08 mars 2014

Trafic d'influence ?


Soupçon de trafic d'influence dans le camp Sarkozy - Le Monde 07.03.2014
http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/03/07/soupcon-de-trafic-d-influence-dans-le-camp-sarkozy_4379445_3224.html


L’affaire est sans précédent. Un ex-président de la République et deux de ses anciens ministres de l’intérieur ont été placés sur écoute téléphonique. Gilbert Azibert, l’un des plus hauts magistrats français, est suspecté de renseigner discrètement Nicolas Sarkozy sur l’affaire Bettencourt, en échange d’une sinécure à Monaco ... Les ingrédients d'un scandale d'Etat sont réunis.


extraits :
« les conversations téléphoniques entre M. Sarkozy et son avocat, Me Herzog, retranscrites par les enquêteurs, montrent que les deux hommes sont très bien renseignés sur la procédure en cours. Et pour cause. Gilbert Azibert, avocat général près la Cour de cassation, affecté à une chambre civile, est un vieux routier de la droite judiciaire. … il a accès au service intranet de la haute juridiction. Tous les avis y sont consignés, notamment les travaux préparatoires aux débats. Il sait tout de ce monde feutré. Il renseigne le camp sarkozyste sur l’évolution des tendances au sein de la Cour de cassation, les écoutes en font foi.

Il aurait ainsi assuré à Me Herzog que la Cour de justice de la République, saisie d’une partie de l’affaire Tapie, a fait pression, par l’intermédiaire de sa présidente, pour que la saisie des agendas de Nicolas Sarkozy soit validée. Cette initiative supposée n’a guère trouvé d’écho, puisque l’avocat général, Claude Mathon, a estimé, lors des débats, que la justice a eu tort de refuser d’annuler la saisie des agendas. Un avis qui satisfait pleinement le camp Sarkozy en vue de l’échéance du 11 mars.

Me Herzog s’en ouvre au téléphone à M. Sarkozy. Et lui confie au passage que M. Azibert serait ravi de bénéficier d’un coup de pouce professionnel. En effet, proche de la retraite, celui-ci postule pour un poste de conseiller d’Etat à Monaco. Il aimerait bien, aurait-il glissé à l’avocat, que l’ex-chef de l’Etat, doté d’un fort pouvoir d’influence, intervienne en sa faveur… »

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07 mars 2014

Dix idées reçues sur la Toile

 

Dix idées reçues sur la Toile, Place de la Toile, 01.03.2014
http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-dix-idees-recues-sur-la-toile-2014-03-01

avec
Antonio Casilli, sociologue, blog http://www.bodyspacesociety.eu
Amaëlle Guitton, journaliste indépendante, blog http://www.techn0polis.net/

Les dix idées reçues analysées, débattues (au pas de charge) et contredites :
1. Internet, c’est le virtuel et l'immatériel
2. Internet, c’est l’accélération du temps et de la circulation de l'information
3. Nous sommes addicts à nos outils
4. Internet c'est une jungle, c'est un espace de non-droit (le darknet)
5. Les médias sociaux galvaudent la notion d'amitié
6. Internet, c’est la transparence généralisée et la fin de la vie privée
7. Internet, c’est le règne du nombrilisme
8. Les digital natives ont grandi dedans : ils savent tout
9. La gratuité fait perdre le sens de la valeur des choses
10. Internet, c’est le triomphe des individus (et la fin de l’intermédiation)

choix de lectures par Antonio A. Casilli
http://www.bodyspacesociety.eu/2014/03/01/30-references-pour-demystifier-10-idees-recues-sur-le-numerique/

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06 mars 2014

Nuit et Brouillard face à ses détracteurs

 

westerbork

Westerbork, 19 mai 1944 in Nuit et Brouillard.
devant des images, on ne voit que ce que l'on veut voir.


Nuit et Brouillard , film de toutes les polémiques
, Franck Nouchi, Le Monde 03.03.2014 
http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/03/03/nuit-et-brouillard-film-de-toutes-les-polemiques_4376546_3246.html

« Film de toutes les polémiques » ?
La formule est surprenante.
Le film a été censuré en 1956 à la demande du ministère qui dirigeait la gendarmerie, et privé de Cannes sur la demande de la RFA.
Il ne s'agit donc pas de polémiqueS, mais de censure.

Par la suite, le chef d'oeuvre d'Alain Resnais a été violemment critiqué par Lanzmann et ses proches (au nom de la spécificité de la destruction des juifs d’Europe, de la place des images). Là on peut parler de polémique au singulier.

La meilleure réponse aux détracteurs, c’est de prendre le temps de voir le film, un chef d’œuvre et une référence durable. La force des images, la qualité du commentaire permettent de contrer ces polémiques où la mauvaise foi n'est jamais loin. Il faut aussi lire l’excellent ouvrage de Sylvie Lindeperg, Nuit et Brouillard, un film dans l'histoire, O Jacob 2007, et voir le documentaire « Nuit et Brouillard. Face aux fantômes» que l’historienne a réalisé avec Jean-Louis Comolli.

Pour avoir longuement exploité ce film en lycée, en classe d'histoire, dans un programme qui prévoyait environ 10 heures pour l’étude de l'ensemble de la 2 GM, et pas 3 ou 4 comme aujourd’hui, il est possible d'opposer un certain nombre d'arguments à ces critiques répétées, mais simplistes et paresseuses.
http://clioweb.free.fr/camps/nuitetbrouillard.htm
http://clioweb.free.fr/camps/lindeperg.htm
Histoire et Mémoires, JP Husson, Reims : http://www.cndp.fr/crdp-reims/memoire/enseigner/memoire_histoire/menu.htm


« Nuit et Brouillard est un film sur l'univers concentrationnaire, en ce sens qu'il ne différencie pas explicitement les camps de concentration des camps d'extermination ».

S'il s'agit de replacer le documentaire d'Alain Resnais dans l'histoire de la déportation et dans l'évolution de l'historiographie, alors aucun problème.
En 1955, la commande met l'accent sur la déportation de répression, celle qui est incarnée par le sinistre décret Nacht und Nebel du 07.11.1941 (signé par le maréchal Keitel)  qui spécifie : « Les prisonniers disparaîtront sans laisser de trace ».
http://fr.wikipedia.org/wiki/Nuit_et_brouillard - http://www.defense.gouv.fr/content/download/100779/978495/file/MC36.pdf
Faut-il s'étonner d'une telle lecture dix ans après la fin de la 2GM ?
Pourquoi faudrait-il exiger d'un cinéaste de 1955 de faire le travail que les historiens ne feront que plus tard ?


Lors de la sortie de Shoah, un double procès a été mené contre Nuit et Brouillard :
- Etudier l’histoire du nazisme, chercher à le mettre en contexte, c’était courir le risque de "comprendre" et de devenir complice des crimes nazis.
- Les images avaient été produites par les hitlériens. Les utiliser, c’était aussi risquer de jouer les complices. Sylvie Lindeperg décrit le clash entre Godard qui se faisait fort de découvrir des images nazies de la mort de masse si elles existent, et Lanzmann qui affirmait au Monde qu'il détruirait ces images s'il en avait entre les mains.
Dans ces deux cas, c’est faire peu de cas du métier des historiens et de l’intelligence de ceux qui les lisent.
De plus, prétendre interdire l'usage des images aux historiens, voilà une démarche bien surprenante dans le monde actuel.

Pour le 70eme, l’histoire de la déportation est le monopole des témoins (ou plutôt des acteurs ?) qui ont échappé à la mort. Le documentaire a été réalisé juste avant « l’ère du témoin » (A. Wieviorka).
La mode de la colorisation et de la sonorisation des archives (Apocalypse) ne sévissait pas encore. L'utilisation du noir et blanc ou de la couleur aident le spectateur à distinguer l'origine des images.

« Et si l'on y voit les chambres à gaz d'Auschwitz, la spécificité du génocide juif n'apparaît pas (le mot juif n'est cité qu'une seule fois) »

- Pas de juif ?

L’argument répété à l’infini consiste à dénigrer le texte de Jean Cayrol.
Oui, le poète et résistant, déporté à Mauthausen ne fait qu'une allusion à un déporté juif.
Mais cette attaque est malhonnête. Jean Cayrol souligne le tournant nazi, et une pré-version abordait la question du génocide.
cf. Christian Delage, Nuit et Brouillard : un tournant dans la mémoire de la Shoah, Politix 61, 2003.

Et surtout, le texte de Jean Cayrol ne peut pas être réduit à cette critique simpliste.
Il comporte aussi une mise en alerte qui a été trop peu entendue en 1956 :
« Qui de nous veille de cet étrange observatoire
pour nous avertir de la venue des nouveaux bourreaux ? 

Ont-ils vraiment un autre visage que le nôtre ? »


- Pas de juif ?

Vers la 5e mn, Nuit et Brouillard exploite les images nazies d'un convoi partant de Westerbork le 19 mai 1944 : tous les déportés portent une étoile, et le train part vers Birkenau et vers Bergen-Belsen
cf Chronique internet 403 : D'après Sylvie Lindeperg, bloqué dans ses recherches d'images par les militaires français (SCA) et anglais, Resnais se tourne vers l'institut néerlandais de documentation de guerre (Amsterdam). Il y découvre les plans tournés par les Britanniques lors de la libération de Bergen-Belsen, et les images d'un convoi partant de Westerbork le 19 mai 1944.
http://clioweb.free.fr/chronique/aphg403.pdf

Les images retenues ou tournées par Alain Resnais sont explicites, à condition d'accepter de les regarder :
http://clioweb.canalblog.com/tag/westerbork
Visiblement, chez ceux qui veulent démolir la réputation du film, on ne voit que ce que l'on veut voir.


- Pas de juif ?

De larges extraits de Nuit et Brouillard ont été projetés lors du procès Eichmann à Jérusalem.
cf Chronique internet 405 : Lors de l'audience du 8 juin 1961, l'oeuvre d'Alain Resnais a été abondamment utilisée : une trentaine d'extraits, parfois très découpés, ont été retenus pour une durée cumulée d'une quinzaine de minutes.
http://clioweb.free.fr/chronique/aphg405.pdf


- Pas de juif ?

Le documentaire a été abondamment utilisé en lycée, où il a servi de référence sur l'univers concentrationnaire des nazis.
Il a aussi mobilisé au service du combat contre l'antisémitisme. Il a été projeté à la TV aussi bien après l'attentat de la rue Copernic (projection de Nuit et Brouillard par la TV en 1980) qu'après la profanation du cimetière juif de Carpentras (une version VHS de Nuit et Brouillard est distribuée dans les lycées en 1990). Et il a été sans doute vu bien davantage que les 9 heures du film de Lanzmann.


Le simplisme n'est donc pas absent de cette polémique intéressée.

- The Destruction of the European Jews, l'ouvrage de Raul Hilberg est publié aux USA en 1961.
Mais en France, la traduction ne paraît qu'en 1985 !
Lanzmann veut parfois faire la leçon aux historiens. Ils n'ont donc pas attendu un génial réalisateur pour faire leur travail.

- Primo Levi, l'auteur du célèbre Si c'est un homme, illustre un autre aspect de la complexité de cette histoire.
Le chimiste est arrêté comme résistant en décembre 1943. Il espère échapper à une exécution sommaire en déclarant « sa condition de citoyen italien de race juive ». Il est transféré dans le camp d'internement de Fossoli, près de Modène, où il demeure deux mois, puis il est déporté en février 1944 à Auschwitz. Des 650 déportés de son convoi, seule une vingtaine retrouveront la liberté.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Primo_Levi - http://it.wikipedia.org/wiki/Primo_Levi

- On meurt aussi dans les camps de concentration :
Lire ou relire Robert Antelme dans L'espèce humaine.
« Nous sommes tous, au contraire, ici pour mourir. C'est l'objectif que les SS ont choisi pour nous. Ils ne nous ont ni fusillés ni pendus mais chacun, rationnellement privé de nourriture, doit devenir le mort prévu, dans un temps variable ».


- Cette réalité des formes multiples prises par la déportation a quasiment disparu des programmes. Depuis la déstructuration de l'histoire scolaire par le ministre Chatel, la 2 GM n'est plus étudiée que comme une guerre d'anéantissement. Pas de place pour l'expérience combattante, la Résistance est étudiée comme un aspect de l'histoire intérieure de la France, pas comme un combat contre l'occupant nazi, La guerre dans le Pacifique ou la guerre (mondiale) à l'Est ont peu de place dans les manuels de 2011.


- Sylvie Lindeperg a laissé à d'autres l'étude des usages du film en classe, en lycée pendant deux générations.
Le film a d'abord été projeté en 16 mn, en noir et blanc. La version VHS était une amélioration, malgré la taille modeste des écrans. La disponibilité du film en dvd et en couleurs permet de faire un réel travail d'analyse des images (quand le survol speedé des programmes laisse un peu de temps).

Il devient possible d'étudier la composition du film, de distinguer entre les images d'archives (Westerbork, Bergen-Belsen) et les images tournées à Birkenau en 1955. Il est possible de s'intéresser à l'histoire du képi et à la censure exigée par la gendarmerie française.
Il y aurait aussi à dire sur la vision des images de l'horreur et au danger de la sidération devant les amoncellements de cadavres produits par l'hitlérisme et sa machine de mort. 

Le film a des défauts réels (cf. l'erreur sur les chiffres - 9 M de morts -, etc.) mais l'appel à la vigilance formulé en 1956 par Jean Cayrol mérite toute notre considération : en Algérie, la guerre d'indépendance dure alors depuis deux ans, et la torture a fait sa réapparition, une décennie seulement après la défaite des hitlériens.

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04 mars 2014

L'Afrique et le néo-colonialisme

 

Le modèle colonial français a laissé l'Afrique à l'état de squelette - Le Monde Opinions, 01.03.2014
http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/02/28/

Une cinquantaine d'années après les indépendances, les Etats du continent noir n'ont pas réussi à construire d'armées solides. Pourquoi ? Entretien avec l'historien sénégalais Ibrahima Thioub


extraits :
« Au moment des indépendances africaines, la France a transféré le pouvoir aux élites les plus favorables à une continuation du système colonial. Aujourd'hui, les groupes au pouvoir restent connectés à la France par la persistance du modèle économique, fondé sur l'extraction des ressources naturelles... Tout cela laisse la population exsangue, et la jeunesse face à une alternative : rejoindre les rébellions, les mouvements djihadistes ou évangéliques, ou émigrer ».

« Dans le contexte actuel, poursuivre cette relation est mortel pour les deux continents… La seule stratégie valide pour l'Europe est de pousser à un recentrage de l'Afrique sur elle-même… Avec la jeunesse de sa population, l'immensité de ses ressources naturelles, l'Afrique en a les capacités et elle peut le faire avec ou sans aide. En poussant dans cette direction, l'Europe relancerait sa propre économie. Quand les Américains ont initié le plan Marshall, ce n'était pas parce qu'ils aimaient les Européens, c'était pour relancer leur propre économie. Si l'Europe ne pousse pas dans cette direction, elle sera vaincue par les émergents qui continueront de faire de l'Afrique cette terre d'extraction des ressources primaires ».

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03 mars 2014

Que reste-t-il des frontières ?

 

Que reste-t-il des frontières ?
Podcaster une excellente émission Planète Terre du 12.02.2014,
et écouter en différé les géographes Michel Foucher et Stéphane Rosière
http://www.franceculture.fr/emission-planete-terre-que-reste-t-il-des-frontieres-2014-02-12

La frontière linéaire ? La vision simple héritée des Etats-Nations du XIXe continue de submerger les imaginaires. Comme si les élèves pouvaient suivre au sol les pointillés des cartes anciennes et les ramasser.
La nature a aussi bon dos :  20 % des tracés correspondent à des fleuves en Afrique. Donc 80 % sont liés à d'autres éléments naturels, ou plus encore à des héritages de l'histoire, pré-coloniale ou coloniale (cf. les Touaregs et les frontières au Sahara).

En Europe, le Rhin peut-être vu comme une ligne séparant la France et l’Allemagne, mais le franchissement est plus facile que celui du rideau de fer d'hier, et surtout, le Rhin, c’est surtout un axe de circulation (entre la Ruhr et Rotterdam par ex).
Le fleuve a servi d’argument expansionniste, au temps de Danton, ou plus tard dans l’entourage de Foch.
Les Alpes ont été évoquées pour la Suisse. Elles n'ont pas empêché la Savoie d'avoir un moment les mêmes maîtres que le Piémont. Longtemps avant les tunnels.

Les géographes montrent que la réalité des frontières est plus compliquée aujourd’hui, entre frontière-ligne, frontière-zone de contact et d’échanges.
La frontière linéaire comme une barrière aux USA ?  C’est « une escroquerie de journaliste » affirme Michel Foucher qui décrit la situation à San Diego-Tijuana. Le mur et les tôles existent pour barrer le passage aux clandestins. Mais MF estime à 1,3 million le nombre de franchissements légaux au quotidien, dans les deux sens.
voir en croquis une interprétation de la frontière USA-Mexique
http://www.educreuse23.ac-limoges.fr/loewy/swf/Maquiladoras_V2.swf

Les industriels de la "sécurité" ont intérêt à entretenir ce mythe de la barrière infranchissable, au moins chez les décideurs. Aux USA, les nationalistes organisent des milices privées pour faire la chasse aux migrants. Les politiciens savent la sensibilité des électeurs aux discours sur les frontières ouvertes ou fermées. Mais il existe toujours des stratégies de contournement, même pour un mur comme celui voulu et construit par Israël.
L’émission évoque les problèmes actuels du Sahara et le travail en cours sur les frontières (linéaires) en Afrique.


Les invités de Planète Terre développent beaucoup un autre sens de la frontière, celui de la zone de contact, du limes des Romains, des marches médiévales, de l’expansion des USA à l’Ouest au XIXe (la « frontier »), les zones d’influence des empires.

Foucher cite B. Geremek. L’historien polonais acceptait la limite linéaire à l’Ouest (Oder-Neisse), mais pensait en zones d’influence pour la Pologne orientale dans les relations avec ses voisins.

La technologie peut être efficace et faciliter les déplacements des poids lourds dans la région des Grands Lacs. Mais elle est aussi très coûteuse. La meilleure sécurité, c’est de réussir à faire adopter ses propres valeurs par les autres.

Pour l’Europe, Michel Foucher conteste les discours sur l’effacement des frontières en Europe. Les douaniers et les policiers ont changé de rôle, mais les frontières continuent d’exister, par exemple dans les différences de langue, de culture, d’histoire, de cadre juridique et social, de choix politiques…

L’Europe forteresse a délégué la surveillance des migrants aux Etats voisins. La frontière Etats-Unis Mexique est en partie une ligne (cf le Rio Grande). Avec la Méditerranée, c’est un espace de largeur variable (15 km à Gibraltar, 750 km entre Alger et Marseille) qu’il faut franchir (ou surveiller), après avoir contourné la surveillance sur le continent africain.
cf Mourir aux portes de l’Europe :
http://blog.mondediplo.net/2013-10-04-Mourir-aux-portes-de-l-Europe

- En 2009, Julien Bousac a cartographié « L'archipel de Palestine orientale » pour Le Monde diplomatique
http://strangemaps.files.wordpress.com/2009/03/palestina.jpg

- La frontière, cela peut servir à enfermer les habitants d'un Etat (cf. l'ex-RDA, la Corée du nord...)

Conclusion : Même au temps de la mondialisation et des échanges, les frontières ont encore un bel avenir. Les géographes s’y intéressent, les politiciens en ont besoin pour leurs discours et les entreprises spécialisées en tirent profit

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02 mars 2014

Alain Resnais (1922-2014)

 

resnais-cannes 2012

de gauche à droite, Annie Duperey, Julie Salvador (second plan), Pierre Arditi, Sabine Azéma,
Gilles Jacob (second plan), Alain Resnais, Anne Consigny, Denis Podalydès, Lambert Wilson
Cannes 2012 - Les acteurs de 
Vous n'avez encore rien vu - source wikimedia commons

 

Alain Resnais, le plaisir des jeux - L'Express 02.03.2014
http://www.lexpress.fr/culture/cinema/alain-resnais-le-plaisir-des-jeux_1495594.html

Le cinéaste vient de décéder à l'âge de 91 ans.
Il laisse derrière lui une oeuvre protéiforme et terriblement stimulante. D'Hiroshima mon amour en passant par On connaît la chanson, Smoking, No Smoking ou le récent Aimer, boire et chanter.

Alain Resnais, l'article de Wikipedia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Resnais


westerbork


Nuit et Brouillard
, l'excellent documentaire a été beaucoup exploité en classe, en 16 mm, en VHS, en vidéo...
Sylvie Lindeperg, Nuit et Brouillard, un film dans l'Histoire
http://clioweb.free.fr/camps/nuitetbrouillard.htm
Elle a rédigé un chapitre sur Westerbork, le camp nazi au nord des Pays-Bas,  dans La voie des images
http://clioweb.canalblog.com/archives/2013/05/22/27215729.html
http://clioweb.free.fr/chronique/aphg425.pdf


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Vacarme : Joan W. Scott et le genre

 

History Trouble
Vacarme
no 66 publie un long entretien avec Joan W. Scott, l'historienne du genre.
http://www.vacarme.org/article2325.html

Elle retrace son parcours intellectuel et son engagement politique, depuis l'histoire des verriers de Carmaux (les mineurs, c'était Rolande Trempé) jusqu'au combat contre la rhétorique du Vatican pour qui "la théorie du genre" a remplacé la détestation du communisme.

Pour ce bébé couches rouges, l'étude de la domination et des rapports dissymétriques est centrale. « J’ai questionné par exemple la façon dont le principe universel d’égalité des citoyens s’était accommodé de l’exclusion politique des femmes ». « Dans tous mes ouvrages, je m’attache ainsi à décrire la façon dont les gens qui vivent dans un rapport inégalitaire l’éprouvent, le pensent et le formulent ».
Elle passe de l'histoire ouvrière à l'histoire des femmes, elle se passionne pour Foucault, Derrida et Irigaray (la "French Theory"), elle s'en sert pour dénaturaliser les rôles dévolus aux hommes et aux femmes dans la vision d'un universalisme de l'individu abstrait, elle s'intéresse aux apports de la psychanalyse (Freud et Lacan). Elle historicise et déconstruit les concepts, elle suggère que certaines catégories rendent les questions impossibles à poser (et à résoudre).

extraits :
« Les Mots et les choses ont joué pour moi un rôle essentiel. Foucault interrogeait les catégories même du débat historique et politique telles qu’elles se sont constituées de la Renaissance à l’âge classique : l’histoire, bien sûr, mais aussi la raison comme attribut de l’homme, la souveraineté comme droit inhérent de l’individu, la liberté comme sa condition désirée, ou encore la vérité, la sexualité, l’être humain, la différence des sexes, etc. - toutes choses qui devenaient des termes malléables et mouvants sur lesquels la compréhension et le savoir étaient pourtant bâtis. La notion même d’événement historique en était bouleversée : les événements, c’étaient désormais les caps discursifs, les mutations conceptuelles qui créent des valeurs, des significations, des sujets. Je n’ai jamais oublié le sentiment que m’a donné cette lecture : une angoisse énorme mêlée d’une tentation irrésistible. Chez moi, les deux vont souvent de pair ! Jusque là, mon attachement à l’histoire avait été raisonnable ; c’est là qu’a commencé ma passion. Je me suis donc ralliée à ce groupe de femmes. Et c’est ainsi que je suis devenue, pour mes compatriotes, une féministe à la française  (avec de jolies chaussures) ».

« Le genre est une catégorie utile d'analyse historique... Il a permis de dénaturaliser les rôles dévolus aux femmes et aux hommes, de montrer que l’anatomie n’est pas un destin, et donc de combattre les traitements inégalitaires justifiés par la différence anatomique... J’avais l’intuition, que je ne parvenais pas encore à formuler, que ces questions trouveraient des réponses plus adéquates si nous savions interroger les significations mêmes des concepts d’homme et de femme. Et cette intuition était à la fois historique et politique ... Le langage est ainsi devenu pour moi un objet d’enquête pour comprendre la construction des sujets, des organisations sociales et des relations de pouvoir ».
« Quoi qu’en disent les catholiques qui, en France, ont lancé la controverse, il n’y a pas de « théorie du genre ». C'est une invention qui a remplacé le communisme dans la rhétorique du Vatican. Il y a des études de genre, c’est-à-dire des questions. Les mots ne sont jamais que les batailles pour les définir ! Les adversaires du genre entendent faire valoir les significations qu’ils donnent à la différence du masculin et du féminin : une complémentarité qui justifierait selon eux une inégalité. Ils participent à une lutte entre ce qui compte comme étant de l’ordre du « naturel » et ce qui compte comme étant de l’ordre du « social ». Or le terrain de cette lutte, c’est justement ce qu’on appelle le genre ! Selon moi, il n’y a pas d’autre définition ».

« En France, nier que le sexe et la sexualité soient des problèmes est un trait de “l'identité nationale” ».

« Je n’ai jamais critiqué la France, mais des Français qui justifient des comportements racistes et discriminatoires par des idées universelles et républicaines. Je ne suis pas étonnée de voir aujourd’hui ce féminisme-là revendiqué par des partis d’extrême droite. On peut toujours me traiter de multiculturaliste américaine, j’ai appris de mon expérience américaine à débusquer le racisme et la discrimination ».

Une école historique ?
« Je ne sais pas, et je ne veux pas porter la responsabilité d’un « scottisme » (rires). … La critique que je pratique ne donne pas des réponses : je peux tout au plus ouvrir des brèches, une conversation, des possibilités. Quant à savoir où elles mènent sur un plan directement politique… dans ma recherche, je me suis toujours efforcé de compliquer mes propres convictions politiques. En montrant que femme est une catégorie mouvante et plurielle dans l’histoire, je résistais à la demande de groupes féministes de production d’une histoire des femmes téléologique, du récit d’une montée en puissance de la conscience de soi. Peut-être est-ce d’ailleurs ce qui m’a toujours motivée : le refus critique d’accepter les termes d’un groupe qui m’importe et dont j’approuve les buts. C’est mon paradoxe ! »


Rappels :
articles précédents dans Vacarme : Comment peut-on être américaine ? http://www.vacarme.org/mot588.html

Joan W. Scott, article Wikipedia (ouvrages et articles) : https://en.wikipedia.org/wiki/Joan_Wallach_Scott
Les publications de Joan W. Scott : http://www.sss.ias.edu/files/pdfs/scottcv.pdf

Joan W. Scott, La citoyenne paradoxale : les féministes françaises et les droits de l'homme, Paris, 1998,
CR Françoise Thébaud, Clio 12.2000 - http://clio.revues.org/202

Au-delà du patriarcat - Scott Joan,  Emancipation and Equality : A Critical Genealogy

colloque Penser l'émancipation, Nanterre février 2014
http://www.penserlemancipation.net/site.html?page=atelier&id=94

dans la revue de presse Clioweb :
http://clioweb.canalblog.com/tag/joanscott
http://clioweb.canalblog.com/tag/genre


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01 mars 2014

La guerre d'Hollywood 1939-1945

 

hollyw-viotte

http://www.michelviotte.fr/spip.php?article118


La Libération dans l’oeil de la caméra, 1944-2014
Le Mémorial de Caen a organisé une journée d'étude,
avec des références à Jean Grémillon (Le 6 juin à l'aube) par Isabelle Mailland,
aux « Images et imaginaires de la Résistance » (Sylvie Lindeperg).

La Guerre d'Hollywood 1939-1945, Propagande, patriotisme et cinéma
la seconde partie du documentaire de Michel Viotte a été projetée.

Tous les métiers du cinéma se mobilisent pour la guerre à mener : animation, effets spéciaux, maquillage, construction de décors. Les objectifs sont multiples : informer l'opinion de la progression du conflit, la sensibiliser à l’effort de guerre, dénoncer l'idéologie nazie, identifier les alliés de l'Amérique (la Chine, la Russie), encourager le sentiment patriotique, participer à la formation des recrues, motiver l'engagement de nouvelles recrues ...

John Ford filme la bataille de Midway, William Wyler les équipages des B17, John Huston la campagne d’Italie, George Stevens la libération de Paris, la jonction de troupes américaines et soviétiques, la découverte du camp de Dachau …


« La guerre d'Hollywood 1939-1945 », par Michel Viotte
http://www.veroniquechemla.info/2013/12/la-guerre-dhollywood-1939-1945-par.html
Le documentaire existe en DVD accompagné d'un livre chez La Martinière

16 minutes du film et un choix de photos sur le site du réalisateur
http://www.michelviotte.fr/spip.php?article118

Ce documentaire sera rediffusé en trois parties, sur France 5, le dimanche vers 22h30
1/3 unis sous le drapeau - dimanche 2 mars (22h25-23h20)
http://www.france5.fr/p-19853-La-Guerre-d-Hollywood-1939-1945.htm

montage de 3mn51s :
http://www.youtube.com/watch?v=zDjhDoOyktg

target-tokyo

http://www.michelviotte.fr/spip.php?article118

rappels :
- Dessins animés et propagande, dont Education for death

- Exiles: de Hitler à Hollywood (english subtitles) - 2008
http://clioweb.canalblog.com/archives/2011/08/04/21739440.html

.

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28 février 2014

Les filles, osez les sciences !

 

Les filles, osez les sciences ! Maryline Baumard, Le Monde 27.02.2014
Chronique - Économie de la connaissance
http://www.lemonde.fr/idees-chroniques/
http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/03/03/les-filles-osez-les-sciences_4373701_3234.html


extraits :
« 58 filles sur 400 élèves en première année de Polytechnique à la rentrée 2013… Dans cette institution où la première femme professeur est arrivée en 1992, soit 198 ans après la création de l'Ecole, en 1794, la jupe n'a pas investi les salles de cours.
Et l'X n'est pas la seule institution scientifique où les filles sont sous-représentées. Les listes des lauréats 2013 aux concours des ENS scientifiques font état de la même catastrophe. Une fille sur 21 y a été reçue en physique-chimie ; une sur 28 en maths-physique-informatique ».

« Au collège, les filles sont les meilleures. Quelque 88,9 % d'entre elles décrochent le brevet, contre 83,4 % des garçons. En fin de lycée, elles sont plus nombreuses à ne pas avoir été écartées des filières générales. Parmi les candidats qui se présentent à un bac, 86,7 % des filles l'obtiennent contre 82,3 % des garçons. Alors, pourquoi ne valorisent-elles pas cette avance ? » …

 Une étude intitulée
« Bibliometrics : Global Gender Disparities in Science "- Bibliométrie : les disparités mondiales de genre dans les sciences, publiée en décembre 2013 dans Nature, a montré que, pour 100 travaux de recherche, 22 sont signés par des femmes aux Etats-Unis, 20 au Royaume-Uni, 18 en Chine, 12 en Allemagne et 10 au Japon. La France fait mieux, avec 25, [mais on est loin de la parité] et en 2014, on ne forme que 27 % de femmes ingénieurs

Il y a urgence à ce que les filles investissent la filière scientifique ».

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27 février 2014

Gustave Doré L'imaginaire au pouvoir

 

dore


- Gustave Doré (1832-1883). L'imaginaire au pouvoir, Musée d'Orsay 18 février - 11 mai 2014
Le site de la BNF :
http://expositions.bnf.fr/orsay-gustavedore/index.htm


- Orsay, une présentation détaillée
au sommaire
:
Intime et spectaculaire
Figures de l'enfer et de la mort
Le spectacle du religieux
Chroniques satiriques et livres illustrés
Visions anglaises: Londres et Shakespeare
Religion et pathos
Paysage pittoresque et sublimes
http://www.musee-orsay.fr/fr/evenements/expositions/au-musee-dorsay/presentation-detaillee/article/gustave-dore-37172.html

- Gustave Doré, cet illustre inconnu - Le Monde culture 26.02.2014
Deux expositions, à Paris et à Strasbourg, aident à saisir les mille facettes du peintre et dessinateur français
http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/02/26/gustave-dore-cet-illustre-inconnu_4373314_3246.html

- Gustave Doré, De l'illustrateur à l'artiste - Pascale Bouhenic
Arte+7 http://www.arte.tv/guide/fr/050348-000/gustave-dore?autoplay=1
les avis semblent partagés.

- Peu de reproductions sur le Web Gallery of Art
bien davantage sur  Wikimedia Commons
http://commons.wikimedia.org/wiki/Gustave_Doré
Wikipedia :
http://en.wikipedia.org/wiki/Gustave_Doré


- rappel : Gustave Doré (1832-1883), Un peintre-né

L'expo de l'été 2012 à Bourg-en-Bresse : http://www.lectura.fr/expositions/gustavedore/
Jeunesse à Bourg-en-Bresse
L'illustration entre imaginaire populaire et art
Les contes de Perrault (L'édition, Peau d'Âne, Le Chat Botté, Le Petit Chaperon Rouge)
Les mythes religieux
Diversité des genres et héritiers
Technique et couleur chez Gustave Doré
Gustave Doré d'un trait
Voyage d'agrément à Bourg-en-Bresse

Le dossier de presse : http://www.bourgendoc.fr/files/alaune/GustaveDore/MRB_DP_DORE_02_05_2012.pdf
http://www.bourgendoc.fr/

dore-chaperon

Le Petit Chaperon rouge - source Commons

 

Dore-London

Over London by Rail, c. 1870. From London: A Pilgrimage - Commons

 

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