30 janvier 2011

Le wagon fantôme

- Le wagon fantôme de la ligne Cherbourg - Caen - Paris - Ouest-France - mardi 25 janvier 2011

« Nouvel exemple avec les vraies-fausses réservations du Paris - Cherbourg.
Sur ce sujet, les témoignages des voyageurs se multiplient. La mésaventure est toujours la même. Une réservation souvent en 1re dans un train du matin. Trois voitures sont prévues. Régulièrement, il n’y en a que deux. Résultat, la réservation est inutile. Le voyageur cherche sa voiture et sa place. Elles n’existent pas. Les agents de la SNCF connaissent le problème. Ils utilisent l’expression du « wagon fantôme ». La direction régionale de la SNCF reconnaît le problème et explique qu’elle travaille à sa résolution ».

Pas de TGV entre Paris et Caen, un trajet qui est souvent plus long que celui des années 1970. Par contre, un TGV électoral a été annoncé entre Neuilly-sur-Seine et la mairie du Havre.

La direction ne manque pas d'accuser les syndicats (Sud-Rail accusé à tort à Dijon, à la place de l'UNSA). La source des problèmes est connue : mode de gestion de l'entreprise, vieillissement du matériel ou mauvais choix techniques... Sans parler de la politique des tarifs tirés vers le haut. Les ultra-libéraux savent aussi préparer le terrain pour pouvoir un jour présenter la privatisation comme inévitable... malgré l'expérience récente des Britanniques...

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29 janvier 2011

Une marque de territoire ...

extrait de la dernière chronique d'Alain Rémond dans Marianne,  n° 718, 22/01/2011

« Je viens de recevoir un carton d’invitation (en tant que Breton, j’imagine), ainsi rédigé :

« Jean-Yves Le Drian, président du conseil régional de Bretagne, président de la Conférence des régions périphériques maritimes (CRPM), est heureux de vous convier le 9 février 2011 à 20 heures, pour vous présenter une démarche originale ».

Laquelle?
Celle-ci : « Avec la création d’une marque de territoire, qui sera lancée le 27 janvier, la Bretagne s’engage en ce début d’année 2011 dans une démarche d’attractivité ambitieuse pour enrichir, dynamiser et rajeunir son image. L’engagement, le sens du collectif, l’ouverture, l’imagination : ces valeurs sont le reflet de l’identité bretonne et le fondement de cette nouvelle marque. »
Une marque de territoire !
Un pince-fesse pour lancer une nouvelle marque !
La Bretagne, une marque !
Je m’étrangle, je défaille, je suffoque, je syncope.
On est envahis par les marques, colonisés par les marques, lobotomisés par les marques, et voilà qu’on va faire de la Bretagne une marque !
Pis une « marque de territoire ».
Pis une marque de l’identité bretonne.
La Bretagne lancée comme une marque de camembert.
Avec plein d’identité dedans.
On n’en peut plus, des marques.
La marque, c’est du marketing.
La marque, c'est du commerce pour un produit.
La marque, c’est du formatage.
Et la Bretagne se laisserait réduire à une marque, 100 % lait cru, moulé à la louche ?
Tous les Bretons se laisseraient coller une marque sur le front, signe de leur identité bretonne?
Des Bretons label rouge, certifiés bio, comme des poulets fermiers?
Tous enrôlés sous la « marque de territoire »

Alain Rémond, Faut voir, Marianne

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Une République pour tous

Acteur de sa propre vie
Une République pour tous
Un Etat modeste… mais ambitieux
dans
Libération, Etats généraux du Renouveau - Grenoble 2011

http://www.liberation.fr/etats-generaux-du-renouveau-grenoble2011,99962
http://www.liberation.fr/contributions,100000

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28 janvier 2011

L’Ecole massacrée ?

L’Ecole fait la couverture du Point, après les francs-maçons (à la une du Nouvel Obs cette semaine), à propos du livre de Sophie Coignard, Le pacte immoral.

« Le ministre fait semblant de réformer. Les citoyens élèves font semblant d’apprendre. Et Bercy fait semblant de maîtriser la dépense publique ».

La journaliste-maison prend pour cible les ministres et leur « nomenklatura » ( Darcos et Ferry avant leur passage rue de Grenelle, Forrestier, Boissinot …). Pourquoi Darcos s’est-il attaqué au lycée plutôt qu’au collège ? selon la journaliste, c'est parce que c’était un gisement d’économies plus prometteur.
Fillon et Allègre semblent échapper à cette attaque en règle.

Le livre ? « une caricature truffée d’erreurs grossières », selon l’actuel ministre ; « un livre qui relève de la malhonnêteté et de l’ignorance crasse », selon Lang ; « un livre qui éloigne des vraies questions » dit Meirieu.

La solution pour l'Ecole, selon l’hebdo ? celle de Compagnon : donner plus d’autonomie à chaque collège ou lycée, faire du principal ou du proviseur un patron, en lui confiant le recrutement des profs (dont il faut changer le statut) et en lui donnant autorité sur tous les choix pédagogiques.

LP_ECOLE

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Tous filmés par la police ?

- Demain, tous filmés par la police ? Enquête Le Monde 28/01/2011
En 2012, objectif 60 000 caméras de vidéo-surveillance.
Au moins 17 M dépensés par l'Etat en 2009, 30 en 2010 (+ 17 M)

Les Britanniques en gendarmes virtuels - Le Monde 28/01/2011
Outre-Manche, depuis Blair, un Britannique est filmé en moyenne 300 fois par jour ; à Londres, les caméras privées auraient aidé à arrêter chaque mois 8 voleurs (sur 269).
Avec Internet Eyes, en payant 12,99 livres par an, chaque internaute britannique peut visionner les images, dénoncer les délinquants potentiels et toucher jusqu'à 1000 livres chaque mois !

La vidéo-surveillance, ce sont des enjeux majeurs du droit (libertés bafouées, atteintes à la vie privée). C'est aussi un lobby industriel puissant et un énorme jackpot ...

- Le Conseil supérieur de la Magistrature cherche un nouveau souffle (LM)
un des membres a été à la direction des ressources humaines
(chez Danone, pas chez L'Oréal  :-)

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P Laborie, INRP 2006

 

INRP - ESCHE-ECEHG - Mémoires, Histoire et Identités
Journées de formation INRP Lyon  25, 26 et 27 octobre 2006


Histoire et mémoires de Vichy et de la Résistance, Pierre Laborie, EHESS
copyright Pierre Laborie & INRP

http://web.archive.org/web/20080908105424/http://ecehg.inrp.fr:80/ECEHG/former/memoires-histoire-identites/les-conferences-debats-des-journees-memoires-histoire-identites/journee-du-27-octobre-guerres-shoah-et-resistance


L’historien, spécialiste de L’opinion publique sous Vichy, fait de nombreux parallèles avec le propos de Nicolas Offenstadt : il y a selon lui une vision dominante de l’histoire de la période, sans débat ouvert et public, comme c’est le cas avec 1914-1918 autour de l’Historial de Péronne.

notes personnelles à partir du fichier audio en mp3
http://dl.free.fr/prJ1VDzcB
version pdf :
http://clioweb.free.fr/dossiers/39-45/laborie-inrp-2006.pdf


3 thèmes abordés :
- La question des comportements collectifs des Français durant la 2 GM
Quelles ont été les attitudes des Français face à Vichy et l'Occupation ?
- La mémoire de la Résistance, un enjeu d’affrontements
pas d'école de Péronne, mai débat étouffé, masqué
- Poser des thèmes de réflexion sur les enjeux de mémoire


1 - La question des comportements collectifs des Français durant la 2 GM

L’historien constate le décalage formidable entre l’étude du régime de Vichy et de son fonctionnement et le vide sur ce que ce que les Français ont pu penser et vivre. Ceux qui ont étudié cette période savent d’expérience que l’on ne peut aboutir à des avis tranchés. Pourtant, les médias attendent des réponses toutes faites. Les journalistes adorent la mémoire : elle leur fournit des jugements catégoriques et définitifs sur de mauvaises questions (Tous résistants ? tous collaborateurs ?). Sur un sujet trop complexe pour être traité en noir et blanc, ils en oublient le poids des représentations et des constructions. Ils diffusent ces jugements comme des « vérités », sans lecture critique et sans prise en compte de la chronologie.

La vision de la période 1940-1945 a beaucoup évolué.
Dans un premier temps, c’est la vision d’une France héroïque qui l’a emporté : les Français auraient été en grande majorité dressés contre l’occupant, la France aurait été « résistante »

Après 1971-73 (Le Chagrin et la Pitié, Robert Paxton), le balancier est allé dans l'autre sens : le peuple français aurait été veule, lâche, il aurait eu le ventre à la place du cerveau et du cœur. J’exagère à peine, quand on relit ce qui a été écrit sur la prétendue société française sous Vichy dans les années 70-80. On est effaré.

Depuis, le balancier s’est remis très légèrement non pas vers le milieu, mais quelque chose qui s’en rapproche, avec néanmoins énormément de problèmes.

Un exemple. « Ete 44 », le documentaire de Patrick Rotman a beaucoup de succès et passe en boucle à la TV. Il est parfois présenté comme une réflexion aboutie sur ce qu’a été la société française pendant cette période. Beaucoup d’historiens prestigieux, de cette école qui n’existe pas mais qui est un lien de pouvoir très important (Sciences-po, le magazine L’Histoire, la revue Vingtième siècle) placent comme une évidence une certaine idée des choses.  Dans ce contexte, P. Rotman pose comme évidence et répète une affirmation : la France de l'Occupation, c'est 100 000 collaborateurs face à 100 000 résistants, avec entre les deux, une masse résignée, inerte, amorphe, inerte.

Cette vulgate mémorio-médiatique entretient beaucoup de confusion.
Entre autres défauts, PL relève l’écrasement de la chronologie, la non prise en compte de la diversité des situations dans le temps et l’espace, des variables culturelles et régionales, des mutations dans les sensibilités, la pratique de l’anachronisme mental, la négation de la dimension sociale des phénomènes étudiés.

Ainsi, en admettant même que l’importance numérique des deux minorités engagées et opposées soit du même ordre - ce qui reste d’ailleurs à prouver - leur place et leur statut dans le tissu social n’est pas comparable. À l’exception des militants des partis collaborationnistes (phénomène minoritaire et essentiellement limité aux grands centres urbains) les collaborateurs n’ont pas bénéficié de véritable soutien dans l’ensemble du corps social. Pour sa part, la Milice a été très vite rejetée et le plus souvent haïe).
A l’opposé, la Résistance prend appui sur des millions de gestes anonymes ; il n’y a pas marginalité, la Résistance n’est pas isolée du reste de la nation, une population nombreuse participe à un processus de refus qui s’exprime sous des formes multiples en dehors de la lutte armée
Il ne suffit donc pas de comparer des chiffres et des pourcentages et en tirer des conclusions non fondées.
PL est scandalisé par le discours médiatique dominant, et par l’absence de contradictions chez les historiens.

La réussite de cette vulgate tient à de très nombreux facteurs :
il n’y a pas quelqu’un qui tient les ficelles, mais la situation ressemble au refus du débat sur 14-18

Le succès du film Le Chagrin et la Pitié tient au contexte, après 1968, et à une génération qui avait besoin d'une vision iconoclaste pour fonder son identité. On en avait assez d’entendre des balivernes. Or le propos du film est parfois à la limite de l'imposture. Un seul exemple, la vision oublieuse et réductrice de la Résistance dans une ville qui a contribué à son histoire (Jean Cavaillès, le mouvement Libération, l’université de Strasbourg réfugiée, etc)

Robert Paxton a dit des choses fondamentales.. Il est instrumentalisé quand on lui fait dire que les Français ont été tous des collaborateurs fonctionnels. Mais son sujet, c'est le fonctionnement de l'Etat et le choix idéologico-politique de la collaboration d’Etat. Pas le comportement des Français face à l’Occupation.

La redécouverte du témoignage a joué un rôle important. Après 1968, la fascination est réelle devant ceux qui parlent, devant les silencieux et les oubliés de l’histoire qui ont enfin la parole, qui sont écoutés, et qui ne peuvent dire que la vérité. Le manque d'esprit critique (des historiens qui les écoutaient) a été parfois effarant.
 
Par la suite, la place de la mémoire a exercé une autre fascination. L'apport des représentations est énorme, celles-ci permettent d’analyser autrement les processus historiques. Là encore les excès ont vite guetté : les journalistes ont été séduits, car le fonctionnement du discours mémoriel est très proche des mécanismes du langage médiatique (on juge, on tranche, on coupe...). Quand la question habituelle des médias, c’est : tous résistants ? tous collaborateurs, cela commence mal. De plus, l’engouement en faveur des représentations a renouvelé l’écriture de l’histoire, mais fait oublier des éléments importants étudiés par la génération précédente.

L’idée que l’on se fait de ce que fut la France pendant la 2°GM est devenue un élément de l'identité française contemporaine. Dans l’opinion commune, en France et à l’étranger, en Israël mais pas seulement, cette représentation se nourrit souvent des poncifs et des stéréotypes véhiculés par la vulgate, en accentuant ses aspects les plus gris.

Ceci explique le succès et l’audience d’un ouvrage comme celui de Philippe Burrin sur La France à l’heure allemande (1995). L'auteur y décrit « l'accommodation » de l'ensemble des Français devant l’occupation nazie. C'est aller vite en besogne dans une histoire beaucoup plus compliquée. C’est aussi faire de la collaboration la référence déterminante des comportements, ce qui peut être discuté dans un pays où la collaboration a été majoritairement rejetée, dès Montoire et l’automne 1940.



2 - Les enjeux de la mémoire de la Résistance :

dans la vulgate, la Résistance a été soumise à un traitement de recyclage multiple :
    - Elle a été réduite de plus en plus à l’importance de ses seuls effectifs, généralement moins de 1 % de l’ensemble de la population… un critère qui mérite discussion
    - On a ensuite questionné son rôle militaire (généralement pour conclure à son inefficacité, par exemple lors de la Libération) .
    -  L ‘histoire de la Résistance a souvent été réduite à un théâtre d’affrontements politiques et à une guerre des chefs (cf les polémiques autour de Jean Moulin). L’assise sociale est trop souvent négligée.
    - Elle a été identifiée aux tentatives d'instrumentalisation politique : celle du PCF et de ses  « 75 000 fusillés » celle du gaullisme, deux courants qui ont cherché à fonder sur elle leur légitimité historique.

    On lui a imputé les bavures : les manuels évoquent l’épuration « sauvage ». Ce terme vient de l’extrême droite et des nostalgiques de Vichy. Les auteurs de manuels le reprennent trop souvent comme " allant de soi ", sans faire attention à sa charge politique et idéologique, alors qu’existent les notions d’épuration « extra-judiciaire » ou d’ »exécutions sommaires », moins connotées.
    Des auteurs de manuels font aussi référence au " mythe résistancialiste ", achevant un glissement sémantique continu («  Résistance » puis « résistancialisme », puis « mythe résistancialiste », avec un risque évident de confusion et de fausses équivalences. Or le terme vient aussi des mêmes milieux nostalgiques avec l’objectif de dénigrer l’action des résistants et le rôle de la Résistance : l'abbé Desgranges a écrit en 1946 " Les crimes masqués du résistantialisme " (écrit avec un " t ")


« Le dictionnaire historique de la Résistance » représente plusieurs années de travail sérieux par une grand nombre d'historiens. Il n’est sans doute pas irréprochable, mais il comble un vide considérable. Or la sortie du dictionnaire a été accompagnée d'un silence quasi total dans la presse nationale, Le Monde ou Libération faisant juste le service minimum. Seule la presse régionale en a rendu compte convenablement, ce qui ne tient peut-être pas au seul hasard.

Au total, la vulgate mémorio-médiatique dénature le rôle et les valeurs de la Résistance. Elle en conteste la dimension, l’importance historique, la singularité et l’identifie à un « mythe », entendu au sens de la fable, voire de l’invention. On cherche à nier la singularité de la Résistance par tous les moyens.

 
3eme partie -  Quelques thèmes de réflexion sur les enjeux mémoriels :

La vulgate mémorielle enferme l’histoire de la France de la 2GM dans des cadres simplistes qui nourrissent la confusion
Or il est nécessaire de ne pas en rester au noir et blanc, d’entrer dans la complexité des situations :
« Tout ce qui n'est pas action contre l'occupant n'est pas passivité et complicité avec lui ».
« Tout ce qui est refus de la soumission n'est pas acte de résistance ».
Un réfractaire au STO n'est pas un résistant s’il cherche seulement à se cacher pour échapper à la loi, même s’il est dans une attitude d’insoumission.
Le cardinal Saliège (en fait l’archevêque)  n’est pas un résistant.

Il faut sortir du simplisme, et enseigner en utilisant d'autres concepts, comme les stratégies de contournement (cf les stratégies d'esquive des soldats de 14-18), mettre l’accent sur les pratiques sociales du quotidien, de préférence aux idées générales et aux " modèles " d’analyse globale.

Il faut éviter de juger en bloc. Il faut essayer de montrer les articulations de sens entre le singulier et le collectif. Des millions de gestes anonymes ne font pas de chacun de leurs auteurs des résistants. Mais l'ensemble de ces gestes, dans leur expression collective, témoigne d'une tendance au non-consentement, ou parfois même d'une volonté marquée de refus.
Tous ceux qui assistent partout aux enterrements des maquisards malgré les interdictions, ceux qui se taisent sur leurs lieux d’implantation, ceux qui dans l'Ouest fleurissent les tombes des aviateurs anglais malgré les marins morts à Mers-el-Kébir et malgré les bombardements effectués par ces mêmes Anglais sont, entre mille, des exemples de ces gestes anonymes et de ces évolutions souterraines

On peut avancer l’idée d’une culture du " penser double " chez les Français durant l’Occupation.
La revue Esprit reparaît sous Vichy, jusqu'en 1941. Les auteurs utilisent un langage codé, allusif, que les lecteurs savaient interpréter sur le moment, en situation. En 1944, les rédacteurs relisant les numéros des années précédentes avaient parfois oublié ce sens masqué : le contexte avait radicalement changé, et ne permettait plus de comprendre les allusions. La culture environnante est indissociable des façons de penser et de sentir. Si on en tient pas compte, on fait des anachronismes et des erreurs majeures. comme si les codes culturels d’auj devait s’imposer à la lecture du passé.
Pierre Laborie parle du danger d'anachronisme mental dans une place excessive donnée aux mémoires. Le danger, ce serait de croire que les codes culturels d'aujourd'hui valent pour toutes les périodes du passé, et qu'ils nous donneraient le droit de juger les acteurs de ce passé.


Il y a urgence de " reconceptualiser " l'enseignement de l'histoire :
La mémoire n’est pas la présence du passé, elle est usage du passé au présent et même souvent instrumentalisation de ce passé.

Il faut aussi faire attention aux mots.
Voir plus haut pour " l'épuration sauvage ", " le mythe résistancialiste ".
La « guerre civile » est un autre de ces excès de langage dénoncés par Pierre Laborie. Il y a bien eu des affrontements franco-français, en 1943-1944. Dans certaines régions on a pu se croire au bord de la guerre civile. Il faut mettre au crédit des responsables de la Résistance et du GPRF, pendant l’été 1944, d’avoir su justement éviter cette " guerre civile ".
Il faut aussi se méfier des fausses centralités :
Les persécutions antisémites de Vichy sont essentielles, mais laisser croire que tout le régime de Vichy s'organise autour d'elles, c'est une reconstruction de mémoire, a-historique

Il faut éviter la compétition dans la victimisation. Pourquoi vouloir comparer les déportés de Buchenwald et ceux d'Auschwitz ? Pour établir une hiérarchisation dans l’horreur et dans la souffrance ?

Cette vulgate mémorio-médiatique a conduit de grands historiens à minimiser considérablement le poids de l'Occupation. Dans l'édition de 2005 de La France de Vichy , page 12, Paxton écrit que jusqu'en 1943, il n'y a eu que 40 000 soldats allemands (des " vieux ") ; les forces nouvelles seraient arrivées plus tard, et elles auraient été placées sur les côtes.
Personne ne semble avoir lu le livre. Cette affirmation est une grossière erreur, gênante en raison du commentaire qui l’accompagne, et malheureusement répétée au cours des éditions, en dépit des démarches effectuées (au moins par PL, peut-être par d’autres) pour attirer l’attention de l’éditeur sur la bévue…
Les seules troupes de sécurité (maintien de l’ordre) représentaient 100.000 hommes fin 1941, 200.000 en 1943. A leurs côtés, les troupes d’opérations comptaient 400.000 hommes en 1942-43 et ces effectifs seront portés à environ 1,5 million d’hommes au début de 1944. On peut regretter que le respect légitime à l’égard du grand historien de Vichy conduise à rester silencieux devant un point contestable


Introduire la mémoire dans l’enseignement des classes terminales, c’est utile et intéressant, car l’objet est neuf et stimulant. Mais il serait indispensable que ce travail que vous entreprenez tous soit précédé par une réflexion théorique sur la nature et les fonctions de la mémoire, fondamentalement différentes de celles de l’histoire. On ne peut pas laisser croire que la mémoire a un statut identique à celui de l’enseignement classique de l'histoire. La mémoire, c'est du  « prêt à penser », et l’historien fait le contraire du « prêt à penser ». Il est indispensable de dire que la mémoire, quand on en parle, ne peut être dissociée d’une réflexion critique sur ses usages et ses fonctions : à quoi sert-elle ? Qui s'en sert ? Dans quel but ?
 

Pierre Laborie a publié notamment :
Résistants, Vichyssois et Autres, Paris, Ed. du CNRS, 1980
L'opinion française sous Vichy, Éditions du Seuil, Paris, 1990
Mémoire et histoire : la Résistance, avec Jean-Marie Guillon, Éditions Privat, Toulouse, 1995
Les Français des années troubles : de la guerre d'Espagne à la Libération, Édition du Seuil, Points-Histoire, Paris, 2001
L'opinion française sous Vichy : les Français et la crise d'identité nationale 1936-1944, Éditions du Seuil, Paris, Points Histoire, 2001
Penser la défaite, (en collaboration avec Patrick Cabanel), Éditions Privat, Toulouse 2002
Les Français sous Vichy et l'Occupation, Éditions Milan, Toulouse, 2003
Les mots de 39-45, Presses universitaires du Mirail, Toulouse, 2006
Ils ont su dire non : Paroles de résistants, avec François Icher, La Martinière, 2008
Le chagrin et le venin, Occupation, Résistance, Idées reçues, 2011 + 2014
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Laborie

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27 janvier 2011

Alice au pays des ...

Les Guignols de l’info, 26 janvier 2011, environ 3 mn 30 - 5 mn 10
http://www.canalplus.fr/c-humour/pid1784-c-les-guignols.html

« La colère du monde enseignant. Il manifestait samedi dernier contre la réduction du nombre de professeurs.

« Il est un lieu à nul autre semblable.

- «  C'est vous Alice ?
- Oui
- Vous êtes en retard.
Il est 8 h 06. Le cours de Français a déjà commencé depuis 6 minutes

1pend

Alice au pays des merveilles, elle découvre un monde extraordinaire,
un monde où il y a des postes de professeurs qui n'ont pas été supprimés…

2fran

- Il est 10 h.

3pend

Cours de Sciences naturelles
- Le lapin se nourrit exclusivement d'herbes et de carottes, il est végétarien
son système digestif lui permet de faire plusieurs repas par jour
- La lapin ne parle pas ?

- Non Alice.

4lapin

Une école où il y a des aides éducateurs pour accompagner les enfants,
- Mais vous êtes qui ?
- Je viens pour donner un coup de main à l'Informatique

5ordi

- Ce monde merveilleux existe-t-il vraiment ?
- C'est à toi d'y croire et à toi seule, Alice

A l’appel de son père, elle sort de son rêve.

6reve

- Alice ? Alice ?
- Dépêche-toi, tu viens avec moi au bureau, tu n'as toujours pas de prof aujourd'hui

Alice au pays de ...

7cauc

... NS : « un fonctionnaire sur 2 qui part à la retraite ne sera pas remplacé ...

... Ah ça dégage, les profs... »

8cauc

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La SNCF et la 2 GM

La SNCF dans la 2 GM, entre Résistance et Collaboration
Le bien commun,  22/01/2011 au format mp3 :

invité : Mathias Emmerich, ancien directeur du Fret à la SNCF

entendu :
. Une conclusion sur la nécessité de la culture historique des hauts dirigeants. Leur inculture historique ne leur permet pas de répondre aux questionnements nouveaux et dessert l'entreprise.
. La nécessité d'un travail d'histoire et de mémoire (pas de devoir) au sein de l'entreprise.
. Une distinction utile entre le comportement des hommes et l'entreprise comme structure...

Vers la 19e minute - génocide : dans un processus bureaucratique et tayloriste d'extermination, chacun des maillons a sa part de responsabilité. Les Allemands derrière les mitrailleuses sont évidemment davantage responsables que les cheminots qui tirent les trains mais l'un dans l'autre, il n'y a pas de génocide possible si un des maillons ne joue pas son rôle. Malheureusement la SNCF a joué son rôle.
Et aujourd'hui, elle n'a pas fait en son sein le travail de mémoire nécessaire pour sortir du discours unanimiste à vocation interne (sous l'influence du PCF et de la CGT en 1945). L'invité se place du point de vue de culture d'entreprise mondialisée, ce qui lui permet de régler qq comptes avec la CGT (et une lecture nationale).

Il insiste lourdement sur le "mythe" de la structure SNCF comme résistante (avec le danger fréquent d'un raccourci excessif dans l'expression « mythe de la Résistance ». Une dérive très fréquente dans les médias où au lieu de parler des excès de l'héroïsation jusque vers 1970, on parle à tort de mythe résistantialiste (avec un t ou avec un c).
Collaborationnisme, appliqué à la sncf, est sans doute aussi un mot mal choisi.

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26 janvier 2011

Faux espoir

- Hamsterisation : Faux espoir - Le Monde - 20/01/2011
Si  NS avait lu le texte écrit par ses conseillers, au lieu d'improviser, le monde syndical bruisserait moins depuis 2 jours

NS aurait parlé de modifications à la marge, de masters polyvalents ou de masters en alternance, d'universités et de cadeaux financiers faits aux enseignants...

- Sur la prime promise aux proviseurs, lire l'analyse d'Alain Refalo dans L'Express

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Performance ou servilité ?

- Les proviseurs soumis à la prime à la classe - Libération 26/01/2011
Après les recteurs, les proviseurs et les principaux vont désormais être payés à la performance, avec des primes perçues tous les 3 ans pouvant atteindre 6 000 euros.

- Dans le journal de France Culture (25/01/2011 - 12 h30), écouter Tara Schlegel vers la 11e mn. Elle termine par le bâton qui accompagne toujours la carotte. Les syndicalistes craignent la montée des tensions et évoquent une prime à la servilité
http://media.radiofrance-podcast.net/

- Pour Luc Rouban, cette mesure relève de « la poursuite d'une volonté politique d'individualisation et de privatisation de la fonction publique ». Dans un contexte d'économies budgétaires, explique-t-il, « on bloque les salaires et on joue sur l'individualisation en fonction des résultats personnels ». (pour les chefs, une augmentation de 10 à 20 % selon l’UNSA).
LR interroge aussi les critères d’évaluation, et le risque « d’illusion managériale ».
Pour le SNES, cette prime sera « fondée sur le zèle et la détermination à mettre en œuvre  des réformes largement contestées par les usagers ». Le Monde 26/01/2011 http://www.lemonde.fr/societe/

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- Alain Refalo : « La prime au mérite pour les proviseurs est criminelle »

Julie Saulnier, L'Express le 25/01/2011

« De zéro à 6000 euros de prime de résultat pour les proviseurs. Alain Refalo, instituteur "désobéisseur", explique pourquoi, selon lui, cette mesure du ministère de l'Education revient à "tuer le service public".

Luc Chatel, ministre de l'Education nationale, a annoncé la mise en place d'une prime au résultat pour les proviseurs. Qu'en pensez-vous?

Cette mesure est criminelle car elle revient à instaurer une course au résultat et un management au stress. On applique à l'Education nationale des mesures déjà utilisées chez France Télécom ou dans la police. Les primes au résultat chiffré, dans un environnement où le travail collectif est pourtant indispensable, aboutissent nécessairement à des catastrophes humaines.   

Quelles dérives pourrait induire une telle mesure ?

Tous les enseignants et les chefs d'établissements vont être mis sous tension pour améliorer encore davantage la progression du résultat chiffré. La conséquence à moyen terme, c'est une soumission à la politique du rendement. Les établissements ne feront plus que du "bachotage", pris dans une course à la performance individuelle. Il n'y aura plus de plaisir ni de recherche... C'est contraire à l'éthique de l'Enseignement. Pis, on est en train de tuer le service public!  Il faut engager une résistance éthique au quotidien
Cette mesure va également accentuer les difficultés du métier. L'éducation est un secteur professionnel déjà rudement touché par le stress, la déprime, la dépression et les suicides. La prime au mérite pour les proviseurs ne fera que renforcer ce mal-être. Sans parler du fait que ces angoisses se répercuteront sur les élèves. 

Cette prime au mérite ne s'applique qu'aux collèges et lycées. Peut-on envisager une "contagion" au primaire?

La culture de la performance individuelle a déjà contaminé l'école primaire. Les évaluation des élèves de CM2 ou encore les palmarès des établissements les mieux cotés répondent à cette logique. Mais les syndicats, les parents d'élèves et une minorité active d'enseignants [les "désobéisseurs", ndlr] refusent de se soumettre à cette course au résultat chiffré. Si cette idée fait consensus, toutes les parties ne s'accordent cependant pas sur les moyens à employer.   

Quelle solution proposez-vous?

A mon sens, les manifestations et les grèves sont inefficaces. Seule une résistance éthique au quotidien et sur le long terme porterait ses fruits. La première étape de cette lutte: refuser fermement d'entrer dans ce processus du résultat chiffré, comme nous l'avons fait pour les évaluations en CM2  ». 

Posté par clioweb à 07:07 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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