Etat d'urgence : le débat piégé
Sécurité, libertés, quel équilibre ? Le Monde, culture et idées, 26.11.2015

http://www.lemonde.fr/attaques-a-paris/article/2015/11/26/securite-ou-libertes-publiques-le-debat-piege_4818143_4809495.html


Depuis les attentats, le gouvernement a adopté des mesures d'exception qui réduisent les libertés publiques.
Pour protéger la démocratie, la France doit-elle affaiblir les valeurs qui la fondent ?

« Les dérives américaines de l'après-11-Septembre ne pourraient pas se produire dans l'Hexagone : si la police française instaurait, comme la CIA, des  « interrogatoires renforcés » semblables à ceux décrits par le rapport du Sénat américain de 2014 – simulations de noyade, bains glacés, privation de sommeil –, elle serait condamnée par les juges de Strasbourg. La torture paraît si éloignée de la culture policière française du XXIe  siècle que beaucoup jugent ce veto superflu, mais Jean-Noël Jeanneney rappelle que « la pente est glissante ». « La gauche, en Algérie, au temps de Guy Mollet, abîma dans la torture, et pour longtemps, le meilleur d'elle-même ».

... « Le danger invoqué par les défenseurs des droits de l'homme a un autre nom : l'habitude. Les régimes d'exception sont toujours votés dans l'urgence et la fébrilité, mais ils s'installent peu à peu dans les pratiques et deviennent, au fil des ans, des dispositifs routiniers de la justice pénale. S'habituera-t-on, peu à peu, aux normes juridiques de l'antiterrorisme, au point de les conserver lorsqu'elles ne seront plus nécessaires ? " Les crises donnent souvent naissance à des législations d'exception mais, en général, elles sont supprimées lorsque la paix est de retour, souligne Antoine Garapon. Le problème, avec la guerre contre le terrorisme, c'est qu'elle n'aura sans doute pas de fin. " Nous entrons sans doute pour longtemps dans l'ère de l'antiterrorisme et de la justice prédictive ».