Ludivine Bantigny : «Plus le pouvoir attend, plus les mécontents sont déterminés »,

Libération, 09.12.2008
http://clioweb.free.fr/presse/1temp/libe/gj-bantigny.pdf


extraits :

« Je suis frappée par le changement de paradigme policier : 2 000 interpellations, plus de 1 700 gardes à vue, c’est considérable, du jamais vu : en 1968 par exemple, lors de la nuit des barricades [le 10 mai, ndlr] il n’y avait pas eu plus de 300 arrestations. »

« Plus que tout, les images très choquantes des lycéens de Mantes-la-Jolie, à genoux et mains sur la tête, ont sans doute représenté un tournant dans l’événement que nous vivons. »

« Le pouvoir panique, on le voit dans ses hésitations, dans ses moratoires de taxes qui deviennent des annulations pures et simples, dans son attentisme, au début du conflit. Or, quand un événement surgit, il n’y a rien de plus catastrophique que l’attentisme pour un pouvoir. L’événement, au contraire, accélère. »

« Plus le pouvoir attend, plus les mécontents se mobilisent , plus ils sont déterminés, plus ils échangent et se disent que la taxe sur les carburants est loin d’être le seul de leurs problèmes, que la retirer ne sera jamais suffisant » 

« Qu’est-ce qu’un événement ? C’est une surprise, le surgissement de l’inédit, qui, dans le même temps, naît de causes qu’on pouvait percevoir… on a tellement pointé les contradictions, au début du mouvement, que ça a eu tendance à écraser les revendications politiques : refonte de la fiscalité, hausse des salaires et des minima sociaux, davantage de services publics dans les territoires, mais aussi une démocratie plus directe »

Ludivine Bantigny est l’auteure de « 1968 : de grands soirs en petits matins », Seuil, 2018.


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