phynance

Politique post-vérité ou journalisme post-politique ?
Frédéric Lordon, blog La pompe à phynance, 22.11.2016
http://blog.mondediplo.net/2016-11-22-Politique-post-verite-ou-journalisme-post
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extraits :
« si l’élection de Trump a révélé « un problème avec les médias », ça n’est que très superficiellement de « ne pas l’avoir vue venir » : c’est plutôt d’avoir contribué à la produire ! »

« C’est dingue de se focaliser uniquement sur les médias »
Tout y est, et notamment que « la presse » ne se reconnaît aucune responsabilité depuis vingt ans dans la consolidation idéologique des structures du néolibéralisme, qu’elle n’a jamais réservé la parole à ceux qui en chantaient les bienfaits, qu’elle n’a jamais réduit à l’extrême-droite tout ce qui, à gauche, s’efforçait d’avertir de quelques inconvénients, de la possibilité d’en sortir aussi, qu’elle n’a jamais fait de l’idée de revenir sur le libre-échange généralisé une sorte de monstruosité morale, ni de celle de critiquer l’euro le recommencement des années trente, qu’elle n’a jamais pédagogisé la flexibilisation de tout, en premier lieu du marché du travail, bref qu’elle n’a jamais interdit, au nom de la « modernité », du « réalisme » et du « pragmatisme » réunis, toute expression d’alternative réelle, ni barré absolument l’horizon politique en donnant l’état des choses comme indépassable — oui, celui-là même qui produit de la Rust Belt dans tous les pays développés depuis deux décennies, et fatalement produira du Trump avec. Mais non, bien sûr, la presse n’a jamais fait ça.


On doit à Katharine Viner, éditorialiste au Guardian, les formidables bases philosophiques de la « post-vérité ». « Pour elle, les médias sociaux enferment leurs adhérents dans des « bulles de filtre »...  Ne serait-ce pas une description de la presse mainstream, qui ne se rend visiblement pas compte qu’elle n’a jamais été elle-même autre chose qu’une gigantesque bulle de filtre ! »

L’éditorialiste-de-la-vérité revendique le tutorat moral de la parole du peuple,  oppose aux dérives supposées la vertu assistée par le fact-checking, mais refuse toute question sur les causes de la situation et la réflexion sur d’autres politiques.


« Car voilà toute l’affaire : la post-politique est un fantasme. Elle est le profond désir du système intégré de la politique de gouvernement et des médias mainstream de déclarer forclos le temps de l’idéologie, c’est-à-dire le temps des choix, le désir d’en finir avec toutes ces absurdes discussions ignorantes de la « réalité », dont il nous est enjoint de comprendre que, elle, ne changera pas. Mais c’est le désir de ce système, et de ce système seulement. Pour son malheur, le peuple obtus continue, lui, de penser qu’il y a encore matière à discuter »

« Lorsque la gauche officielle, celle que lémédia accompagneront jusqu’à la décharge, devient à ce point de droite, qui peut s’étonner que la droite pour continuer d’avoir l’air de droite, c’est-à-dire différente de la gauche, n’ait d’autre solution que d’aller encore plus loin à droite, et que tout le paysage soit alors emporté d’un seul mouvement ? »

« Plutôt l’abîme [Trump, le FN] que la vraie gauche, voilà à la fin des fins le choix implicite, le choix de fait, de lémédia ».

 

02.12.2016 : nouvelle illustration de lémédia confondant démocratie et théâtre d'ombres :

moment-rosselin

http://twitter.com/rosselin/status/804739151614607360

 

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