23 novembre 2016

Lordon : La post-politique est un fantasme

 

phynance

Politique post-vérité ou journalisme post-politique ?
Frédéric Lordon, blog La pompe à phynance, 22.11.2016
http://blog.mondediplo.net/2016-11-22-Politique-post-verite-ou-journalisme-post
http://blog.mondediplo.net/


extraits :
« si l’élection de Trump a révélé « un problème avec les médias », ça n’est que très superficiellement de « ne pas l’avoir vue venir » : c’est plutôt d’avoir contribué à la produire ! »

« C’est dingue de se focaliser uniquement sur les médias »
Tout y est, et notamment que « la presse » ne se reconnaît aucune responsabilité depuis vingt ans dans la consolidation idéologique des structures du néolibéralisme, qu’elle n’a jamais réservé la parole à ceux qui en chantaient les bienfaits, qu’elle n’a jamais réduit à l’extrême-droite tout ce qui, à gauche, s’efforçait d’avertir de quelques inconvénients, de la possibilité d’en sortir aussi, qu’elle n’a jamais fait de l’idée de revenir sur le libre-échange généralisé une sorte de monstruosité morale, ni de celle de critiquer l’euro le recommencement des années trente, qu’elle n’a jamais pédagogisé la flexibilisation de tout, en premier lieu du marché du travail, bref qu’elle n’a jamais interdit, au nom de la « modernité », du « réalisme » et du « pragmatisme » réunis, toute expression d’alternative réelle, ni barré absolument l’horizon politique en donnant l’état des choses comme indépassable — oui, celui-là même qui produit de la Rust Belt dans tous les pays développés depuis deux décennies, et fatalement produira du Trump avec. Mais non, bien sûr, la presse n’a jamais fait ça.


On doit à Katharine Viner, éditorialiste au Guardian, les formidables bases philosophiques de la « post-vérité ». « Pour elle, les médias sociaux enferment leurs adhérents dans des « bulles de filtre »...  Ne serait-ce pas une description de la presse mainstream, qui ne se rend visiblement pas compte qu’elle n’a jamais été elle-même autre chose qu’une gigantesque bulle de filtre ! »

L’éditorialiste-de-la-vérité revendique le tutorat moral de la parole du peuple,  oppose aux dérives supposées la vertu assistée par le fact-checking, mais refuse toute question sur les causes de la situation et la réflexion sur d’autres politiques.


« Car voilà toute l’affaire : la post-politique est un fantasme. Elle est le profond désir du système intégré de la politique de gouvernement et des médias mainstream de déclarer forclos le temps de l’idéologie, c’est-à-dire le temps des choix, le désir d’en finir avec toutes ces absurdes discussions ignorantes de la « réalité », dont il nous est enjoint de comprendre que, elle, ne changera pas. Mais c’est le désir de ce système, et de ce système seulement. Pour son malheur, le peuple obtus continue, lui, de penser qu’il y a encore matière à discuter »

« Lorsque la gauche officielle, celle que lémédia accompagneront jusqu’à la décharge, devient à ce point de droite, qui peut s’étonner que la droite pour continuer d’avoir l’air de droite, c’est-à-dire différente de la gauche, n’ait d’autre solution que d’aller encore plus loin à droite, et que tout le paysage soit alors emporté d’un seul mouvement ? »

« Plutôt l’abîme [Trump, le FN] que la vraie gauche, voilà à la fin des fins le choix implicite, le choix de fait, de lémédia ».

 

02.12.2016 : nouvelle illustration de lémédia confondant démocratie et théâtre d'ombres :

moment-rosselin

http://twitter.com/rosselin/status/804739151614607360

 

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T : tribune de Christine Angot

 

angot-quotidien

Emission Quotidien 22.11.2016 vers la 10e minute

Christine Angot lit la tribune a publiée dans Libération 18.11.2016
http://tinyurl.com/tmc-quot-2211
http://www.tf1.fr/tmc/quotidien-avec-yann-barthes/videos/quotidien-premiere-partie-22-novembre-2016.html



La tribune dans Libération
http://www.liberation.fr/debats/2016/11/18/donald-par-christine-angot_1529378

« Dans les heures qui ont suivi l’élection, quelques incidents ont eu lieu.
A Durham, dans la nuit, sur un mur d’environ deux mètres de haut, une inscription a été taguée : «Black lives don’t matter and neither does your vote.» «La vie des Noirs n’a pas d’importance, votre vote non plus.»
En Caroline du Nord, un membre LGBT a trouvé inscrit sur sa voiture : «Can’t wait until your "mariage" is overturned by a real president. Gay families = burn in hell. Trump 2016.» «Vivement que votre "mariage" soit annulé par un vrai président. Famille homosexuelle = brûle en enfer. Trump 2016.»

Dans le Minnesota, au collège Maple Grove, des étudiants ont inscrit dans les toilettes : «Fuck Niggers, White only, Make America Great Again.» «On encule les Nègres, Réservé aux Blancs, Rendons à l’Amérique sa grandeur.»

Dans le Delaware, quatre hommes blancs, qui parlaient de l’élection, ont abordé une jeune fille dans une station essence, lui ont dit qu’ils étaient contents de ne plus avoir à faire avec les Noirs, et l’un d’eux lui a dit «How scared are you, you black bitch ?» «Alors t’as peur hein, saleté de pute noire ?» Puis «I should just kill you right now, you’re just a waste of air.» «Je devrais te tuer tout de suite, tu gaspilles de l’air.» Elle s’est effondrée en larmes, sur le sol. Et un autre a pointé une arme sur elle en lui disant «You’re lucky there’s witnessesses or else I’d shoot you right here.» «T’as de la chance qu’il y ait des témoins sinon je t’aurais tiré dessus tout de suite.»

A l’université de Louisiane, une étudiante a été bousculée par deux hommes qui portaient une casquette Donald Trump, sur laquelle était inscrit «Make America Great Again», elle est tombée par terre. Ils lui ont donné des coups de pied, ils lui ont adressé des gestes obscènes, puis ils ont dérobé son portefeuille. A l’université de San Diego, une étudiante musulmane a été attaquée par deux hommes qui parlaient de Donald Trump et des musulmans, ils lui ont volé son sac à dos, son porte-monnaie, ses clés de voiture, puis ils sont partis avec sa voiture.

Dans le Colorado, à Greeley, une jeune fille hispanique est arrivée dans sa classe, elle a été accueillie par des élèves qui lui criaient «You’re still there !» «T’es encore là !» Et ils ont crié sur ses pas pendant qu’elle faisait demi-tour «Trump 2016. Build the wall.» «Trump 2016. Construisons le mur.» Elle a dit que de sa vie elle n’avait jamais éprouvé une telle honte ni une telle colère.

A l’université de Louisiane, à Lafayette, une étudiante musulmane, qui marchait en ville, a été agressée par deux hommes blancs, dont l’un portait une casquette de baseball marquée «Trump», ils sortaient d’un immeuble, ils l’ont frappée avec un objet en métal, elle est tombée, ils ont continué à la taper en lui adressant des commentaires obscènes, puis ils lui ont arraché son voile et son portefeuille.

Au Texas, à Baylor University, une étudiante rentrait chez elle, à pied, elle marchait sur le trottoir, un homme l’a poussée pour qu’elle en descende, et il lui a dit «No Niggers allowed on the pavement.» «Trottoir interdit aux Noirs.» Elle était tellement choquée qu’elle n’a rien répondu.

Dans l’Indiana, à Bloomington, une femme noire a été insultée par des hommes blancs qui étaient dans un camion, ils ont accéléré dans sa direction, et ils ont crié par la vitre «Fuck you nigger bitch.» «Va te faire foutre sale pute noire.» Puis ils lui ont dit «Trump is going to deport you to Africa.» «Trump va te déporter en Afrique.» En trente-trois ans, elle a dit que c’était la première fois qu’elle faisait l’objet d’un racisme aussi flagrant.

A Bloomingdale, en Floride, une femme faisait son jogging, un passant lui a crié «Go back to Africa.» «Retourne en Afrique.»

Dans une école du Minnesota, un graffiti disait «Fuck Niggers - Whites only - White America - Trump». «On encule les Nègres/Réservé aux Blancs / Amérique blanche /Trump».

Tout ça n’empêche pas qu’en France les gens de droite nous disent que cette élection est logique, salutaire, voilà ce qui arrive quand on va trop loin dans le politiquement correct, et les gens de gauche qu’il fallait s’y attendre, que voilà ce qui arrive quand on n’entend pas la souffrance des déclassés. Ils nous disent, les uns comme les autres, qu’il faut respecter la force qui émane de la haine et de la bêtise, qu’il ne faut pas trop la titiller ni la contrarier, que sinon il ne faudra pas venir jouer les étonnés. Ils nous disent qu’il faut s’aplatir devant la bassesse et la flatter. Qu’elle représente une force, et que comme devant toutes les forces il faut plier. Et à l’adresse de ceux qui ne veulent pas plier ils ont une insulte toute trouvée «Fuck l’élite».

Cette chronique est assurée en alternance par Christine Angot, Thomas Clerc, Camille Laurens et Sylvain Prudhomme.

 

 

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NYC : une carte d'identité municipale

 

nyc-id-quotidien

 

IDNYC, une carte d'identité délivrée par la ville de New York, depuis janvier 2015
La ville est dirigée par Bill de Blasio, un maire démocrate.
http://en.wikipedia.org/wiki/City_identification_card


reportage dans l'émission Quotidien 22.11 vers la 6e mn
http://www.tf1.fr/tmc/quotidien-avec-yann-barthes/videos/quotidien-premiere-partie-22-novembre-2016.html

 

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