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Marc Bloch, Apologie pour l'histoire ou métier d'historien. Paris, Colin, 1999. 110 p.
Marc Bloch, L'oeuvre
Association Marc Bloch via Internet Archive
http://web.archive.org/web/20071013010458/http://www.marcbloch.fr:80/apologie.html


L'historien expose ici sa conception de l'histoire et de son métier. Cet ouvrage est le résultat des expériences, réflexions et théories qui se sont peu à peu construites tout au long de sa vie professionnelle. Il n'est pas aisé de mesurer l'importance du livre. Cependant, au regard du nombre d'exemplaires publiés, on a pu constater son influence auprès des historiens et son succès auprès du grand public.


La diffusion
En France :
Le succès commercial du livre a subi des fluctuations. L'ouvrage a d'abord été publié sous forme de brochure (Cahiers des Annales n°3), en 1949, avec un tirage de 3 000 exemplaires. Un deuxième tirage a été réalisé en 1952 (3 000) ; un troisième en 1959 ( 2 000) ; un quatrième en 1961 (5 000) ; un cinquième en 1964 (5 800).

En 1974, l'ouvrage a été édité dans une collection de livres de poche (" U prisme ") chez Armand Colin, avec une préface de Georges Duby. D'après les calculs d'Étienne Bloch, jusqu'en 1990, la vente du livre a atteint environ 17 000 exemplaires.
Ainsi en France, de 1949 à 1990, la diffusion des deux éditions confondues, Cahiers des Annales et " U prisme ", se situe aux environs de 35 800 exemplaires.

Une nouvelle édition critique, préparée par Étienne Bloch, a été publiée en 1993.
Au 31 décembre 1995, 3 000 exemplaires environ avaient été vendus.

À l'étranger :
Le livre a été traduit en huit langues. Dès 1952, la traduction italienne paraissait chez Einaudi, bientôt suivie, en 1953, par une traduction anglaise chez Knopf à New York. D'autres traductions ont paru : en Allemagne (1981), en Estonie, en Hongrie, au Japon, aux Pays-Bas (1989), en Pologne, au Portugal, en Tchécoslovaquie et en U.R.S.S. Le tirage total de l'ouvrage dans le monde avoisinait 450 000 exemplaires. La nouvelle édition en espagnol est parue en 1996. La traduction italienne est sur le point de paraître et celle en hébreu est en préparation.

Le cas particulier de l'édition en espagnol :
La nouvelle édition en espagnol s'explique par le succès commercial du livre en Amérique latine. Édité par le Fondo de cultura económica de méxico, en 1952, dans une petite collection reliée (" Breviaros "), sous le titre Introducción a la Historia, le livre est fréquemment étudié dans certains lycées. À l'heure actuelle le tirage total depuis 1952 atteint 150 000 exemplaires (éditions argentine, cubaine, et vénézuélienne incluses).


L'influence de l'ouvrage

Plus de cinquante ans après sa rédaction (1941-1943), on constate que ce livre a marqué son époque et qu'il demeure d'une grande actualité. Le plus récent témoignage de l'intérêt porté à l'ouvrage se trouve dans le dernier livre de Gérard Noiriel, Sur la crise de l'histoire.

Dans son analyse, l'auteur retient quelques points qui lui paraissent essentiels.
En tout premier lieu il souligne que l'histoire pour Marc Bloch est une pratique professionnelle " fondée sur une division du travail et une spécialisation et la coopération de tous ceux qui la pratiquent " (p.81), exigeant un apprentissage et une formation. Il considère que l'originalité de l'ouvrage réside dans la prise en compte par l'auteur des nouveaux développements de l'épistémologie de l'histoire et de la philosophie des sciences. Marc Bloch préconisait une interdisciplinarité dans les sciences de l'homme " conçue comme une coopération entre spécialistes de disciplines différentes et non pas dans un effort visant à promouvoir l'unification des sciences de l'homme " (p. 82).

Gérard Noiriel souligne aussi l'importance donnée par Marc Bloch aux questions de communication : communication avec la communauté des historiens exigeant un langage commun ; communication avec le public grâce à un langage accessible à chacun. Il observe que la défense de la légitimité de l'histoire sous-tend tout l'ouvrage. En effet, Marc Bloch était convaincu que l'historien a une fonction sociale : il s'efforce d'enrichir la mémoire collective, il n'est pas au service d'une patrie et le seul groupe qu'il accepte de servir est l'humanité toute entière. Gérard Noiriel demande enfin un retour à Apologie pour l'histoire ou métier d'historien qui aiderait à résoudre la prétendue " crise de l'histoire ", qui envenime le milieu des historiens.

Avant Gérard Noiriel, Jacques Le Goff, dans sa préface à la nouvelle édition d'Apologie pour l'histoire ou métier d'historien (1993), avait déjà montré l'actualité de l'ouvrage de Marc Bloch. Il avait pointé les pistes ouvertes par celui-ci et déploré que nombre d'entre elles n'eussent pas été suivies ou aient été incomplètement exploitées.

De ce bref exposé qui néglige les contributions étrangères, on peut conclure que l'ouvrage de Marc Bloch, dont l'influence dans le passé est certaine mais difficile à mesurer, connaît aujourd'hui une nouvelle jeunesse et continuera dans l'avenir de susciter l'intérêt pour l'histoire et servira longtemps de base de discussions sur le métier d'historien.


Extrait

" De même la critique de simple bon sens, qui a été longtemps la seule pratiquée, qui, d'aventure, séduit certains esprits, ne pouvait mener bien loin. Qu'est-ce, en effet, le plus souvent, que ce prétendu bon sens ? Rien d'autre qu'un composé de postulats irraisonnés et d'expériences hâtivement généralisées.
[...]
Le "bon sens", semble-t-il, interdirait d'accepter que l'empereur Othon Ier ait pu souscrire, en faveur des papes, des concessions territoriales inapplicables qui démentaient ses actes antérieurs et dont ceux qui suivirent ne devaient tenir aucun compte. Il faut bien croire, cependant, qu'il n'avait pas l'esprit bâti tout à fait comme nous, que, plus précisément, on mettait, de son temps, entre l'écrit et l'action une distance dont l'étendue nous surprend, puisque le privilège est incontestablement authentique. "


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