Le procès de Bobigny : La plaidoirie de Me Gisèle Halimi
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Le 31 juillet, Public Sénat a rediffusé
« Avortement, le procès de Bobigny » réalisé par Guy Beauché, 2006
https://www.publicsenat.fr/emission/documentaires/avortement-le-proces-de-bobigny-5755 


«  En 1972, vous avez fait du procès de Bobigny un grand procès politique de l’avortement [et de la loi du 31 juillet 1920]…
entretien avec Annick Cojean, Le Monde 22.09.2019

« L’histoire était exemplaire, comme son héroïne, Michèle Chevalier, la mère si courageuse et si intègre
de la jeune Marie-Claire, violée à 16 ans et accusée de s’être fait avorter.

Alors, oui, j’ai choisi d’en faire un procès politique et de m’adresser,
au-dessus de la tête des magistrats, à l’opinion publique et au pays.
Les accusées reconnaissaient les faits, ne s’en excusaient pas, ne les regrettaient pas.
Et, avec leurs témoins, elles faisaient le procès d’une loi et d’un système ineptes.

Pendant que je plaidais, j’entendais la foule, aux portes du tribunal,
crier avec Delphine Seyrig : « Libérez Marie-Claire ! » ou « Nous avons toutes avorté ! »
Ça porte, vous savez.
Comme la colère que je ressentais devant ces hommes qui allaient nous juger
et qui ne savaient rien de la vie d’une femme ».


Libération  28.07.2020

« Le célèbre procès de Bobigny (qui s’est pourtant déroulé à huis clos) va devenir le fait d’armes de Gisèle Halimi. Sa bataille. Sa victoire. La pierre fondatrice de la loi sur l’IVG portée par Simone Veil et adoptée en 1974.

Les faits : violée par un garçon de son lycée à l’automne 1971, Marie-Claire Chevalier, 16 ans, est enceinte. Elle refuse de garder l’enfant et demande à sa mère Michèle de l’aider à avorter. La mère de la jeune fille et deux de ses collègues de la RATP l’aident à trouver une avorteuse.

En octobre 1972, Gisèle Halimi se lance dans la défense de Marie-Claire, poursuivie pour cet avortement. Militante tenace et tacticienne, l’avocate décide de transformer ce procès en celui de l’interdiction d’avorter. Et d’«ériger le tribunal de Bobigny en tribune contre la « loi scélérate », comme l’explique le Dictionnaire des féministes (PUF) dirigé par Christine Bard. Si le procès de Marie-Claire se déroule à huis clos, celui de sa mère et de ses deux co-inculpées est public. Habile, l’avocate fait défiler à la barre des prestigieux témoins du monde littéraire et scientifique qui condamnent la loi existante et, coup de maître, le professeur Milliez, père de six enfants et fervent catholique, qui affirme qu’il aurait aidé la jeune Marie-Claire si elle l’avait sollicité. Verdict : elle est relaxée, l’avorteuse condamnée à un an de prison avec sursis, la mère à une amende avec sursis. A l’occasion de ce procès emblématique, le grand public découvre Gisèle Halimi et son allure toujours impeccable, ses plaidoiries conduites avec un grand aplomb, sans jamais virer à la prétendue hystérie alors copieusement associée aux féministes. Halimi devient un nom. Et le symbole d’un combat pour les droits humains, des femmes en particulier ».


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