28 août 2015

Refuser l'uberisation du monde

 

Noces du numérique et de l’austérité
Résister à l’uberisation du monde
Evgeny Morozov, Le Monde diplomatique, septembre 2015
http://www.monde-diplomatique.fr/2015/09/MOROZOV/53676

extraits :
«Voici près de dix ans que nous sommes otages de deux bouleversements... Wall Street prône la pénurie et l’austérité ; la Silicon Valley exalte l’abondance et l’innovation. Pas de lien entre les deux ?  En fait, les deux sont entrelacés ».

Avec le numérique, tous nos faits et gestes sont espionnés et viennent alimenter un profil unique monétisable. La technique établit des liens entre des activités dont nous préférerions qu’elles restent séparées.

Les entreprises de techno cherchent à accaparer une part du juteux marché des villes intelligentes.
« Les entreprises privées ont pris l’ascendant sur des collectivités aussi dénuées d’argent que d’imagination. Elles osent leur revendre des données qui ne leur appartiennent pas. Si les villes reprenaient le contrôle de ces données, une entreprise qui ne possède quasiment aucun actif n’atteindrait pas les milliards de valorisation ».

«L’idéologie solutionniste de la Silicon Valley consiste à régler d’urgence par la voie numérique des problèmes qui ne se posent pas ou pas dans ces termes...
Ce n’est parce qu’Uber vient de Californie, région connue pour la piètre qualité de ses transports publics, que l’on doit croire que les véhicules individuels à moteur sont l’avenir des transports. C’est malheureusement ce qui pourrait arriver à cause de la baisse des investissements dans les infrastructures publiques. La solution serait de les rétablir, et pour cela, de combattre les politiques de coupes budgétaires et de permettre aux collectivités de penser les transports de manière plus diversifiée ».


- De l’utopie numérique au choc social Morozov, Le Monde diplomatique, 08.2014
http://www.monde-diplomatique.fr/2014/08/MOROZOV/50714

« Les enjeux sont clairs. Si Google truffe notre maison de jolis capteurs intelligents fabriqués par sa filiale Nest, ce n’est pas nous, c’est Google qui gagnera de l’argent lorsque nous chantonnerons dans une salle de bain branchée » .
« La numérisation de la vie quotidienne combinée à l’avidité déchaînée par la financiarisation laisse présager la transformation de toute chose — notre génome comme notre chambre à coucher — en bien productif. Les communicants célèbrent une économie de partage, alors qu’il s’agit d’une énorme redistribution des cartes.

« Les courageux champions de l’« économie du partage » évoluent dans un univers mental caractéristique du XIXe siècle. Dans leur système, le travailleur, radicalement individualisé, ne bénéficie que d’une protection sociale symbolique ; il assume les risques qui pesaient auparavant sur les employeurs ; ses possibilités de négociation collective se réduisent à néant ».

« Les idiots utiles de la Silicon Valley rétorqueront qu’ils sont en train de sauver le monde. Si les pauvres demandent à s’endetter, pourquoi ne pas les aider ? Que ce besoin de crédit puisse découler de l’augmentation du chômage, de la réduction des dépenses sociales ou de l’effondrement des salaires réels n’effleure pas ces esprits visionnaires. Ni d’ailleurs l’idée que d’autres politiques économiques pourraient inverser ces tendances, et rendre inutiles ces merveilleux outils numériques permettant de vendre toujours plus de dette. Leur tâche unique — et leur unique source de revenus — consiste à créer des outils pour résoudre les problèmes tels qu’ils se présentent au jour le jour, et non à développer une analyse politique et économique susceptible de reformuler ces problèmes pour s’attaquer à leurs causes.
En cela, la Silicon Valley ressemble à toutes les autres industries : à moins qu’elles puissent en tirer profit, les entreprises ne veulent pas d’un changement radical de société. Toutefois, Google, Uber ou Airbnb disposent d’un répertoire rhétorique nettement plus vaste que celui de JP Morgan ou de Goldman Sachs »


- « On devrait traiter la Silicon Valley avec la même suspicion que Wall Street » - Le Monde 16.10.2014
Morozov dénonce le discours des entreprises du numérique,
qui camoufle « une nouvelle forme de capitalisme ».
http://www.lemonde.fr/pixels/article/2014/10/16/on-devrait-traiter-la-silicon-valley


- Evgeny Morozov : « L’étreinte de Wall Street sur la Silicon Valley n’a jamais été aussi forte », Le Monde 14.08.2015
http://www.lemonde.fr/pixels/article/2015/08/14/evgeny-morozov



- Smartphone, VTC, nettoyage à sec, gâteaux, boisson, etc.
« Uberisation » de la societé : 24h à San Francisco, dans la Mecque de l'économie du partage
Olivier Tesquet, Télérama 13.06.2014
http://www.telerama.fr/medias/j-ai-passe-24-heures-dans-l-economie-du-partage,113661.php

Peut-on vivre en ne comptant que sur les autres ? Dormir dans des draps qui ne sont pas les siens sans aller à l’hôtel ? Picorer dans des assiettes qu’on ne lavera pas sans entrer dans un restaurant ? S’affaisser dans le siège d’une voiture qu’on ne conduira jamais sans monter dans un taxi ? C’est la promesse de l’économie du partage...
Le marché du « jobbing » (arrondir les fins de mois en vendant des services) est déguisé par la pub en « sharing economy ». Un article du New York Times y voyait une économie du désespoir, une fragmentation du travail héritée de la crise financière de 2008 et de la course au néo-libéralisme.
Le numérique entre les mains de qq requins capitalistes arrogants et effrontés ?

- The Dark Side of the Sharing Economy - The New York Times 30.04.2014
http://www.nytimes.com/2014/05/01/opinion/the-dark-side-of-the-sharing-economy.html

In the Sharing Economy, Workers Find Both Freedom and Uncertainty NYT 16.08.2014
http://www.nytimes.com/2014/08/17/technology/in-the-sharing-economy-workers-find-both-freedom-and-uncertainty.html


- L’ubérisation des esprits. blog l'olivier sauvage 19.06.2015
« Le problème n’est pas tant dans le fait de bousculer les marchés et les habitudes...
Que ce soit dans l’hôtellerie Airbnb), le commerce (avec Amazon), les transports (Uber) et d’autres, des milliers d’emploi sont en jeu, parce que ces grandes sociétés américaines se jouent des frontières et des règlementations européennes avec une effronterie sans borne. Seule la désunion des européens permet cela ».
http://blogdeloliviersauvage.wordpress.com/2015/06/19/uber-et-la-uberisation-des-esprits/

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Posté par clioweb à 08:06 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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