12 juin 2016

1936 : meneurs ou grèves spontanées ?

 

Pour expliquer la généralisation des grèves, le patronat et la presse de droite évoquent l'action de « meneurs » communistes.

« La vérité est que, dans le moment même où les pouvoirs publics élaborent la législation « sociale » qui doit faire, comme chacun le sait, le bonheur des Français en général, et de la classe ouvrière en particulier, les communistes, qui sont l'aile marchante de l’Internationale marxiste, cherchent à discréditer le gouvernement des socialistes et des radicaux, à tenir leurs propres troupes en haleine, à créer et à maintenir un état d'agitation et de désordre éminemment favorable à la réalisation de leur objectif révolutionnaire. Les chefs communistes peuvent bien jurer leurs grands dieux qu'ils ne sont pour rien dans la continuation des grèves, ni dans la persistance des troubles ; M. Thorez peut bien s'écrier « qu'il faut savoir sortir d'une grève » : le double jeu de la III* Internationale n'en est pas moins évident et certain ».
Le Temps, 13 juin 1936.

[ lire ce qu'écrit Antoine Prost, Les grèves de mai-juin 1936 revisitées, Le Mouvement Social 3/2002 (no 200) ]
http://www.cairn.info/revue-le-mouvement-social-2002-3-page-33.htm

« La thèse d’un « complot communiste » ne mérite pas longue discussion. Elle ne repose sur aucun élément de preuve, alors que nombre d’indications attestent la volonté précoce du P.C.F. de limiter le mouvement, puis de le faire cesser dans l’ordre ».
Côté syndical, tous les témoignages décrivent la CGT comme prise de court par le mouvement.
« Il est donc clair qu’aucune force politique ou syndicale nationale n’a voulu ces grèves. Elles sont venues d’en bas, de la base, et non du sommet, des états-majors. C’est pourquoi on peut les dire spontanées. Ce qu’il ne faudrait pas caricaturer en imaginant que les ouvriers auraient obéi à une sorte d’impulsion soudaine et irrationnelle. Dire que les grèves ont été spontanées, c’est souligner qu’elles ont répondu à des initiatives locales, mais ces initiatives ont été souvent prises par des militants, notamment des unitaires »




Joseph Paul-Boncour, l’ancien ministre socialiste, souligne plutôt la spontanéité du mouvement social.

« Sans nier le rôle des meneurs dans les mouvements sociaux, bons ou mauvais, il faut tenir compte de ce qu'ils comportent de spontané, réactions instinctives de la classe ouvrière devant certains événements. La victoire du Front populaire, en même temps que l'enivrement de revanche contre le 6 février 1934, dont le souvenir était resté mordant, avaient fait concevoir de grands espoirs.

Ces espoirs étaient d'autant plus impatients que, depuis la loi des retraites, les huit heures de Clemenceau (cf. 1er mai 1919), et la loi des assurances sociales, les gouvernements, aux prises avec les difficultés financières, l'instabilité qui en était la conséquence et qui les obligeait à vivre au jour le jour, n'avaient pu réaliser certaines des grandes améliorations sociales installées de longue date dans tant d'autres pays, y compris les pays totalitaires.

Par ailleurs, le grand patronat, qui se monta alors plutôt faible et pusillanime, avait été longtemps assez égoïste et fermé pour que des modérés, des gens de droite, sans parler bien entendu de ces courageux démocrates-chrétiens, dont l'action se confondait de plus en plus avec la nôtre, le lui aient maintes fois reproché.

Les revendications grondaient au lendemain de ce 13 mai 1936. (...) La grève pouvait servir aussi bien à soutenir une affirmation politique qu'à défendre une question de salaires ou d'heures de travail. Rien d'étonnant à ce que l'idée surgit d'en déclencher de multiples pour forcer la main à la fois au gouvernement et au patronat.
Et comme, en période de chômage, les grèves sont vouées à l'échec si l'embauche subsiste, celles-ci se transformèrent vite en « grèves sur le tas». On occupa l'usine pour être sûr que les chômeurs ne viendraient pas prendre la place ».

J. Paul-Boncour, Entre deux guerres : souvenirs sur la IIIe République, Sur les chemins de la défaite, 1935-1940 Brentano 1946
cité par Bouillon, Sohn, Brunet, Le monde contemporain 1914-1945, Bordas, manule teminale 1980

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11 juin 2016

expos : 1936 Le Front populaire



1936-mhv-fp-ninr

1936 : Nouvelles images, nouveaux regards sur le Front populaire
Musée de l'histoire vivante, Montreuil
http://fr.calameo.com/read/0046483792dabe2574fa0
http://www.museehistoirevivante.fr/expositions/exposition-en-cours/1936-nouvelles-images-nouveaux-regards-sur-le-front-populaire

 

1936-FP-photos

1936 le Front populaire en photographies
dossier de presse 40 pages en pdf
http://presse.paris.fr/wp-content/uploads/2016/04/1936-Le-Front-populaire-en-photographie-DP-200416.pdf



photographes

Thérèse Bonney (1894-1978)

Marcel Bovis (1904-1997)
Robert Capa (1913-1954)
Henri Cartier-Bresson (1908-2004)
Marcel Cerf (1911-2010)
France Demay (1903-1963)
Robert Doisneau (1912-1994)
Pierre Jamet (1910-2000)
Andre Kertesz (1894-1985)
François Kollar (1904-1979)
Germaine Krull (1897-1985)
Noël Le Boyer (1883-1967)
Sam Lévin (1904-1992)
Boris Lipnitzki (1897-1971)
Eli Lotar (1905-1969)
Mirkine Léo (1910-1982)
Gaston Paris (Dates inconnues)
René-Jacques (1908- 2003)
Willy Ronis (1910-2009)
Emile Savitry (1903-1967)
David Seymour dit Chim (1911-1956)
Fred Stein (1909-1967)


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1936 : Il faut savoir terminer une grève

 

- 1936 : Il faut savoir terminer une grève
Maurice Thorez, gymnase Jean Jaurès, 11 juin 1936
in Christophe Prochasson - Olivier Wieviorka , La France du XXe siècle, Documents d'histoire - Le Seuil 2011
version pdf : http://clioweb.free.fr/dossiers/1936/thorez-terminer.pdf

La signature des accords Matignon n'arrête pas le mouvement de grèves.
Le 11 juin, on compte deux millions de grévistes.
Le 6 juin, Léon Blum a condamné les occupations d'usines
Le 11 juin, Maurice Thorez prononce le célèbre : il faut savoir terminer (une grève).

« Si le but maintenant est d'obtenir satisfaction pour les revendications de caractère économique tout en élevant progressivement le mouvement des masses dans sa conscience et son organisation, alors il faut savoir terminer [une grève] dès que satisfaction a été obtenue. Il faut même savoir consentir au compromis si toutes les revendications n'ont pas encore été acceptées, mais si l'on a obtenu la victoire sur les plus essentielles et les plus importantes des revendications.
Il faut savoir organiser, préparer l'avenir [...] ».
« Nous ne devons pas risquer que se disloque la cohésion des masses, la cohésion du Front populaire. Nous ne devons pas permettre que l'on puisse isoler la classe ouvrière ».

- Importantes déclarations de Maurice Thorez à l'assemblée des communistes parisiens
L’Humanité 12.06.1936 via Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k406742r.item

« A ce propos, Maurice Thorez rappelle qu'il faut savoir terminer une grève, dès l’instant où les revendications essentielles ont été obtenues. Il faut savoir même consentir aux compromis afin de ne perdre aucune force, et notamment ne pas faciliter les campagnes d'affolement et de panique de la réaction ».


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10 juin 2016

1936 - Grands magasins en grève

 

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Au Printemps, des artistes sont venus apporter leur concours aux grévistes.
Miss Paris, dans son tour de chant, se fait applaudir
L'Humanité, 11 juin 1936
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k406741c.item

« Les accords Matignon, connus le lundi 8 juin au matin, n’arrêtent pas une seconde vague de grèves.
Au contraire, elle s’étend à de nouvelles professions. Les grands magasins sont entrés en grève le 6;
le 8, ce sont le bâtiment parisien et les assurances, tandis que des négociations immédiates évitent que les banques ne débrayent.
Au milieu de la semaine on compte un million et demi de grévistes ».
Antoine Prost 2002
http://www.cairn.info/revue-le-mouvement-social-2002-3-page-33.htm



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 Dans les grands magasins où l'on campe
Calmes et dignes, unis et forts, les grévistes s'organisent L'Humanité, 09.06.1936
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4067392/f2.item


extraits de L'Humanité, 9 juin 1936

« Tous les matins, on nettoire, on balaye. Si on fait un bal, sitôt après, on remet tout en place...»
« Dans les rayons tout est en ordre...Quelle belle leçon de calme, de dignité donnent ces milliers de reclus volontaires dans ces lieux, au milieu de ces richesses entassées, dont ils savent, comme le leur disait Vaillant-Couturier le soir même, qu'elles constituaient un héritage qui leur est destiné, à ces hommes et ces femmes luttant pour le pain et faisant en même temps de si noble façon leur apprentissage de classe dirigeante ! »

« Filles de travailleurs exploités, les vendeuses des Galeries, en souriant, luttent pour leur pain et parlent un langage nouveau. Et si elles l'apprennent si vite, n'est-ce pas qu'elles le pensaient depuis longtemps ? »


- La grève à La Samaritaine
. vue par Marcel Brient, chambre syndicale des employés CGT de la région parisienne
http://clioweb.free.fr/dossiers/1936/1936-Samaritaine-Brient.pdf

« M. Gabriel Cognacq explose, tape sur la table, parle d'ingratitude...
Nous l’interrompons : « Il n'y aurait jamais eu de grève sans le système américain ».
M. Cognacq se croit victime des forces du mal... »


. vue par Gabriel Cognacq le patron de la Samaritaine - Note du 27 juin 1936
http://clioweb.free.fr/dossiers/1936/1936-Samaritaine-Cognacq.pdf

« Votre direction veut ignorer les sympathisants de cette grève. Il y en a eu d'ailleurs si peu, si elle s’en rapporte aux très nombreuses lettres qui lui parvenaient depuis quelques jours d’occupants se disant occupants involontaires ».


juin36-lefranc

in : Juin 1936, L’explosion sociale du Front populaire
présentée
par Georges Lefranc, Archives Julliard n° 22, 1970




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