Exercer son aptitude à l’utopie est une nécessité absolue quand l’avenir paraît avoir disparu»

Sophie Wahnich , tribune, Libération 13.02.2021

Comment nous projeter dans l’avenir et imaginer un monde meilleur alors que la crise sanitaire nous donne l’impression de faire du sur-place ? Pour l’historienne, spécialiste de la Révolution française, la pensée utopique constitue une source d’émancipation plus que jamais nécessaire. Même si elle se heurte au réel.

http://clioweb.free.fr/debats/utopie-wahnich-2021.pdf

 

extraits :

- Qu’est-ce qui différencie une utopie d’autres types de projet ?

L’enjeu de toute utopie est de démontrer que l’énoncé «ça a toujours été comme ça» est faux. «Ça peut être autrement» est une pensée réformiste. «Ça doit être différent» est une pensée révolutionnaire. Mais «ça pourrait être différent» est une pensée utopiste. Tout d’un coup l’imaginaire est ouvert. Nul besoin de faire exister l’utopie immédiatement, elle peut se transmettre au-delà de votre temps de vie. Ce qui a été lancé, n’est jamais perdu pour l’histoire.

 
- Durant le premier confinement, il y a eu un énorme espoir de changement. On parlait du «monde d’après». Cela s’est fracassé. Y a-t-il eu un moment d’utopie ?

« Oui, mais il a été suscité par un malentendu : le «quoi qu’il en coûte» a été entendu comme si on allait enfin faire payer les détenteurs du capital. Autour de ce malentendu est apparu «un violent désir de bonheur» pour reprendre le titre d’un beau film de Clément Schneider. Ce désir était latent, tout prêt à surgir, malgré le désespoir indéniable dû à une gestion cruelle de la crise du Covid – je pense à la situation des étudiants maintenus devant un écran, aux lieux culturels fermés. Le refus de penser ce qui nous ferait du bien n’a en soit rien de démocratique. Car l’un des principes démocratiques, c’est justement de retenir la cruauté ».


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