poncelet, Laurent Wirth

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29 décembre 2012

L'histoire scolaire selon P. Garcia

 

- Les programmes d'histoire sont de plus en plus ambitieux - Le Monde - Culture et idées

Entretien avec Patrick Garcia, MdC à Cergy-Pontoise, co-auteur de L'Enseignement de l'histoire en France de l'Ancien Régime à nos jours, Armand Colin, 2003.

La suppression par Chatel de l’histoire en terminale S a été ressentie comme une amputation de la culture des meilleurs élèves.
Mais « au fond, les programmes sont aujourd'hui plus sensibles aux évolutions historiographiques et à la recherche d'une efficacité pédagogique qu'aux changements politiques, et de ce point de vue les polémiques actuelles ne sont, à bien des égards, qu'un remake médiocre du débat de la fin des années 1970 ».

à venir en ligne à l'adresse
http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/12/27/les-programmes-d-histoire-sont-de-plus-en-plus-ambitieux_1810909_3246.html

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10 avril 2011

Les lieux de mémoire

Pierre Nora, Les lieux de mémoire, table des matières
http://www.republique-des-lettres.fr/721-pierre-nora.php
Le sommaire semble manquer en ligne. En voici une version allégée.

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La République

- Symboles (Les Trois couleurs, le calendrier républicain, La Marseillaise)

- Monuments (Le Panthéon, La mairie, Les monuments aux morts)

- Pédagogie (Larousse, Lavisse, Le Tour de France par deux enfants, le Dictionnaire de pédagogie de F Buisson)

- Commémorations (centenaires Voltaire et Rousseau, le 14 juillet, le centenaire de 1789, l'exposition coloniale de 1931)

- Contre-mémoire (La Vendée, le mur des Fédérés),

 

La Nation

1 - L'immatériel

- Héritage (chancelleries et monastères, Le lignage, Les sanctuaires royaux, Reims, ville du sacre

- Historiographie (Les Grandes Chroniques, Etienne Pasquier, Augusti Thierry, L'histoire de France de Lavisse, L'heure des Annales

- Paysages (Le paysage du peintre , le paysage du savant, Les Guides Joanne, le Tableau de Vidal de la Blache)

 

2 - Le matériel

- Le territoire (des limites féodales aux frontières politiques, des limites d'Etat aux frontières nationales, L'Alsace, L'Hexagone, Nord-Sud

- L'Etat - (La symbolique, Versailles, le Code civil, la Statistique générale, les mémoires d'Etat)

- Le patrimoine - (La notion, Naissance des musées de province, le musée des Monuments français, Arcisse de Caumont, Guizot, Mérimée, Viollet le Duc et la restauration)


3 L'idéel

- La gloire (mourir pour la patrie, le soldat Chauvin, Le retour des Cendres, Verdun, le musée hsitorique de Versailles, le Louvre, les morts illustres, les statues de Paris, les noms des rues)

- Les mots (La Coupole, le Collège de France, La chaire, la tribune, le barreau, Le Palais-Bourbon, Les classiques scolaires, La visite au grand écrivain, La Khâgne, Les Trésors de la langue)

 

Les France

1 - Conflits et partages

- Divisions politiques (Francs et Gaulois, L'Ancien Régime et la Révolution, Catholiques et laïcs, Les rouges et les blancs, Français et étrangers, Gaullistes et communistes, la droite et la gauche)

- Minorités religieuses

- Partages de l'espace-temps (Le front de mer, La forêt, La ligne Saint-Malo-Genève, Paris-Province, Le centre et la périphérie, La région, Le département, La génération)

 

2 - Traditions

- Modèles (La terre, Le clocher, La cathédrale, La cour, Les grands corps, Les armes, La profession libérale, Le barreau, L'entreprise, Le métier, Ferdinand Brunot (Histoire de la langue française)

- Enracinements (Le local, le Barzaz-Breiz, Le Félibrige, Proverbes, contes et chansons, Le manuel de folklore de Van Gennep)

- Singularités (La conversation, La galanterie, La vigne et le vin, la gastronomie, Le café, Le tour de France, Proust)

3 - de l'archive à l'emblème

- Enregistrement (La généalogie, L'étude de notaire, Les vies ouvrières, L'âge industriel, Les archives)

- Hauts lieux (Lascaux, Alésia, Vézelay, Notre-Dame de Paris, Les châteaux de la Loire, Montmartre)

- Identifications (Le coq gaulois, la fille aînée de l'Eglise, Liberté, Egalité Fraternité, Charlemagne, Jeanne d'Arc, Descartes, Le roi, L'Etat, Paris, Le génie de la langue)

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Voir Le roman national et ses nuances :
http://clioweb.canalblog.com/archives/2011/03/10/20592929.html

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12 mars 2011

1881 - séductions du Moyen-Age

Ernest Lavisse, à propos de l'Ecole des Chartes :
«  Si l’on n’a pas l’esprit assez cultivé pour mettre cette époque à sa place dans l’histoire générale, on est exposé à tomber dans le préjugé en faveur du Moyen Age si répandu parmi les chartistes »


p 13-14 -
« Plus ancienne et déjà vénérable, l’Ecole des Chartes a sauvé l’étude de l’histoire de France. Les chartistes ont publié des documents d’une importance capitale. Quelques-uns les ont commentés en étudiant.  a ce propos. les plus difficiles questions de l’organisation sociale; d’autres ont écrit l’histoire de grands personnages et, par la même occasion, celle des mœurs et des coutumes à telle ou telle époque : d’autres enfin ont retrouvé les secrets de nos histoires provinciales.  Quand on voudra se mettre à étudier sérieusement notre histoire, il faudra se mettre a !’école des chartistes.

Mais j’exprimais le regret que les élèves des Hautes études et des Chartes reçussent une culture trop particulière. Il n’est pas bon d’enfermer un jeune homme, au sortir du collège, dans une partie de l’histoire, dans le Moyen Age surtout car l’étude de cette époque est pleine de séductions que le vulgaire n’y soupçonne point. Elle attire les esprits les plus divers : érudits qui aiment les problèmes difficiles, philosophes qui se plaisent à scruter la pensée humaine en un moment où elle est compliquée et confuse, artistes séduits par l’éclat de tant de couleurs et la variété de tant de lignes, politiques même qu’intéresse le spectacle d’une société produite par le chaos, et qui a fini par trouver ses règles et les mettre en codes. Mais cette étude si séduisante est pleine de dangers. Si l’on n’a pas l’esprit assez cultivé pour mettre cette époque à sa place dans l’histoire générale, on est exposé à tomber dans le préjugé en faveur du Moyen Age si répandu parmi les chartistes. On court risque aussi de se perdre dans des détails ou de se confiner dans des recoins: car les recoins sont nombreux, les détails infinis, et l’effet accoutumé d’un apprentissage où l’étude des moyens techniques d’investigation tient une large place, est d’ôter à l’esprit le sentiment des proportions. 

On arrive à grossir ce qui est petit, à estimer comme une découverte quelque nouveauté misérable, a tenir pour médiocre ce qui est connu, à laisser les grands chemins pour les sentiers, les sentiers pour les impasses et Charles Martel pour Childebrand. Il ne faut point manier pour le seul plaisir de les manier les instruments de la découverte historique. Si l’on a porté le microscope sur un grain de poussière, il faut l’y laisser le temps de constater que c’est bien un grain de poussière, pas une minute de plus.
 
Il y a donc de graves défauts dans ces écoles où se forment les professeurs d’histoire et les historiens. Ajoutez-y celui-ci, qu’elles ont très peu d’élèves. Chaque année, l’École normale donne quatre ou cinq professeurs, l’École des Chartes une quinzaine d’archivistes, l’École des Hautes études quatre ou cinq jeunes gens capables d’entreprendre des travaux d’érudition; et, parmi les professeurs, plusieurs se contenteront d’être des professeurs; parmi les archivistes, plusieurs se contenteront d’être des gardiens d’archives. Ces trois écoles réunies ne donnent pas assurément une demi-douzaine d’historiens par année. Comment s’étonner que l’obscurité dure sur tant de points de notre histoire nationale ? »

Ernest Lavisse, L’enseignement historique en Sorbonne et l’éducation nationale, Leçon d’ouverture au cours d’histoire du moyen âge, à la Faculté des Lettres de Paris en décembre 1881 - Extrait de la Revue des Deux Mondes livraison du 15 février 1882 -
Version texte (à corriger) au format word : http://clioweb.free.fr/textes/gallica/lavisse-1881.doc

lavisse

Ernest Lavisse , source Académie française 
 

 

 

 

 

 

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10 mars 2011

Le roman national et ses nuances


L'extrait précédent tiré de la leçon d'Ernest Lavisse sert en général à illustrer et déconstruire le roman national attribué à l'historien et à ses contemporains.

Le roman national désigne une lecture très idéalisée d'une histoire franco-française. Dans une France qui existerait de toute éternité, l'histoire aurait faite surtout par des 
« grands hommes », héros guerriers, souvent vaincus (Vercingétorix, Jeanne d'Arc, Napoléon)... Cette vision de l'histoire aurait submergé les manuels d'histoire de l'école primaire, dans une Troisième République hantée par la Revanche.

Cette lecture nationale, voire nationaliste et chauvine, a été vivement critiquée et déconstruite au milieu des années 1980. Pierre Nora a dirigé une étude sur Les Lieux de mémoire, et Suzanne Citron a revisité ce qu'elle appelle « Le mythe national ». cf  Le « roman national » peut-il être remis en question ? Diasporiques, mars 2010 


Cette déconstruction d’une histoire mythifiée semble cependant à nuancer :

- Anne-Marie Thiesse a étudié « La création des identités nationales en Europe - 18°-20° siècle ». La France n'est pas le seul pays concerné, ni 1880 le seul temps fort ; à l'échelle de l'union européenne actuelle, la tentation du mythe est encore forte.

Pour Annie Bruter, le roman national ne date ni de 1880 ni de la Révolution.
« Il est couramment admis que c’est l’école qui a forgé le sentiment national chez les petits Français grâce à l’enseignement de l’histoire nationale mis en place par la IIIe République, elle-même héritière de la Révolution française. Or l’examen des textes officiels sur cet enseignement montre qu’il s’agit là d’une généalogie mythique. La Révolution n’a pas souhaité faire enseigner l’histoire de France à l’école primaire ; en revanche, la création de cet enseignement est dûe au Second Empire (l’HG est obligatoire au primaire depuis la loi du 10 avril 1867) et non à la IIIe République, dont l’œuvre propre consiste dans la suppression de l’histoire sainte. On est ainsi conduit à relativiser le rôle de l’école dans l’édification du sentiment national ». De plus, la création d'une instruction civique et morale a pu permettre la rupture avec une vision édifiante de l'histoire : l'histoire est tirée 
du côté de la science (en cours d'élaboration), des disciplines scolaires intellectuelles destinées à former le jugement et l'esprit critique. L’attrait pour les grands hommes peut venir des manuels et de la pratique de la classe.

Une intervention à l'INRP lors du séminaire Ecole et Nation ( 1er avril 2009) à écouter en mp3 ou en avi

ou à lire dans la revue Histoire de l'Education, n° 126 - http://www.inrp.fr/editions/revues/histoire-de-l-education/
Il 
en coûte 18 euros pour l'ensemble du numéro imprimé, ou 5 euros l'article en ligne (cela porte la version numérique de la revue à plus de 35 euros, une conception toujours surprenante des prix et de l'économie appliquée au numérique :-) )


- Le Petit Lavisse est souvent pris pour cible. 
On peut comme ce site web en dénoncer le chauvinisme en 1919. 
Olivier Loubes rappelle que ce 
n'était pas le seul manuel utilisé, ni le plus vendu à certaines dates. Il montre, à travers six exemples, l'évolution de la pensée des auteurs. Ainsi, 1884 met l’accent sur la revanche, 1919 met en exergue la SDN (qui ne figure pas au programme) et vante la France comme patrie porteuse de paix. Lavisse, l'instituteur national, dans 1500 ans d'histoires de France, L'Histoire, coll n° 44, jt-sept 2009

 

lavisse1887

source : http://www.faurillon.com/Marius_Bonnelle.htm

 [ ajout 10/04/2011 : 
- Olivier Loubes, Lavisse, l'instituteur national, 
dans 1500 ans d'histoires de France, L'Histoire, coll n° 44, jt-sept 2009
 
Egalement dans ce numéro de L'Histoire
Alain Demurger, Nos ancêtres les Troyens
Laurent Avezou, Francs ou Gaulois ?
 
Patrick Boucheron, Michelet, prophète de la nation
Olivier Loubes, Ernest Lavisse, m'instituteur national
Philippe Joutard, Ce qu'on apprenait dans les écoles catholiques
Maurice Agulhon, La République a besoin de grands hommes (242)
 
Michel Winock, Révolution : la querelle du Bicentenaire (220)
http://lecercle.histoire.presse.fr/index/2_numero.php?revue2=44&cat=coll
- Christian Goudineau, Le mythe gaulois, colloque de l'INRAP, cours au Collège de France
 http://clioweb.canalblog.com/archives/2010/02/28/17063934.html
 

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1881 - La poésie de l'histoire


De la leçon de Lavisse en 1881, les pages 39-40 servent à faire étudier le roman national, une lecture très patriotique de l'histoire de France. Pour éviter une lecture biaisée, il est souhaitable de remettre cet extrait dans l'ensemble du texte,
et d'avoir à l'esprit à la fois le roman national et les critiques qui lui sont adressées.

page 38 - « Je me garde d’enfler ici la voix et de me porter garant que la connaissance de l’histoire répandue dans la nation serait un remède à tous les maux possibles. On a dit, un philosophe évidemment, que le monde serait heureux s’il était gouverné par des philosophes je ne demande point qu’il soit gouverné par des historiens.

[…] Même, j’imagine qu’un véritable historien serait un homme d’État médiocre, parce que le respect des ruines l’empêcherait de se résigner aux sacrifices nécessaires. […]
Mais passons. Ce qui ne peut être contesté, c’est que l’histoire doit être la grande inspiratrice de l’éducation nationale.

page 39 - Je parlais d’intérêts, de passions et d’idées idées et passions agitent la tète du petit nombre ; le grand nombre des hommes n’a souci que des intérêts. Il n’est pas sage d’exiger d’eux tant de devoirs sans même essayer de les leur faire aimer. Qui donc enseigne en France ce qu’est la patrie française ? Ce n’est pas la famille, ou il n’y a plus d’autorité, plus de discipline, plus d’enseignement moral ni la société, où l’on ne parle des devoirs civiques que pour les railler. C’est donc à l’école de dire aux Français ce qu’est la France: qu’elle le dise avec autorité, persuasion, avec amour. Elle mesurera son enseignement au temps et aux forces des écoliers.
Pourtant elle repoussera, les conseils de ceux qui disent « Négligez les vieilleries. Que nous importent Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens mêmes ? Nous datons d’un siècle à peine. Commencez à notre date ». Belle méthode, pour former des esprits solides et calmes, que de les emprisonner dans un siècle de luttes ardentes, où tout besoin veut être assouvi et toute haine satisfaite sur l’heure. Méthode prudente, que de donner la Révolution pour un point de départ et non pour une conclusion, que d’exposer à l’admiration des enfants l’unique spectacle de révoltes même légitimes, et de les induire à croire qu’un bon Français doit prendre les Tuileries une fois au moins dans sa vie, deux fois s’il est possible, si bien que, les Tuileries détruites, il ait envie quelque jour de prendre d’assaut, pour ne pas démériter, l’Elysée ou le Palais- Bourbon.

page 40 - Ne pas enseigner le passé ! Mais il y a dans le passé une poésie dont nous avons besoin pour vivre. L’homme du peuple en France, le paysan surtout, est l’homme le plus prosaïque du monde. Il n’a point la foi du protestant de Poméranie, de Hesse ou de Wurtemberg, qui contient en elle la poésie des souvenirs bibliques et ce sentiment élevé que donne le contact avec le divin. Il oublie nos légendes et nos vieux contes, et remplace par les refrains orduriers ou grotesques venus de Paris les airs mélancoliques où l’écho du passé se prolongeait. Nos poètes n’écrivent pas pour lui et nous n’avons point de poésie populaire pour éveiller un idéal dans son âme. Rien ne chante en lui.  C’est un muet occupé de la matière, en quête perpétuelle des moyens de se soustraire a des devoirs qu’il ne comprend pas, et pour qui tout sacrifice est une corvée, une usurpation, un vol.
Il faut verser dans cette âme la poésie de l’histoire. Contons-lui les Gaulois et les druides, Roland et Godefroi de Bouillon, Jeanne d’Arc et le grand Ferré, Bayard et tous ces héros de l’ancienne France avant de lui parler des héros de la France nouvelle : puis montrons-lui cette force des choses qui a conduit notre pays de l’état ou la France appartenait au roi à celui où elle appartient aux Français pourvus des mêmes droits, chargés des mêmes devoirs: tout cela, sans déclamation, sans haine, en faisant pénétrer dans son esprit cette idée juste que les choses d’autrefois ont eu leur raison d’être, qu’il y a des légitimités successives au cours de la vie d’un peuple et qu’on peut aimer toute la France sans manquer à ses obligations envers la République.

page 41 - Il n y a pas d’autres moyens de peupler de sentiments nobles ces âmes inhabitées, et la fin dernière de notre travail sera de mettre dans le cœur des écoliers de toutes les écoles un sentiment plus fort que cette vanité frivole et fragile, insupportable dans la prospérité mais qui, s’effondrant dans les calamités nationales, fait place au désespoir, au dénigrement, à l’admiration de l’étranger et au mépris de soi-même. On dira qu’il est dangereux d’assigner une fin à un travail intellectuel qui doit toujours être désintéressé: mais dans les pays où la science est le plus honorée, elle est employée a l’éducation nationale.

Ce sont les Universités allemandes et les savants allemands qui ont formé l’esprit public en Allemagne. Quelle devise ont donc gravée au frontispice de leur oeuvre ces hommes d’État et ces savants qui se sont entendus pour croire qu’il fallait relever l’Allemagne humiliée en répandant la connaissance et l’amour de la patrie, puisés aux sources mêmes de l’histoire d’Allemagne ? C’est la devise Sanctus amor patriae dat animum; elle est a la première page des in-folio des Monumentae Germaniae  entourée d’une couronne de feuilles de chêne. La même inspiration patriotique se retrouve dans toutes les oeuvres de l’érudition allemande. En 1843. trois historiens émincnts.  MM. Ranke. Waitz et Giesebrecht fondent une revue. Des historiens français ne se seraient pas avisés qu’en l’année 1843 tombait le millième anniversaire du traité de Verdun, à partir duquel commence l’histoire distincte de la France et de l’Allemagne, auparavant réunies sous les lois des Mérovingiens et des Carolingiens ».

Ernest Lavisse, L’enseignement historique en Sorbonne et l’éducation nationale, Leçon d’ouverture au cours d’histoire du moyen âge, à la Faculté des Lettres de Paris en décembre 1881 - Extrait de la Revue des Deux Mondes livraison du 15 février 1882 -
Version texte (à corriger) au format word : http://clioweb.free.fr/textes/gallica/lavisse-1881.doc

lavisse

Ernest Lavisse , source Académie française

 

 

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09 mars 2011

1881 - Un historien privilégié

 

Ernest Lavisse envisage la formation de l'historien, entre ce qui lui paraît l'idéal et ce que la réalité sociale lui impose. 

« L’éducation la plus parfaite serait celle qui formerait un historien sans programme ni souci des futures exigences d’un métier. Un jeune homme arrive à la Faculté son goût et le libre choix de sa volonté le prédisposent aux études historiques. Aucune contrainte ne lui est imposée. Il demande à l’enseignement des lettres et des sciences d’achever la culture de son esprit, et en même temps il apprend à connaître l’immensité du domaine historique. 

Les professeurs et les livres lui donnent les notions actuellement acquises sur les périodes principales de l’histoire. Son intelligence déjà sérieuse et réfléchie se pénètre d’idées générales dont il vérifiera lui-même un jour la valeur, mais qui seront ses guides provisoires. Cette partie de son éducation terminée, l’étudiant apprend ce qu’il faut savoir pour arriver par soi-même à la connaissance de la vérité. Il manie le microscope, mais sans courir le danger de perdre son temps a considérer des objets inutiles, car il sait la valeur et la proportion des choses. Supposez maintenant que cet étudiant devenu un homme soit libre encore dans la vie sa curiosité se porte sur les points discernés et choisis par lui: il apprend ce qu’il veut savoir, et il n’est jamais tenu à dire que ce qu’i! sait. Voilà un historien privilégié.


Il viendra un jour à la Faculté des étudiants de cette sorte ; il en vient même déjà: mais le groupe principal de nos élèves se composera toujours de candidats aux grades et aux fonctions universitaires. Or les professeurs de la Sorbonne, à qui l’État donne des boursiers de licence et d’agrégation, ont le devoir de former de bons maîtres pour les lycées et les collèges, et. dans ces maîtres, ils veulent en même temps préparer l’historien


L’éducation professionnelle ne nuira-t-elle pas à l’instruction scientifique, ou l’instruction scientifique à l’éducation professionnelle? Peut-on préparer à la fois à l’enseignement qui est une affirmation, et à la pratique de la méthode historique, qui est une recherche? Ne court-on pas le risque que ces étudiants deviennent des savants incompréhensibles pour leurs élèves ou bien des professeurs qui, accoutumés à jurer in verba magistri n’auront point l’activité des intelligences affranchies par l’usage personnel de la liberté ? Oui, sans doute, et pour éviter l’un et l’autre termes de l’alternative, pour concilier les deux propositions de l’antinomie, il faut prendre ses précautions. On les prendra. Il suffit de préparer les futurs professeurs à la licence et à l’agrégation, en ayant toujours devant les yeux l’étudiant idéal dont je parlais tout à l’heure.


Nos étudiants ne se présenteront à l’examen de licence qu’après deux années d’études faites à la Faculté.  Les professeurs d’histoire se garderont de les accaparer pendant ce biennium. Ces jeunes gens poursuivront leur éducation littéraire: ils s’exerceront dans l’art de composer et d’écrire, à cet âge où le style se fait avec la personne; ils apprendront par l’étude des grandes littératures quel secours l’histoire de la vie intellectuelle d’un peuple apporte à qui en veut connaître l’histoire politique et sociale: ils comprendront, en suivant la conférence de philologie et d’histoire grecques, que la philologie est l’indispensable science auxiliaire de l’histoire ancienne, puisque cette. histoire nous est révélée par des textes dont la critique et l’interprétation réclament un philologue. Nous nous contenterons de traiter avec eux les principales questions de l’histoire générale; mais déjà nous les munirons de connaissances bibliographiques, de notions sommaires, mais précises de paléographie, de diplomatique et de chronologie. Ce sont encore là des sciences auxiliaires ; mais la modestie de l’épithète ne doit pas tromper sur l’importance de la chose : ces sciences ne sont pas l’histoire, pas plus que l’outil n’est l’oeuvre; mais elles sont nécessaires à l’historien comme à l’ouvrier l’outil. Ainsi, pendant ces deux premières années, un commencement d’instruction pratique viendra s’ajouter à renseignement général.


Quand les étudiants seront licenciés, ils se prépareront pendant deux années au concours d’agrégation. En étudiant les auteurs dont on leur demandera, au concours, l’explication et le commentaire, ils s’exerceront a lire un écrivain ou un document, à définir les termes historiques, lesquels, désignant les institutions et les usages, ont une histoire, et, si je puis dire, une géographie : car ils ne signifient pas la même chose à des moments et dans des lieux différents ; et l’on commet de graves erreurs pour ne pas les traiter comme des personnes, qu’il faut placer dans le milieu historique et géographique où elles ont vécu. Enfin, la préparation des questions historiques indiquées au programme sous le nom de thèses obligera l’étudiant à écrire sous l’œil du maître quelques chapitres d’histoire. II n’y a pas de doute que ces jeunes gens seront mieux préparés que leurs devanciers au travail historique. Pour se former au professorat, ils auront, pendant toute la  durée de leurs études, des exercices hebdomadaires où ils apprendront comment il faut enseigner, avec quelle simplicité, avec quelle clarté, avec quelle méthode, en laissant de côté l’appareil des recherches et de l’érudition ».


Ernest Lavisse,
 L’enseignement historique en Sorbonne et l’éducation nationale, Leçon d’ouverture au cours d’histoire du moyen âge, à la Faculté des Lettres de Paris en décembre 1881 - Extrait de la Revue des Deux Mondes livraison du 15 février 1882 (extrait pages 20-22)

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lavisse

Ernest Lavisse , source Académie française

 

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