06 décembre 2011

Louis XI et France 3

 

Un téléfilm : Louis XI, le pouvoir fracassé, H Helman et F Santamaria, France 3 - 6 déc 2011

Un thriller historique jubilatoire ?
Louis XI, une mort massacrée ?
Un historien, une critique de TV.
Deux lectures pour le moins opposées ...

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Un thriller historique jubilatoire sur lequel règne en majesté Jacques Perrin - Le Monde

extrait :
... Produit par Dominique Antoine (Alchimic Films), Louis XI, le pouvoir fracassé est réalisé par Henri Helman qui, comme l’ont prouvé ses précédents téléfilms (Cartouche, le brigand magnifique et Charlotte Corday), sait mettre en scène les films historiques. Mieux. Il sait respecter les codes, donner du panache et introduire, sans en avoir l’air, un souffle de modernité au genre. De son côté, le scénariste Jacques Santamaria, qui a le goût des mots, sait reproduire la langue des sièclespassés, ainsi qu’il a pu l’illustrer dans la série des « Maupassant « ou encore dans le téléfilm La Reine et le Cardinal (2009). Pour Louis XI, ils’en donne à coeur joie, déroule de longues tirades sans jamais endormir. Et pour cause.

Construit comme un thriller, ce Louis XI-là nous tient en haleine mieux que bien des polars. Et les dialogues sont servis par des comédiens au sommet. Jacques Perrin en tête, délicieux en vieille canaille que ce complot transforme en jeune garnement et ranime une dernière fois.
Véronique Cauhapé - Le Monde Radio-TV

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L’Histoire :
Louis XI, une mort massacrée, Didier Le Fur - L’Histoire n° 370, p 35

Faire un film historique est toujours une gageure. Henri Helman a tenté l’aventure. A la reconstitution fidèle des derniers jours de Louis XI, que l’on connaît fort bien par ailleurs, il a préféré le romanesque tout en imaginant servir la mémoire du souverain. Mais voyons plutôt. Août 1483 : le roi, affaibli par la maladie, apprend que son gendre le duc d’Orléans, et plusieurs seigneur, mécontents de sa politique qui n’aurait favorisé que les humbles et les bourgeois, envisagent de l’assassiner. Le « roi renard » déjouera le complot, mais il succombera finalement dans les  bras de ses filles, Jeanne d’Or1éans et Anne de Beaujeu. Et c’est à cette dernière qu’il confiera la régence du royaume afin qu’e11e poursuive son œuvre présentée comme utile à 1a construction de la France.

Passons sur les anachronismes en tout genre même s’il est difficile de retenir son sérieux devant la leçon de géographie du roi présentant une carte de France pareille à celle de nos manuels, alors qu’il ne disposait d’aucune représentation de son royaume ou devant ce portrait censé figurer Charles VIII qui n’est autre qu’une image de Charles Quint. Passons aussi sur les clichés sortis de gravures de Job montrant Louis XI au milieu de ses fillettes, cages suspendues au plafond dans lesquelles il aurait enfermé ses victimes, et qui ne furent que des cellules fermées.
Passons toujours sur les libertés prises avec l’histoire : Jeanne d’Orléans ne revit jamais son père depuis le jour où il la relégua dans le Berry à l’âge de 5 ans pas plus qu’Anne de Beaujeu ne se vit confier la régence pendant la minorité du futur Charles VIII. Passons enfin sur l’ignorance de la politique de ce souverain obsédé par la conquête du duché d’Orléans - qui est déjà du domaine royal - pendant que 1’on passe sous silence les acquisitions de la Provence, du Roussillon et de la Franche-Comté.

Mais interrogeons-nous peut-être sur le sens de cette fable maladroitement inspirée des écrits et des idéaux des historiens du XIXe siècle qui nie les travaux de tous ceux qui depuis plusieurs décennies déjà besognent sur ce règne. La centralisation de France ne fut pas la création de Louis XI. Dresser le catalogue des réformes de ce souverain comme les preuves de sa modernité en oubliant toutes celles qui firent de lui, pour la majorité de ses sujets, un tyran et, pour des siècles, le plus mauvais roi de France nous ramène bien loin en arrière.
Didier Le Fur, L'Histoire n° 370


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Posté par clioweb à 08:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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