18 février 2012

A Worldsize Digital Library ?

 

- Can We Create a National Digital Library ?
Conférence de Robert Darnton à Harvard,  October 1, 2010
et article dans The New York Review of Books - October 28, 2010
« As Lewis Hyde put it in his recent book, Common as Air, an enclosure movement is threatening to destroy our cultural commons, the world of knowledge that belongs to us all ». Pour créer a Digital Public Library of America, « We can find the money and the skill. Can we find the Will ? »
http://www.nybooks.com/articles/archives/2010/oct/28/can-we-create-national-digital-library/


- A Digital Library Better Than Google’s
Robert Darnton, The New York Review of Books, March 23, 2011
http://www.nytimes.com/2011/03/24/opinion/24darnton.html


- A bookshelf the size of the world - Q&A  Inside the vision for the largest library in history
July 24, 2011- Richard Beck s'entretient au téléphone avec Robert Darnton - The Boston Globe
http://articles.boston.com/2011-07-24/bostonglobe/29810463_1_google-books-robert-darnton-digitization

La plus grande bibliothèque du monde se fera sans Google.
Dans sa traduction, Courrier International 16/02.212 a visiblement repris le titre d'une tribune qui suivait le rejet, par le juge Denny Chin, du projet d'accord entre Google et les éditeurs (Google dans un titre, cela fait vendre). L'entretien évoque un projet dont un prototype pourrait fonctionner d'ici 2015, si les bonnes volontés sont réunies et si les financements suivent.
http://www.courrierinternational.com/magazine/2012/1111-ces-europeens-qui-partent-ils-quittent-la-crise-pour-de-nouveaux-mondes

 

darnton

Robert Darnton
source : A piece of monologue - Do Books have a Future? An Interview with Robert Darnton - 4.1.2012

« Knowledge is the common property of Mankind » (Thomas Jefferson).
« I see a danger : access to knowledge could be restricted through commercialisation ( cf. the spiralling cost of periodicals).
« A Digital Public Library of America, with a coalition of foundations who are providing the money and a coalition of research libraries who are providing the books », can allow an equal access to Knowledge.

[ Face à la marchandisation de la culture, il est toujours utile de rappeler des principes simples mais vigoureux.
Le choix des enjeux peut être objet de débat : pourquoi prendre le livre comme référence principale, alors que les sites web, les articles, les comptes rendus d'ouvrage sont déjà disponibles sous une forme numérique.

Le défi serait au moins triple.
Il serait technique : comment concevoir des moteurs de recherche spécialisés pour valoriser ces contenus et donner un accès aussi rapide que celui qui mène à wikipedia ?
Il serait pédagogique : il faut éviter de laisser croire que les mêmes contenus seront exploitables par un étudiant et par un élève de primaire.
Il serait politique : comment passer de la compétition à la coopération ? En France, les universités ont été incapables de se mettre d'accord sur le nommage (u-bourgogne, unicaen, univ-nancy...) ou sur l'arborescence des sites web. Quel intérêt auraient-elles à mettre en commun des contenus numériques ? ]
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Le Vieil Homme et le gallim.

 

fbon-pere

Le père de François Bon. La traduction du Vieil homme et la mer lui est dédiée


- Le contemporain s'écrit numérique.
(certains héritiers semblent encore l'ignorer)
http://www.publie.net/

François Bon a publié sur son site une traduction originale, réalisée par ses soins, du « Vieil homme et la mer ».
Gallimard en a exigé le retrait et aurait un temps réclamé un dédommagement.
http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20120217.OBS1714/gallimerde-se-fait-lyncher-sur-twitter.html

http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2788

liste de liens : http://pad.telecomix.org/nebkimik  - http://www.face-ecran.fr/


- Le roi est nu - sur le blog de Calimaq (Lionel Maurel) : « le geste de Gallimard a quelque chose de profondément suicidaire. En s’attaquant de cette manière à Publie.net, il ne peut que contribuer à affaiblir encore davantage la légitimité du droit d’auteur et le transformer en repoussoir pour des masses d’internautes ».

 

mer-egee

La Mer Egée, support pour mensonge politique et parodies ...

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17 février 2012

Injonctions contradictoires

 

Deux cartes blanches récentes dans l'émission Rue des Ecoles

A écouter en fin d'émission (53e mn)
http://www.franceculture.fr/emission-rue-des-ecoles
ou lire la transcription sur le site Educpros.
http://blog.educpros.fr/les-debats-d-educpros/2012/02/



Le 8/02, Nathalie Mons pointe le choc des injonctions politiques contradictoires.

un ex, celui de l'évaluation
« D’un côté, au primaire, on nous explique qu’il faut développer des tests nationaux, administrés par le ministère, de façon à prendre du recul par rapport aux évaluations que pratiquent les enseignants dans leur classe, car un acteur externe à l’établissement s’avère avoir un regard plus objectif sur les acquis réels des élèves.
Mais si l’on s’intéresse à l’évaluation des enseignants, c’est le contraire qui est préconisé : la nouvelle réforme (veut) affaiblir le poids d’un jugement porté par un acteur externe à l’établissement - à savoir l’inspecteur - et reconnait l’intérêt d’un jugement interne, celui du chef d’établissement car il serait plus proche de l’enseignant.

Poursuivons par une ligne forte de la politique actuelle : l’individualisation des parcours des élèves et le traitement de la difficulté scolaire sont valorisés à travers des mesures comme l’aide individualisée au primaire et l’accompagnement personnalisé au lycée. Mais à l’inverse, contrainte budgétaire oblige, on supprime les RASED, ces brigades d’enseignants spécialisés dans le suivi personnalisé des élèves en échec scolaire au primaire ».
La transcription de la carte blanche

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Le 15/02, « J’ai retrouvé les écoles normales » ajoute Benoît Falaize

C’était donc il y a quelques jours. L’IUFM était très vide, peu de personnel, peu d’administratifs. Aucun étudiant non plus … d’un côté, un IUFM vidé, laminé, obsolète ; de l’autre une cour de récréation où jouaient des enfants de l’ancienne école d’application. Deux visions de la  formation des maîtres : une France de la IIIe République où existait un lien fort entre une vision politique et une volonté scolaire ; une masterisation sans élan, sans âme et sans perspective, avec une quasi-disparition de la dimension pédagogique.

« Derrière toutes les réformes des cinq dernières années, c’est le sens même de l’école et de la formation de ses enseignants qui est atteint, qui a été liquidé…
La seule question qui vaille aujourd’hui : est-ce seulement rattrapable ?
»
La transcription


Le 8/02, dans la seconde partie, écouter Luc Cédelle et Louise Tourret sur Philippe Meirieu, ciblé comme adversaire principal (et bouc-émissaire) par les tenants d'un retour à l'école des 400 coups (le film de Truffaut), celle qui menait à la maison de correction et à la prison. L'émission du 08/02 au format mp3 :
http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/11192-08.02.2012-ITEMA_20343171-0.mp3

 

meirieu-cite

http://www.meirieu.com/

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Le passé sulfureux du gourou

 

- Buisson, Le passé sulfureux d'un homme de l'ombre : le gourou du président a longtemps baigné dans les eaux troubles de l'extrême-droite. Il a fait l'éloge de l'antisémite Drumont ou des terroristes de l'OAS. Voir ses méthodes à Minute en mai 1987 (dernière colonne de l'article de Renaud Dély). dossier du Nouvel Obs
http://clioweb.free.fr/presse/1temp/no/
http://tempsreel.nouvelobs.com/dans-la-coulisse-de-la-presidentielle/20120216.OBS1579/quand-patrick-buisson-defendait-drumont-le-pen-et-l-oas.html

- La fabrique des sondages : trucs, astuces et impostures.
Alain Garrigou et ses collègues.
http://www.observatoire-des-sondages.org/


- Le nouveau réglement de l’école Sint-Pieters (Saint-Pierre) de Jette, une commune du Grand Bruxelles
prévoit des heures de colle, y compris en primaire, pour tout élève surpris à parler français dans la cour de récréation.
http://www.liberation.fr/monde/01012390254-en-flandre-belge-1-heure-de-colle-pour-qui-l-eleve-parle-francais


- Flamands en quête de terre en Normandie - Sur les docks 13/02/2012
"J'ai fini par utiliser la caméra comme un micro", le documentaire devenant une émission de radio ... Sonia Ringoot citée par Télérama. http://www.franceculture.fr/emission-sur-les-docks

 

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MDE : Concours et sélection

 

Dans les coulisses des concours - Le Monde de l'Education 16/02/2012
La France des concours est dans les starting-blocks. Quelque 100 000 candidats vont faire l'impossible ...
http://abonnes.lemonde.fr/education/

Au sommaire de ce numéro :
Etre sélectionné ou ne pas être... ,(...)
Mieux vaut être riche et bien né...
Les maths creusent les inégalités sociales
La mixité sociale statistiquement condamnée
Les banques de concours
Les langues, épreuve discriminante
Chez les ingénieurs, la culture fait la différence
Un bac et une école la même année
Des IEP de plus en plus sélectifs
Les six leçons des copies
A l'oral, le hasard n'a pas sa place
Des entretiens sous l'oeil de l'entreprise
La très professionnelle sélection des écoles d'arts
Artiste en herbe et déjà sans le sou ! 
" Les membres des jurys devraient être mieux préparés

« Avant, on cherchait une tête et le reste était noté entre 3 et 8. Aujourd'hui, la notation est relationnelle (sic) à l'ensemble des copies, et l'idée est plus de classer que de noter ».

« ces référentiels semblent dresser le portrait-robot du jeune idéal, alliant aisance, dynamisme, esprit d'équipe et générosité » … le risque un profil trop parfait pour être vrai…

« S'ils ont pour vocation de sélectionner les meilleurs, les oraux se déroulent toutefois avec une préoccupation constante de bienveillance (resic). Pas question d'en faire des interrogatoires ou de soumettre les candidats à un feu de questions déstabilisantes »
qq lignes plus loin, un conseil :
« Questions : Anticiper des questions un peu déstabilisantes »

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- Coût des études
Les grandes écoles prônent des frais de scolarité de 3 000 euros par an à payer une fois les études terminées.
http://www.liberation.fr/sites-du-jour/

- La tentation de l'exemple britannique :
Pour 2012, en Grande-Bretagne, 23 universités ont décidé de faire payer à leurs étudiants le maximum autorisé par la loi : 9000 livres sterling (soit 10 600 euros pour une année de master - post-graduate), entre 3000 et 4000 euros pour une année de licence (undergraduate).
http://lemonde-educ.blog.lemonde.fr/2012/02/11/gratuite-des-facs-quen-pensent-nos-voisins/


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16 février 2012

L'Ecole selon François Hollande

 

Le discours de François Hollande sur l’Education
Orléans - jeudi 9 février 2012




Mesdames, Messieurs, chers amis,

Je suis venu ici à Orléans pour vous parler de la France, de ce qui la rassemble, et donc de l’Ecole, fondement de notre République.

J’ai mis la jeunesse au premier rang de mes engagements dans cette campagne présidentielle.

Parce que c’est l’atout de la France. Nous sommes le pays le plus jeune d’Europe. Notre jeunesse n’est pas une charge, un danger ou un risque. C’est une chance, un levier, une opportunité.

Parce que c’est la condition de notre redressement. La compétitivité, ce n’est pas seulement une comparaison entre des coûts, c’est la capacité technologique, c’est l’investissement humain, c’est le savoir-faire, c’est le niveau de formation d’une Nation. Notre jeunesse nous fournit les meilleures armes dans la mondialisation.

 Parce que c’est l’enjeu de notre cohésion nationale, notre jeunesse est diverse. Par ses origines, ses conditions, ses territoires. Elle porte des aspirations communes. Mais il est de notre devoir de l’unir autour des mêmes valeurs, celles de la République, de la laïcité, du civisme, de l’engagement.

C’est aussi la responsabilité de l’Ecole.

La campagne présidentielle est un moment majeur de notre vie démocratique. Elle est l’occasion pour les Français de désigner un chef de l’Etat pour les représenter, et conduire pendant cinq ans le destin de notre pays. C’est aussi le choix d’un projet. C’est-à-dire des orientations qui vont être autant d’engagements à respecter dans un contexte éminemment difficile. Une crise financière, économique, budgétaire et sociale. J’ai proposé le redressement dans la Justice. Mais cette élection est aussi une conception de la société française et même de la République.

Je veux vous livrer la mienne.

Nous sommes un grand pays, avec une longue histoire et qui ne se résout pas à n’être qu’une Nation parmi d’autres. Non par arrogance, mais par fidélité à notre message universel. Nous ne nous vivons pas comme une exception mais comme une construction qui peut s’inspirer de ce qui se fait ailleurs mais qui n’a pas vocation à l’alignement et encore moins à la soumission de la Finance, aux marchés ou à des disciplines sans perspective qui n’a pas besoin qu’on lui impose un modèle, même estimable.

Je sais que les doutes se sont installés sur la place de la France , son destin, son avenir. Comment en serait-il autrement quand le chômage est au plus haut, la croissance au plus bas, quand le déficit commercial atteint un niveau record et quand la Cour des Comptes annonce que la dette publique va atteindre près de 90% du PIB en 2012, contre 60% en 2002. Elle doit donc reprendre confiance en elle. Elle n’y parviendra que si au plus haut sommet de l’Etat, on lui parle de ses atouts, de ses forces, de ses capacités, et si on mobilise tous ses acteurs publics (Etat, collectivités locales), privés (entrepreneurs, salariés, chercheurs), dans un pacte productif qui n’appelle pas des bricolages fiscaux de dernière heure mais une stratégie cohérente autour de la transition technologique, numérique, énergétique, écologique.

Les Français n’adhéreront à des efforts que s’ils sont justes. Ils ne peuvent accepter le creusement des inégalités, l’indécence des rémunérations, la précarisation des plus fragiles (8 millions de pauvres) quand l’injustice fiscale vient s’ajouter à l’arrogance de l’argent, j’entends certains qui menacent de leur propre exil si des sacrifices leur étaient demandés.

Voilà pourquoi j’ai proposé une réforme fiscale qui s’attache à mettre de l’équité, de la transparence et de la simplicité dans nos prélèvements qui épargnent les plus modestes et les classes moyennes, lesquelles ont été victimes du quinquennat qui s’achève.

Voilà pourquoi si des économies sont à faire, elles ne peuvent pas porter sur l’Ecole et sur la préparation de l’avenir.

 Le redressement dans la Justice, mais aussi l’Espérance dans la République.

La République, c’est bien plus que des Institutions, qu’il conviendra d’ailleurs de rénover pour donner plus de pouvoir au Parlement, plus de libertés aux collectivités locales, plus d’indépendance à la Justice, plus de droits aux partenaires sociaux. Car la République, ce n’est pas le pouvoir d’un seul décidant de tout sur tout. Le pouvoir d’un seul parti qui devient vite un clan.

La République ce sont des valeurs qui nous permettent de vivre ensemble, qui nous élèvent autour d’un projet au service de l’intérêt commun.

La République c’est un combat. Elle nous unit autant qu’elle nous sépare, chacun a sa sensibilité. Elle nous permet, par le mouvement qu’elle imprime, par les valeurs qu’elle porte, de faire avancer la France. Elle exige de traduire ses valeurs proclamées : Liberté, Egalité, Fraternité, dans la réalité de chaque jour. Nous en sommes loin. Education, emploi, logement, santé, sécurité.

Elle suppose une volonté de progrès, de développement, de croissance. D’où l’enjeu du sursaut. Comme à d’autres époques de notre Histoire.

La République est rassembleuse. Je ne distingue pas les Français selon leur sensibilité ou leur vote. Je veux unir plutôt que séparer, apaiser plutôt que brutaliser. Chaque fois que la gauche a su se mettre à la hauteur de la France, elle l’a fait avancer.

Je m’adresse à ces Français négligés, abandonnés, angoissés pour eux-mêmes et surtout pour leurs enfants, soucieux de l’avenir de notre pays. Je leur dis : « Retrouvons ensemble le chemin des valeurs de la République et de notre Histoire qui nous rend si fiers ».

Le quinquennat qui s’achève aura été celui de la discorde, de la division, du désordre. Stigmatisation des populations les plus fragiles, les chômeurs, les assistés, les étrangers. Polémique blessante sur l’identité nationale, discours choquant sur la nationalité, déclarations provocatrices sur la hiérarchie entre les civilisations, opposition entre les Français, entre le public et le privé, entre les générations, entre les catégories sociales.

Mise en cause des rouages essentiels de l’Etat que sont les magistrats, les hauts fonctionnaires, les enseignants.

Voilà pourquoi notre pays aspire à retrouver confiance, sérénité, apaisement. Surtout avec cette crise qui mine les mécanismes de solidarité, qui appelle à des efforts et qui exige une mobilisation collective.

J’entends un candidat qui ne l’est pas encore et un président qui ne le sera peut-être plus dans quelques mois, évoquer des referendum sur de nombreux sujet, dans l’hypothèse où il serait reconduit. Pourquoi n’y a t-il pas pensé plus tôt, sur le paquet fiscal, sur les retraites, et même sur la TVA ? J’imagine la réponse que lui aurait adressée le peuple français. Mais je vais vous dire le fond de ma pensée sur la meilleur façon de consulter les citoyens sur leur avenir. Nous sommes à la veille de deux scrutins majeurs, l’élection présidentielle d’abord, les législatives ensuite. Que chaque candidat présente son projet, donne ses intentions, précise ses engagements, donne sa vision. Et que les Français choisissent. Le prochain referendum c’est l’élection présidentielle. Veut-on continuer la politique menée depuis cinq ans ou veut-on en changer ? Veut-on poursuivre avec le candidat sortant, ou veut-on changer de président ? Veut-on prolonger le présent ou changer d’avenir ? Alors venez voter le 22 avril puis le 6 mai.

Je veux renouer avec la promesse républicaine. Et la première promesse de la République, c’est l’Ecole.

Je veux que la France retrouve les chemins de l’avenir avec confiance, avec puissance, avec tranquillité.

Je veux le redressement de la France. C’est ce que je vous propose. Ce redressement, il est bien entendu économique, budgétaire, industriel, mais il est aussi et surtout moral et intellectuel. Tout se tient.

La connaissance, le savoir, l’Ecole, ce ne sont pas seulement des dépenses, ce sont des investissements. En termes économiques, la France n’a pas les résultats éducatifs lui permettant de préparer son avenir. De même qu’il y a une corrélation étroite entre la qualification et l’emploi, il y a une corrélation étroite entre les performances scolaires et le niveau de croissance.

Les dernières années n’ont pas été bonnes. Les classements internationaux sont inquiétants. Derrière ces chiffres, il y a une réalité humaine, et je la connais. Des parents inquiets, des élèves parfois en souffrance et trop souvent en difficultés, des professeurs fatigués qui ont le sentiment de ne pas être soutenus par la République. Des classes surchargées, des enfants encore trop souvent laissés sans enseignant, des manuels scolaires pas imprimés à temps, le manque d’équipements sportifs de proximité...

Et, surtout, l’échec scolaire, inacceptable, une forme de scandale, un incroyable et inadmissible gâchis national : 150000 jeunes qui sortent chaque année sans qualification ni diplôme, des inégalités sociales parmi les plus fortes des pays industrialisés, et qui s’accroissent, des performances en lecture et en mathématiques qui régressent, près de 40% des élèves qui arrivent au collège avec une trop faible maîtrise de la langue écrite.

Il y a là une grave injustice et une plaie pour notre démocratie : comment imaginer que tant de jeunes sortent du système éducatif avec ce que l’on a appelé un sentiment de « vaincus » sans que cela n’entame notre cohésion sociale, notre civisme, notre pacte républicain ? De surcroît, en faisant des économies sur l’école, en l’affaiblissant, on a amputé notre potentiel de croissance à moyen terme.

 Je ne peux l’accepter.

Non l’échec scolaire n’est pas une fatalité ! Non, la performance des uns ne se nourrit pas forcément du recul des autres ! On veut trop souvent nous faire croire que pour que les uns réussissent les autres devraient trébucher ! Les raisons de l’ampleur de l’échec scolaire en France sont ailleurs, dans cette “machine à trier” qu’est devenue notre Ecole. Il faut désormais lancer la bataille culturelle sur la question, pour faire évoluer les mentalités.

Pour être vraiment une Ecole de l’excellence, alors l’école française doit être plus égalitaire.

Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’avant, tout était parfait. Ce serait là un argument paresseux auquel je me refuse. Il ne s’agit pas pour moi d’entretenir une nostalgie, de cultiver l’illusion d’un âge d’or qui n’a jamais existé.

Je veux inventer du neuf. Je veux une refondation.

Ces cinq dernières années, la France a perdu beaucoup de temps et de force. Nous héritons d’une dette éducative au même titre que d’une dette financière, et de la même ampleur.

Chacun le sait : les premières années de la scolarité sont déterminantes. Lorsque des difficultés ne sont pas traitées dès les premiers apprentissages, il est très difficile de les corriger ensuite. Les élèves qui peinent à la fin du CP ou du CE1 éprouvent des difficultés tout au long de leur scolarité et leur insertion professionnelle sera la plus compromise.

Certes, la France dispose d’écoles maternelles qui nous sont enviées dans le monde entier. C’est une excellence française. Celle-ci a été attaquée. Le taux d’accueil des enfants de moins de trois ans est passé depuis 2000, de 35 à 13%. La formation initiale et continue, si nécessaire, et le respect dû aux maternelles, à leur personnel, à leur pédagogie, ont été aussi mis à mal.

Mais la France connaît un encadrement trop faible dans son enseignement primaire : 15% de moins en moyenne que les pays développés. Cette situation n’a pas été corrigée. Elle a même été aggravée.

S’ajoute à cela la suppression, en 2008, d’une demi-journée de classe en primaire, ce qui conduit à une année scolaire sans équivalent dans aucun autre pays, avec seulement 140 jours de classe par an. Mais des journées plus longues, auxquelles on a rajouté désormais des cours à la pause du déjeuner, en contradiction totale avec toutes les recommandations sur les rythmes d’apprentissage.

 C’est pourquoi j’ai décidé de faire de l’école maternelle et de l’enseignement primaire une priorité de mon action. Il faut commencer par le commencement. Il faut investir là où l’action éducative est la plus efficace.

Je remonterai le taux de scolarisation chez les enfants de moins de trois ans, en priorité dans les zones de grande difficulté scolaire.

 De manière à protéger l’école maternelle, qui ne doit plus jamais être une simple variable d’ajustement budgétaire, comme cela a malheureusement été le cas ces dernières années, je créerai une réelle obligation d’accueil pour le service public à partir de l’âge de trois ans et je la ferai respecter.

 L’encadrement scolaire doit être renforcé en particulier dans les écoles qui cumulent le plus de difficultés et aux moments-clés de la scolarité ; pour cela, je m’engage à ce que le principe dit “de plus d’enseignants que de classes” soit adopté et mis en oeuvre.

Je ferai en sorte que les enseignants des classes charnières et décisives pour les apprentissages fondamentaux soient les plus expérimentés.

Les rythmes scolaires devront être réformés pour donner aux élèves le temps d’apprendre, en allongeant le temps scolaire sur l’année et sur la semaine et en diminuant les surcharges journalières, sans diminuer le temps passé à l’école.

Les évaluations permanentes, qui aujourd’hui accablent les professeurs, les empêchent d’enseigner, angoissent les enfants et leurs parents, seront supprimées.

Je suis favorable à l’évaluation de l’Ecole, mais à une évaluation indépendante et incontestable ; c’est ce principe que je ferai adopté.

Les pédagogies doivent évoluer, le travail en équipes doit être encouragé, le recours aux exercices, à l’implication des élèves, le changement des modes d’évaluation, tout ce qui concourt à enseigner différemment, à favoriser l’épanouissement de chaque élève, à organiser la progression et la réussite de tous, tout cela sera développé. Je veux la coopération plutôt que la compétition. C’est ainsi que l’Ecole sera une Ecole de l’excellence.

Il existe désormais un socle commun de compétences et de connaissances, inscrit dans la loi. Nous ne reviendrons pas sur ce principe. Les programmes de l’école primaire et ceux du collège devront, en concertation avec les personnels, être revus afin d’être en cohérence avec ce nouveau socle qui devra lui-même être repensé.

Les systèmes éducatifs les plus performants sont ceux qui assurent une formation initiale et continue des professeurs de qualité. L’actuel gouvernement l’a presque entièrement détruite. Pour des raisons budgétaires, à l’évidence. Pour des raisons idéologiques aussi, n’en doutons pas. Mesurons la gravité de ce geste, et ce qu’il en coûte à la Nation. La Cour des Comptes vient d’en faire le procès.

 Je rétablirai donc une formation initiale et continue des professeurs digne de ce nom.

 Les universités conserveront la responsabilité de cette formation. Au sein de ces universités, les actuels IUFM se transformeront en Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education. Je souhaite que tous les professeurs, quels que soient leurs niveaux de recrutement, qu’ils se destinent à enseigner en maternelle ou à l’université, partagent un moment de formation commun dans ces nouvelles Ecoles Supérieures. C’est cela aussi, la République. Dans ces Ecoles, les enseignements théoriques et pratiques, mais aussi la recherche pédagogique, à laquelle nous donnerons de nouveaux moyens, seront réunis.

L’année de stages sera rétablie.

Pour remédier à la crise du recrutement, mais aussi pour redonner à l’Education nationale son rôle exemplaire de promotion sociale et républicaine, pour permettre aux étudiants de milieux modestes qui souhaitent devenir enseignants mais ne peuvent financer des études longue de le faire, une filière de prérecrutements sera mise en place. Dès la licence, les étudiants intéressés pourront se présenter à ces recrutements.

Le collège concentre, depuis longtemps, bien des difficultés. Mais il y a longtemps qu’il n’est pas, contrairement à ce que j’entends, un collège unique et uniforme où tous les élèves seraient passés à la toise.

Les difficultés, je l’ai dit, il faut les résoudre en amont : comment réussir le collège si 40% des élèves qui entrent en sixième sont déjà en difficulté ?

Ne rallumons pas de fausses oppositions qui ont fait tant de mal à l’Ecole, qui n’ont pas de justification, ni pratique ni théorique, qui trop souvent ne font que refléter le goût de la polémique et de la querelle.

 Il n’ y a pas d’un côté l’instruction, et de l’autre l’éducation ; il nous faut les deux, nous voulons les deux, parce que l’Ecole doit former tout à la fois un travailleur, un citoyen, un homme.

Il s’agit là d’un véritable choix de société.

Ce qui fait la force des systèmes éducatifs qui marchent le mieux, c’est l’importance et la durée du tronc commun. C’est pourquoi je refuse totalement les orientations précoces proposées par l’actuel gouvernement. Vouloir orienter les élèves dès la fin de la cinquième, c’est accentuer les défauts de notre système, c’est trier encore et plus tôt, c’est aggraver encore les inégalités, c’est abaisser le niveau général d’éducation, c’est faire le contraire de ce que font toutes les nations dont les écoles sont performantes et justes, c’est renoncer à la belle ambition que portait le collège unique, c’est revenir en arrière de près d’un demi-siècle. Bref, c’est entrer dans l’histoire à reculons.

Je m’y refuse.

Ce qu’il faut, ce que je veux, c’est l’inverse : permettre à chacun de construire ses choix positivement, lui donner la possibilité d’acquérir les moyens de sa culture, de sa citoyenneté, de sa liberté dans un collège qui réunit tous les enfants de la République, et faire de nos filières professionnelles des vraies filières d’excellence, avec des orientations positives et des débouchés assurés. Aujourd’hui ce n’est pas le cas.

C’est pourquoi je veux une réforme de l’orientation, qui puisse conduire à respecter le premier choix et à garantir le second, si nécessaire. Je veillerai à ce que les élèves de l’enseignement professionnel, ainsi que leurs enseignants trouvent le soutien et la reconnaissance d’une nation qui a besoin de développer ses capacités productives et qui a besoin d’eux. Du CAP au diplôme d’ingénieur, c’est bien une élite professionnelle que nous devons former avec énergie et enthousiasme.

Je veux que les lycées d’enseignement général, technologique, agricole et professionnel, se rapprochent et que les jeunesses se mêlent.

Je réserverai aux bacheliers des filières technologiques et professionnelles les formations du supérieur qui étaient prévues pour eux et qui aujourd’hui leur sont trop souvent fermées.

Jean Zay était ministre de l’Education, mais aussi des Beaux-Arts, car, et c’est bien ce que disaient les instructions de 1938, ce sont des travailleurs, des citoyens, des hommes complets qu’il convient de former dés l’enseignement primaire en leur donnant « (...)le goût de l’action et l’exaltante admiration des belles oeuvres ». Chaque élève doit y avoir accès, quel que soit son milieu social, le quartier ou la commune où il vit, quel que soit son degré et sa filière d’enseignement.

C’est ce que Jean ZAY nommait un « enseignement humaniste ». C’est bien dans cette tradition que nous devons inscrire notre action.

C’est pourquoi je lancerai un grand plan pour l’éducation artistique. Je le conçois comme fondé sur des partenariats entre tous les établissements scolaires et des institutions culturelles ou des artistes, comme dispensant un enseignement à l’histoire des arts intégrés aux programmes scolaire, avec un volet de formation des enseignants et des espaces dédiés à la pratique artistique dans les établissements scolaires.

C’est pourquoi je développerai la culture scientifique, qui ne doit pas être seulement un instrument de sélection mais une culture de l’expérience, de la recherche, de l’observation, de la créativité.

C’est pourquoi je favoriserai la pratique du sport et, pour cela, le développement d’équipements sportifs aujourd’hui en nombre très insuffisant.

C’est pourquoi je veux aussi un grand progrès et un grand effort pour les nouvelles technologies qui ne doit pas porter que sur les matériels mais sur leurs usages, leurs contenus, leurs ressources pédagogiques.

C’est pourquoi je demanderai aux collectivités locales, dont je rappelle le rôle précieux, que je conforterai, aux mouvements d’éducation populaire, dont les valeurs, la présence, l’engagement et les compétences sont indispensables, de s’engager à nos côtés dans cette oeuvre de refondation.

Artistes, savants, sportifs, toute la Nation doit participer à ce mouvement de redressement, de justice et d’espérance auquel je vous invite autour de notre jeunesse.

Enfin, je ne néglige pas le redressement moral.

Le savoir doit être valorisé. Personne ne doit être jugé indigne de lire “La Princesse de Clèves”.

Le mérite ne sera pas un héritage qui se transmet mais un effort qui sera encouragé et récompensé.

Le respect doit être exigé, de tous et partout. L’exemple doit être donné, surtout par ceux qui occupent les plus hautes fonctions.

L’Histoire ne doit pas être manipulée mais enseignée.
Je rétablirai l’enseignement de l’histoire en terminale scientifique.


L’autorité doit être restaurée. Une véritable autorité fondée sur les qualités morales et intellectuelles, reconnues, et sur l’exemplarité de celui qui la détient.

La sécurité doit être assurée. Malheureusement, et en dépit de trop de gesticulations, ce n’est pas le cas aujourd’hui. Tirant la leçon de toutes les études dont nous disposons, j’ai proposé d’augmenter la présence des adultes dans les établissements, de permettre le nécessaire travail en équipe et surtout la stabilité de ces équipes, et enfin la création d’un nouveau métier chargé de la sécurité et de la prévention. Je traiterai cette question sans jamais céder à la démagogie ou à la facilité, mais avec la plus implacable intransigeance face à la violence.

La morale doit être enseignée, la même morale pour tous. Parce que chacun doit mesurer qu’il a des droits mais aussi des devoirs ; et qu’il appartient à tout citoyen de savoir concilier sa liberté avec celle de tous les autres. Pour enseigner cette morale commune, je fais confiance aux enseignants que je ne crois pas en cette matière inférieure aux hommes de religion.

La laïcité doit être expliquée, revendiquée, réfléchie. Une laïcité qui n’a pas besoin d’épithète. Mais qui s’applique dans les lieux scolaires. Pour préserver la liberté de chacun et assurer la protection de tous.

Mes chers amis,

Ce que je vous propose, c’est un nouveau contrat entre l’école et la Nation, un pacte éducatif.

Cela a un sens précis : l’Ecole est l’affaire de toute la Nation, parce qu’elle prépare la Nation de demain. Elle n’est pas une politique sectorielle, elle n’est pas un simple domaine d’action de l’Etat, elle n’est pas l’affaire des seuls professionnels.

 C’est pourquoi je veux qu’elle engage toute la Nation ; les professeurs bien entendu, les grands mouvements d’éducation populaire, les parents et les familles, les collectivités locales, les forces vives de la Nation.

Je veux la concertation, la concertation jusqu’au bout. Avec tout les personnels de l’école, avec les parents, avec les élèves aussi.

 Lorsque l’enseignant pénètre dans sa classe, il doit se souvenir que tout élève est éducable, que tout élève à son droit, et il doit, selon la magnifique formule d’Alain,« donner d’abord ».

Il n’y a pas ceux qui peuvent et ceux qui ne peuvent pas, il y a en chacun une puissance qu’il faut délivrer, une lumière qu’il faut allumer, un désir qu’il faut éveiller, un droit qu’il faut honorer, une dignité qu’il faut respecter.

La politique aussi est une pédagogie.

Je sais que tous les acteurs de l’Ecole mesurent aujourd’hui l’importance de ce que nous avons à faire, ensemble, pour notre patrie ; je sais aussi leurs préventions, leurs défiances, et comment pourrais-je ne pas les comprendre quand je vois toutes les attaques, parfois appelées réformes, qu’ils ont dû subir ? Je respecte tous les points de vue, toutes les expériences, et je propose à chacun d’entrer dans cette concertation sans exclusive et sans a priori.

 Mais de même que l’apprentissage consiste à abandonner son point de vue pour s’ouvrir à celui des autres, à voir les choses du plus grand nombre de point de vue possible, nous devons faire effort pour construire, à partir de là, une perspective commune.

 Notre seul guide doit être l’intérêt des élèves et l’intérêt de la Nation.

Viendra le moment, j’annonce une méthode : une large concertation puis une loi. J’ai fixé un calendrier. Négociations durant l’été, loi d’orientation et de programmation à l’automne. C’est le rythme que nous devrons tenir.

Je prendrai toutes mes responsabilités.

La belle tâche d’enseigner et d’éduquer notre jeunesse, nous la confions aux professeurs. C’est une tâche difficile et c’est une tâche importante.

Nous sommes et nous serons à leurs côtés. Et je demanderai aux Français de se tenir à leurs côtés.

Pour former des citoyens libres, il faut des professeurs libres, libérés de toutes les tutelles et de toutes les Eglises, des modes, de l’argent. Il faut, comme le disait déjà Jules FERRY, « que vous ayez autant de liberté que de responsabilité ».

Ce n’est pas là l’autonomie de la droite, celle des chefs d’établissement transformés en patrons, des écoles en entreprises, la concurrence s’installant entre professeurs, élèves, établissements.

Je leur donnerai aux enseignants la confiance qu’ils attendent avec la responsabilité qui est la leur. La confiance ne peut se restaurer en opposant les uns aux autres selon les niveaux en payant à la tâche.

 Elle ne peut revenir si, obsédé par le statut, on laisse ainsi entendre que les piètres résultats de notre système seraient liés à l’insuffisance d’engagement des professeurs. C’est inexact, et c’est injuste.

Quel avenir a un pays qui a tant maltraité ses professeurs qu’il se trouve incapable aujourd’hui d’en recruter suffisamment pour assurer ses besoins d’instruction et d’éducation ?

Refuser d’entrer dans la discussion du statut, ce n’est pas pour autant considérer que le métier ne doit pas évoluer, que ses missions ne doivent pas être discutées. Si nous voulons réformer les rythmes scolaires, si nous voulons permettre un meilleur travail en équipes, si nous voulons que les cycles, les transitions, l’orientation se passent mieux, si nous sommes prêts alors à reconstruire une formation des professeurs, initiale et continue digne de ce nom, alors pourquoi ne pas discuter aussi du métier d’enseignant pour le faire évoluer, le rendre plus attractif, plus heureux, plus efficace et qu’il puisse atteindre ses nouveaux objectifs ?

Je veux que cette discussion soit conduite franchement, dans la sincérité, le sérieux, la transparence, car elle est au coeur de la réussite que nous voulons construire ensemble. Notre capacité à améliorer les résultats de l’école, à vaincre l’échec scolaire, à corriger les effets de reproduction sociale, à améliorer nos performances dépendent d’abord des femmes et des hommes qui font vivre au jour le jour notre institution et de leurs pratiques.

Depuis longtemps, la France accumule sans cesse des réformes, bouleverse son école, mais la vision d’ensemble manque, et les progrès ne sont pas au rendez-vous. Les professeurs, les différents personnels sont fatigués de cette remise en cause permanente, de ces injonctions, de ces dispositifs, de cette accumulation d’obligations nouvelles sans grand dessein et qui finissent par donner l’impression de n’être là que pour habiller des renoncements et des manques.

C’est pourquoi j’ai fait le choix de la refondation. Les Français l’attendent. Ils y sont prêts. Je sais que les professeurs le sont aussi.

 On me dit : “Vous courez un risque”. Peut être, mais le risque pour la France, si nous ne faisons pas cette réforme, sera beaucoup plus grand. Peut-être, mais c’est un beau risque à courir.

J’ai annoncé que je rétablirai les postes supprimés ces cinq dernières années dans l’Education nationale : 60000 sur les 77000.

Cela a fait débat. Mais c’est la condition.

Comment rétablir une formation des enseignants, initiale et continue, comment mettre la priorité sur la lutte contre l’échec scolaire et en particulier dans les quartiers où se concentrent les plus grandes difficultés, sans rétablir les moyens nécessaires ?

 Il faudra relancer une politique d’éducation prioritaire sérieuse et dotée de moyens véritables : équipe pédagogique, temps de travail, affectation, déroulement de carrière et pérennité des équipes, coordination avec les autres institutions, formation continue spécifique....

Les réseaux d’aides aux enfants en difficulté ont été laminés. Je les rétablirai.

Les personnels nécessaires à l’accompagnement des élèves en situation de handicap n’ont pas été renouvelés. Des auxiliaires de vie scolaire seront nécessaires.

La médecine scolaire est laissée en jachère. Les postes ne sont pas pourvus, et la prévention ne peut faire son office.

Comment fera-t-on tout cela sans créer de postes ? Professeurs, personnels d’encadrement et de direction, médecins, psychologues, infirmières, auxiliaires de vie scolaire : nos enfants ont besoin d’eux.

Nous aurons besoin aussi de mieux organiser la transition entre nos lycées et notre enseignement supérieur. Trop d’élèves se retrouvent désorientés en entrant à l’Université et, finalement, abandonnent leurs études. Il n’est pas acceptable que nous ayons de moins en moins d’étudiants et un tel échec dans nos premiers cycles. J’accorderai une part de l’effort de la Nation à l’Université pour réussir cette transition.

Je suis prêt à tous les débats. Mais je refuserai toutes les hypocrisies.

La France a besoin de clarté, de raison et de justice. Elle a besoin de retrouver la volonté de progresser, de réussir.

En venant ici, à Orléans, honorer la mémoire de Jean ZAY, je ne suis pas venu seulement honorer une mémoire, même si elle le mérite ; je suis venu me ressourcer à une tradition, y puiser le sens et l’énergie de la tâche qui est la nôtre pour demain.

Je veux agir pour la France à cinq ans, à dix ans, à vingt ans. C’est le temps de la véritable action publique.

 Cette tâche je veux l’énoncer simplement, et je veux réunir l’ensemble des Français autour d’elle : c’est la promesse républicaine qu’il nous faut reprendre, c’est la priorité à la jeunesse, c’est la refondation de notre école et du pacte éducatif.

Je sais que tous les républicains de progrès peuvent se réunir autour de ce projet s’il est conduit avec rigueur, sincérité, obstination.

La France est un grand pays, qui a de grandes ressources ; elle peut surmonter la crise d’avenir qui la ronge et l’affaiblit. Il y faudra des efforts. Nous en ferons, ensemble.

Il y faudra de la constance. De la précision, de l’exigence, du respect aussi. Ils seront présents au rendez-vous. Pas besoin de bousculer les choses, pas besoin de déprécier les autres.

La France a besoin d’un vrai débat, et non de fausses querelles.

Je pense à ces déclarations brutales, prétendant briser les consensus en se présentant comme la voix du “bon sens”, et qui ne sont que des provocations semant la discorde et ternissant notre image nationale.

Et le courage, ce n’est pas l’injustice, alors qu’il n’est qu’agitation et virevolte.

Dans une tourmente financière qui déstabilise les Etats, devant une récession économique qui s’installe, face à une crise politique et morale, les manoeuvres visant à diviser, à opposer les Français les uns aux autres sont à la fois dérisoires et dangereuses.

Les Français ont besoin de rassemblement.

Le rassemblement, ce n’est pas l’union nationale ! Il y aura toujours des sensibilités, des histoires personnelles. Il y aura toujours des hiérarchies à établir dans les priorités d’une Nation. Il y aura toujours de grands choix à faire, quelle que soit la gravité de la situation, et des grands choix à faire en fonction de ses convictions, de la vision que l’on se fait de son pays et de son avenir. Il y aura toujours -et c’est tant mieux !- la gauche et la droite. Cela est nécessaire.

Le rassemblement, c’est le respect de ces différences, c’est l’écoute attentive de tous, c’est la volonté d’avancer ensemble, c’est l’affirmation tranquille de ses convictions, mais c’est d’abord la recherche obstinée de l’intérêt général, la reconnaissance de l’intérêt supérieur de la Nation.

Je veux, pour la France, l’unité, le rassemblement, la réconciliation, la concorde.

 Devant l’ampleur de la tâche à accomplir, face à la gravité des défis à relever ensemble, je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour ne jamais attiser d’inutiles dissensions.

Je m’engage, devant et pour les Français à toujours agir avec volonté, à travailler avec méthode.

Oui, avec méthode.

Commencer par le commencement, c’est la bonne méthode, quand d’autres veulent commencer par la fin.

Or le commencement, c’est l’Ecole.

En faisant de l’Ecole une priorité de mon action, je veux redonner à notre pays une ambition et une espérance.

Le moment est venu.

Vive la République ! Vive la France !

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L'observateur critique des médias

 

acrimed-manuel

 

Sur le site d’Acrimed, un petit manuel de l’observateur critique des médias (22 pages).

ce texte a été rédigé en 2004 par Henri Maler (pour Acrimed) et Pierre Rimbert (PLPL - Pour Lire Pas Lu).
Une version partiellement actualisée est à télécharger en pdf.


dans le sommaire, entre autres :
http://www.acrimed.org/article1446.html
. Faire usage des ressources disponibles
. Rendre visible ce qui est visible et ... ce qui est moins visible.
. Tous médias confondus : lexique, postures, silences, figures imposées, amnésies.
. L’observation critique des médias, pour quoi faire ? - Pour faire savoir - Pour cesser de laisser faire.


- Reconnaître les figures imposées :
. La domination (la marque du « racisme de classe » et du « racisme de l’intelligence»)
. La promotion et les renvois d'ascenseurs au sein d'une élite auto-proclamée
. La dépossession. « L'art de priver de parole ceux-là même à qui l’on donne la parole, quand on la leur donne ».
. Les sondages, le moyen de faire dire au peuple ce que pensent des journalistes…


A compléter pour l'organisation économique de la presse et de la TV de la TNT, sous le contrôle des marchands d'armes dont la fortune vient des commandes d'Etat ... (cf Dassault, Lagardère...), ce qui leur permet de soutenir des discours anti-Etat et anti-service public.

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Agrégation de maths : démissions

 

- Agrégation externe de mathématiques : Démission d’un quart du jury

Trente mathématiciens, soit plus d’un quart du jury 2011, ont décidé qu’il n’était plus possible d’assister passivement à la destruction du système de formation et de recrutement. Ils ont pris la grave décision de démissionner et de rendre publiques les raisons de leur geste.

Le texte (copie ci-dessous) et la liste des démissionnaires :

http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article5351

http://sciences.blogs.liberation.fr/


- CAPES: la crise de recrutement s’aggrave

« Au total, pour le concours externe 2012 des CAPES disciplinaires, il y a 6314 admissibles pour 4847 postes ( soit une proportion admissibles/postes de 1,30 ) contre 7492 admissibles pour 4881 postes au concours externe 2011 des mêmes CAPES disciplinaires ( soit une proportion admissibles/postes de 1,53 ) ».

Simple conséquence de l'extension à bac +5 des études, ou volonté délibérée de torpiller les concours de recrutement et la fonction publique ?
http://blog.educpros.fr/claudelelievre/2012/02/14/capes-la-crise-de-recrutement-saggrave/

.

« Le système éducatif français est en crise, la situation est grave.
La crise apparaît d'abord dans l'asphyxie des moyens. Les fermetures de classes se succèdent à un rythme accéléré dans les écoles primaires, les collèges et les lycées. Les universités n’arrivent pas à accueillir décemment les étudiants ; elles sont précipitées dans une course effrénée aux financements. Il y a une baisse alarmante des effectifs dans les études scientifiques ainsi que dans les filières professionnelles. Les mesures indignes prises récemment à l'encontre des étudiants étrangers aggravent encore la situation. Élèves, étudiants, parents, chefs d'entreprises, enseignants, tous perdent peu à peu confiance dans notre système de formation.

Un signe alarmant est la désaffection croissante des étudiants pour le métier de professeur. Amorcé au début des années 2000, le phénomène a connu en 2011 une accélération brutale, effet immédiat de l'entrée en vigueur de la réforme de la formation et du recrutement (connue sous le nom de « masterisation »). Par exemple, au CAPES externe de mathématiques, où il y avait 846 postes ouverts en 2010 et 950 en 2011, le nombre de candidats présents aux épreuves écrites est passé de 2695 en 2010 à 1285 en 2011 (-53%), le nombre d'admissibles de 1919 à 1047 (-46%), le nombre d'admis de 846 à 574. Ainsi, l'effondrement du nombre de candidats a été tel que le jury n'a pu pourvoir en 2011 que 60% des postes offerts. De tels chiffres se passent de commentaire.

Sans être encore aussi catastrophique, la situation de l'agrégation n'en est pas moins alarmante : le nombre de candidats présents à l'écrit a régulièrement baissé depuis 2006 (ils étaient 1853 en 2006 et 1124 en 2011), alors qu'en même temps le nombre de postes augmentait. Les effectifs des préparations au CAPES ou à l'agrégation restent cette année à un niveau très bas. Pourtant le besoin en professeurs est énorme. Les rectorats en sont à publier des petites annonces pour rechercher les professeurs de mathématiques qui leur manquent. On recrute ainsi dans l'urgence des personnels précaires, non qualifiés et sans formation professionnelle. Les zones « difficiles » sont les premières touchées, ce qui va à l’encontre de l'égalité des chances et compromet la vie des générations à venir.

Pour une très grande part, la crise de l’école provient des déséquilibres de la société et de l’économie, dans le monde comme en France, entraînant une perte de confiance et des difficultés d’adaptation. Ceci devrait être une raison de plus pour faire de l'école une priorité, un devoir pour la nation afin de mieux préparer l’avenir.

Pour améliorer l’école il faut reconnaître ses problèmes. Notre système éducatif a certainement ses faiblesses, qu’il faut corriger. Cependant il a aussi des forces considérables, qu'il faut absolument préserver. L'une d'elles, reconnue dans le monde entier, était sa capacité de formation et de recrutement des enseignants, garantissant de très solides bases scientifiques et humanistes. Or dans sa frénésie de réformes, le ministère de l’éducation nationale est en train de détruire sciemment cette capacité.

Nous ne pouvons pas rester passifs devant cette entreprise de démolition.

La masterisation a été imposée sans aucune concertation, contre l'avis quasi unanime de la communauté éducative (cf. le récent rapport Jolion). L'exigence du diplôme de master pour tous les concours d’enseignants a détourné un grand nombre de candidats potentiels. Beaucoup des meilleurs étudiants, pour lesquels la deuxième année de master est une ouverture naturelle vers la recherche, ont déserté les préparations à l'agrégation. D'un autre côté, des étudiants moins brillants ont reculé devant la difficulté supplémentaire que représentait le master. Le flux, modeste mais régulier, et bénéfique, de candidats venus d'autres secteurs d'activité professionnelle pour une reconversion a été stoppé net.

L'un des aspects les plus graves de la réforme en cours est l'attribution d'un service d'enseignement à temps plein aux lauréats, juste après le concours. Cette mesure n'a aucune autre justification que l'exigence d'économies budgétaires. Elle a d'ailleurs été désapprouvée par le Conseil d'État. La formation professionnelle est ainsi sacrifiée. Une réforme aurait dû avant tout motiver les étudiants et les mettre dans les meilleures conditions de préparation. C'est exactement le contraire qui s'est produit.

La masterisation a déjà changé le visage de l’agrégation, en diminuant fortement le nombre des candidats. Or ce concours est un des points les plus forts de notre système. Son intérêt principal est de garantir un recrutement de qualité indiscutable. Le stage qui suivait l’admission complétait la formation professionnelle. Les conditions nouvelles d’inscription ont changé la donne, là où il n’y avait aucune nécessité. Une conséquence de la suppression de l'année de formation professionnelle après le concours a été l’introduction de l’épreuve « agir en fonctionnaire de l'état et de façon éthique et responsable », censée tester la déontologie et les qualités humaines du candidat en un quart d’heure lors de l’oral, plutôt qu’au cours d'une année d'apprentissage sur le terrain. Le jury de l'agrégation de mathématiques, pratiquement unanime, avait lors de la session 2010 indiqué dans une motion rendue publique son opposition à l'instauration de cette nouvelle épreuve dans ces conditions. Plusieurs jurys d'autres disciplines en avaient fait autant. La moitié du jury de l’agrégation de philosophie avait même démissionné pour protester contre l’absurdité de l’épreuve « agir ». Le ministère n'a même pas daigné répondre à ces critiques. Au contraire, il s'est ingénié à dénaturer encore plus le concours en y introduisant des contraintes nouvelles (certification en informatique et en langues, à un niveau clairement irréaliste), toujours sans concertation et sans préparation.

À ces contraintes s'est ajoutée une complication supplémentaire : le ministère a imposé à tous les jurys un calendrier extrêmement serré qui, pour les concours à gros effectifs comme celui de mathématiques, a transformé la session d'oral 2011 en un marathon très difficile à gérer. Annoncé comme exceptionnel par le ministère, ce resserrement du calendrier a été accepté par notre jury, soucieux de préserver l'agrégation, de permettre aux candidats de faire valoir leur travail de préparation, et d'assurer aussi bien qu'il le pouvait le recrutement de professeurs pour pourvoir les 288 postes mis au concours en 2011.

Mais les membres du jury ont en même temps voulu renvoyer à leur tutelle un message d'alerte exprimant leur inquiétude quant à la détérioration du concours et plus généralement des conditions de formation et de recrutement des professeurs. Cette démarche n'était pas destinée à être rendue publique, mais un nouveau diktat ministériel concernant la session 2012 a mis le feu aux poudres : le calendrier, loin de redevenir normal, allait être encore plus resserré ; le jury disposait de moins de temps alors que vingt postes de plus étaient à pourvoir. La seule façon d'organiser le concours en respectant les délais imposés et sans porter atteinte à l'équité des épreuves pour tous les candidats serait de diminuer le nombre d'admissibles : prendre une telle décision pour des raisons purement administratives est pour nous inacceptable.

Une lettre circonstanciée, signée par une grande majorité des membres du jury 2011, fut adressée au ministre, détaillant nos inquiétudes sur le fond, et lui demandant surtout de revoir les dates d’oral (nous suggérions par exemple de moduler celles-ci suivant les effectifs de chaque concours). Le mécontentement était tel que les signataires faisaient part de leur intention de ne pas siéger en 2012 s'ils n'obtenaient pas de réponse. Il y eut certes une réponse, mais indirecte et accablante : adressée au président du jury, elle le chargeait en quelque sorte de calmer ses troupes, maintenait les contraintes absurdes du calendrier et ne disait pas un mot des questions de fond. Aussi, trente d'entre nous, soit plus d'un quart du jury 2011, ont décidé qu'il n'était plus possible d'assister passivement à la destruction de notre système de formation et de recrutement. Ils ont pris la grave décision de démissionner et de rendre publiques les raisons de leur geste. Le mépris avec lequel la DGRH et le ministère ont traité leur personnel à cette occasion va bien avec le fond et la forme des réformes récentes. C’est contre tout cela que les démissionnaires protestent aujourd’hui.
La protestation de membres d'un jury d'agrégation peut apparaître comme dérisoire au regard de la crise que traverse la société, en particulier du chômage qui frappe 25% des jeunes. À ceux qui voient dans notre démarche une réaction élitiste, émanant de quelques privilégiés, nous disons que la formation de la jeunesse est la question clé aujourd’hui, et que nous refusons la destruction en cours des outils de cette formation. Quelle chance a-t-on d’entrevoir la sortie de la crise si on renonce à donner une formation de qualité aux futurs citoyens ?

Or les conséquences des réformes actuelles sont déjà visibles : on enverra dans les classes de jeunes professeurs moins motivés, moins bien formés scientifiquement, sans ou presque sans formation pédagogique ni professionnelle. Un gâchis patent, pour ces professeurs autant que pour leurs élèves. Le système d'éducation français a longtemps été un modèle. Il est urgent qu'il le redevienne. Nos universités devraient attirer des étudiants du monde entier. C'est particulièrement vrai en mathématiques, où l'école française est une des meilleures du monde. Mais ne nous y trompons pas, l'élite ne peut pas reposer sur du vide. Nosmédailles Fields ne sont pas une rente éternelle. La dégradation générale aura inévitablement des répercussions sur l'ensemble du tissu scientifique, et en particulier sur notre recherche de pointe. Il est urgent de redonner au métier d'enseignant l'éclat qu'il a perdu. N'attendons pas qu'il soit trop tard. En défendant un outil de formation et de recrutement efficace, c'est à l'avenir de tous les jeunes que nous pensons ».

http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article5351

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15 février 2012

Enseignant, un travail en miettes..


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Les Temps Modernes - source http://garbagedayreviews.wordpress.com/
Une usine où l'on ne produit aucune automobile...


Le taylorisme entre dans l’école française
Sébastien Massonnat - Enseignant, militant syndical Snes-FSU - Libération Rebonds
http://www.liberation.fr/societe/01012389756-le-taylorisme-entre-dans-l-ecole-francaise

Un siècle après celui de l’usine, le monde enseignant doit affronter une tentative de confiscation de l’autonomie que confère au travailleur son métier.

« … la taylorisation rampante (du métier d’enseignant) au nom de la gestion s’accélère avec le recyclage des inspecteurs pédagogiques en « bureau des méthodes qui élabore des fiches d’instruction et détermine les temps et les mouvements, l’outillage, les vitesses » et avec le renforcement des pouvoirs des chefs d’établissement, évaluateurs étrangers au métier, «contremaîtres qui enserrent l’ouvrier dans un réseau de formation et de surveillance technique» (Taylor, 1912) ».

« A l’école, faute de pouvoir mécaniser ou tout dématérialiser, c’est sur les seuls professeurs que reposent les gains de productivité : leur faire accepter de coûter toujours moins suppose d’étendre les pouvoirs du contremaître - le management par la peur - et de mettre en miettes le métier pour que les solidarités qu’il produit n’entravent pas le management par la concurrence ».


Toute analogie a son intérêt et ses limites. Naguère, la taylorisation était présentée comme une chasse aux temps morts (cf les Temps Modernes), la source d'un salaire accru pour l'ouvrier, et pour le patronat un moyen de réduire le nombre des ouvriers ou des ouvrières à salarier. Taylor y voyait une forme possible d'association entre Capital et Travail. Les historiens y ajoutaient le travail à la chaîne, la standardisation et le compromis fordiste (attirer et stabiliser des ouvriers immigrés par de meilleurs salaires, des salaires insuffisants pour acheter une Ford T).
Le compromis fordiste a été sévérement critiqué. Aujourd'hui, les néo-libéraux l'ont rappelé par une course générale aux bas coûts et aux bas salaires. cf l'exemple récent de Renault en Roumanie (300 euros par mois) ou au Maroc. Est-ce la meilleure manière de réamorcer la pompe et de faire marcher une économie attentive au plus grand nombre ?

Fréderic W Taylor :
http://agora.qc.ca/Dossiers/Frederick_Winslow_Taylor

http://agora.qc.ca/Documents/Frederick_Winslow_Taylor-principes


- La taylorisation dans l'industrie. Un exemple, tiré du chapitre 2 de  The Principles of Scientific Management

Le contrôle des billes pour bicyclettes dans l'usine de Fitchburg, Massachusetts.
En décembre 1896, F.W. Taylor remplace le directeur de l'usine de Fitchburg à la « Simonds Company » .
Il s'intéresse d'abord aux ateliers de fabrication des billes et de polissage, il réorganise le service contrôle et met en place le salaire différentiel.
En 1898 les prix de vente s'étant effondrés, la « Simonds Company » rencontre de grosses difficultés et malgré l'amélioration de la productivité, l'usine est fermée.
source : http://manag.r.free.fr/theories_du_management_ecole_classique_taylor_la_vie_de_taylor.html

195. L'opération spéciale que nous voulons décrire ici est celle de la visite des billes de bicyclette avant leur emballage pour leur expédition (...) Le travail de visite était entièrement fait par des jeunes filles au nombre d'environ 120 payées à la journée.

199. (...) On adopta un système perfectionné de rémunération à la journée (...); pour chaque visiteuse, on tint un compte journalier exact tant de la quantité que de la qualité produites. Au bout d'un temps relativement court, cela permit au chef surveillant de stimuler l'action de toutes les visiteuses en augmentant le salaire de celles qui produisaient le plus et le mieux et en réduisant celui de celles qui se montraient inférieures aux autres, enfin en renvoyant les ouvrières dont la lenteur et le manque de soin étaient incorrigibles. Une étude soigneuse du temps fut faite avec un chronomètre (...). Cette étude montra que les jeunes filles perdaient en conversation une partie considérable de leur temps.

200. On les empêcha de bavarder pendant le travail en les plaçant à distance respectable l'une de l'autre ; les heures de travail furent réduites de 10 h. et demie d'abord à 9 h. et demie, puis 8 h. et demie par jour. Cependant le repos du dimanche après-midi fut maintenu. Deux pauses de 10 minutes leur furent accordées au milieu de la matinée et au milieu de l'après-midi; pendant ces pauses elles avaient le droit de se lever et de causer.

201. (...) On introduisit alors le travail aux pièces avec un taux différentiel s'appliquant (...) à une plus grande précision de la visite (...). Le travail de chaque ouvrière était mesuré chaque heure et on leur faisait connaître si leur allure était normale ou de combien elles étaient en retard.

203. Les résultats finaux de ce système (...) furent les suivants :
    a) 35 ouvrières firent le travail autrefois fait par 120;
    b) les ouvrières gagnèrent de 32,50 Fr. à 45 Fr. par semaine au lieu de 17,50 Fr. à 22,50 Fr.;
    c) elles ne travaillèrent plus que de 8 h. et demie par jour au lieu de 10 h. et demie;
    d) la précision du travail augmenta d'un tiers.

204. Le fait qu'on a pu avec 35 ouvrières faire le travail qui en exigeait autrefois 120, est dû non seulement à l'amélioration du travail de chacune par des méthodes supérieures mais aussi à la suppression des ouvrières paresseuses et peu productives remplacées par des jeunes filles ambitieuses.
(F.W. Taylor, La direction des ateliers, trad 1913)
http://ju.educanet2.ch/nicolas.barre/LCP_H/textes/08hgri/docs.html#taylori

http://ju.educanet2.ch/nicolas.barre/LCP_H/textes/tablgen/cadre.html


To come back to the girls inspecting bicycle balls, however, the final outcome of all the changes was that thirty-five girls did the work formerly done by one hundred and twenty. And that the accuracy of the work at the higher speed was two-thirds greater than at the former slow speed.

The good that came to the girls was,
First. That they averaged from 80 to 100 per cent. higher wages than they formerly received.
Second. Their hours of labor were shortened from 10 1/2 to 8 1/2 per day, with a Saturday half holiday. And they were given four recreation periods properly distributed through the day, which made overworkmg impossible for a healthy girl.
Third. Each girl was made to feel that she was the object of especial care and interest on the part of the management, and that if anything went wrong with her she could always have a helper and teacher in the management to lean upon.
Fourth. All young women should be given two consecutive days of rest (with pay) each month, to be taken whenever they may choose. It is my impression that these girls were given this privilege, although I am not quite certain on this point.

The benefits which came to the company from these changes were :
First. A substantial improvement in the quality of the product.
Second. A material reduction in the cost of inspection, in spite of the extra expense involved in clerk work, teachers, time study, over-inspectors, and in paying higher wages.
Third. That the most friendly relations existed between the management and the employés, which rendered labor troubles of any kind or a strike impossible.

http://www.eldritchpress.org/fwt/t2.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Taylorisme

 

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- Le compromis fordiste - Ford, My Life and Work
http://en.wikisource.org/wiki/My_Life_and_Work/

« Notre premier progrès dans l'assemblage consista à apporter le travail à l'ouvrier, au lieu d'amener l'ouvrier au travail ».

« La fixation du salaire de la journée de huit heures à cinq dollars fut une des plus belles économies que j'aie jamais faite, mais en le portant à six dollars, j'en fis une plus belle encore. Jusqu'où irons-nous dans cette voie, je n'en sais rien ».
http://clioweb.free.fr/textes/20ford.htm

« The payment of five dollars a day for an eight-hour day was one of the finest cost-cutting moves we ever made, and the six-dollar day wage is cheaper than the five. How far this will go, we do not know ».
http://dcrit.sva.edu/wp-content/uploads/1947/12/FORDmylife.pdf

1909 - prix unitaire : 950 $ -   18 664 automobiles produites
1912 - prix unitaire : 600 $ - 168 220 automobiles produites
1916 - prix unitaire : 360 $ - 785 432 automobiles produites
source : Bréal 1997

 

un détail : la grève aux usines Renault contre le chronométrage, c'est en ... février 1913
http://www.pelloutier.net/dossiers/dossiers.php?id_dossier=46

 

 1913renaultgrevechrono

1913 - Renault - Grève contre la méthode Taylor et le chronométrage.
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Divergences franco-allemandes

 

Divergences franco-allemandes - Libération Rebonds
Thomas Piketty directeur d'études à l'EHESS et professeur à l'Ecole d'économie de Paris.
http://www.liberation.fr/economie/01012389758-divergences-franco-allemandes

« Les chiffres pour l’année 2011 viennent de tomber…Jamais, depuis 1950, le déficit français n’avait été aussi élevé (le précédent record datait de 1980-1982 : 2% du PIB). Jamais, depuis 1950, l’excédent allemand n’avait été aussi fort … »

extraits :
« La droite, qui aime se faire passer pour bonne gestionnaire, est seule au pouvoir en France depuis dix ans. La vérité est que son bilan économique est calamiteux.

L’appareil productif est en piteux état, la formation et l’innovation ont été délaissées au profit de ridicules subventions aux heures supplémentaires, et on a assisté à une gabegie sans précédent d’argent public, avec des cadeaux fiscaux insensés au bénéfice des donateurs de l’UMP. L’ISF va ainsi rapporter en 2012 deux fois moins d’argent qu’en 2007, alors même que les patrimoines ont progressé de 30%, tout cela en pleine crise des finances publiques.

Et comme les excuses habituelles ne fonctionnent plus - «c’est la faute des gouvernements précédents !», le pouvoir en place désigne les chômeurs (près de 5 millions d’inscrits à l’ANPE, autre record) et les immigrés à la vindicte populaire. Si l’on ajoute à cela que nous avons un président affabulateur, qui passe son temps à enchaîner les mensonges factuels devant des dizaines de millions de Français, la conclusion est claire : l’alternance politique est devenue une question de salubrité publique ».

« ... notre système fiscal est archaïque, complexe, imprévisible pour les agents économiques. Il doit d’urgence être simplifié et modernisé... L’alternance ne doit pas se faire par défaut ».

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- Règle d'or : Sarkozy et Fillon veulent un référendum. Le Figaro

Quel culot ! Quelle indécence !
Le déficit est passé en 5 ans de 1000 à 1600 Mds d'euros.
Avoir alourdi de 600 Mds le déficit du pays, en quoi cela donne-t-il une légitimité pour imposer à ses successeurs la règle d'or ou Zéro Déficit ? N'aurait-il pas fallu d'abord éviter la contre-révolution fiscale qui a contribué à vider les caisses de l'Etat, sur le modèle de la droite grecque ou irlandaise ?

 

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