Japon (4/4) : Cultures de guerre et identités au Japon, des samouraïs aux kamikazes
La Fabrique de l'Histoire 01.03.2018
http://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-de-lhistoire/japon-44

2 invités :
Constance Sereni (U Genève).
Pierre-François Soury (U Genève).
Kamikazes Flammarion 2015
Les guerriers dans la rizière : la grande épopée des samouraïs Flammarion  2017

46eme minute : Le pacifisme au Japon après la défaite de 1945

comment s’est fait le passage d’une idéologie ultra nationaliste et guerrière à un pacifisme déterminé ?

Sereni - Une réponse simple serait de l’associer à l’occupation militaire américaine.
Ce serait une erreur.

Le changement est complexe et interne au peuple japonais.
Pendant toute la guerre, l’idéologie guerrière était écrasante.
Des doutes existaient, mais il était impossible de la contester publiquement.
Lorsqu'en auût 1945, l’empereur annonce que la guerre est perdue, cette idéologie s’effondre et se dégonfle instantanément.
Aux deuils qui frappent les familles, s’ajoute un sentiment d’un immense gâchis,
celui de la disparition d’une jeunesse qui incarnait l’élite de la nation.

Souryi - Le pacifisme japonais n’est pas une invention, c’est une réalité.
Les Japonais ont tiré une leçon globale de leur histoire : plus jamais ça.

Les Japonais ont été dégoûtés du militarisme agressif des années 1930 et 1940 qui a conduit le pays à la catastrophe.
Dans le débat actuel autour de l’abolition de l’article 9 de la constitution (pas d’armée capable de mener une guerre à l’extérieur), la population est assez hostile au retour en force des discours militaristes. Le pacifisme est au cœur de l’âme du Japon actuel.

Quand des dirigeants chinois accusent le Japon d’être revanchard, un commentateur japonais rappelait : « depuis 70 ans, nous n’avons tué aucun Chinois, à la différence des dirigeants chinois qui en ont tué beaucoup ».
Il existe au Japon une réelle volonté de vivre en paix avec ses voisins.


rappel : Les Japonais et la guerre, Michael Lucken  Fayard 201

Dans « L’occupation américaine, ou le présent contre le passé », l’ouvrage traite de la propagande « démocratique » américaine, ainsi que du démantèlement des structures culturelles et idéologiques du Japon impérial. Plutôt qu’un discours classique sur l’abolition du shintō d’État, l’auteur s’intéresse à celui qui fut responsable de cette politique, l’Américain William K. Bunce (+ Charles Willoughby, Courtney Whitney ou Bonner Fellers)

De la conclusion de l’ouvrage, il faut retenir les trois points suivants.
1 - les Japonais n’ont depuis 1945 jamais manifesté d’unité dans leur perception du passé. Il est plus juste à ce propos de parler de discours singuliers, eux-mêmes influencés par des facteurs géographiques. Ce qui peut sembler une évidence doit donc être rappelé : on ne se souvient pas de la guerre dans le Hokkaidō comme à Nagasaki.
2 - il est impossible, au risque de généraliser, d’opposer comme deux blocs le peuple et les élites. L’État japonais n’a jamais, depuis la fin de la guerre, développé de grand récit national.
3 - il est essentiel d’intégrer l’étude de l’histoire japonaise à celle d’autres aires géographiques. Le comparatisme est un outil des plus intéressants et dont Michael Lucken use à très bon escient, pour montrer les cadres communs comme ses limites. L’insistance de l’auteur et sa reprise des propos d’Arnaud Nanta sur ce point est salutaire, afin d’éviter les jugements européano-centrés et moralisateurs. « Le Japon est infiniment moins étrange quand on l’observe dans sa langue que quand on l’aborde via l’anglais ou le français »

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Dôme de Genbaku (palais d’exposition industrielle), Hiroshima, Mémorial de la paix
Photo 6 août 2007, D. Dufourmantelle
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article621

 

 

 

 

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