L’euro, ou la haine de la démocratie, Frédéric Lordon, La pompe à phynance, 29.06.2015
http://blog.mondediplo.net/2015-06-29-L-euro-ou-la-haine-de-la-democratie

extraits :
« Les Grecs sont sur le point de défier l’ordre néolibéral en son institution principale : la monnaie unique européenne. Pour nous qui souffrons des pouvoirs entièrement vendus à cet ordre, être à la hauteur de l’éclaireur grec ne réclame pas moins que de nous retourner contre nos gouvernements ».

« Depuis le premier jour, les institutions européennes n’ont pas eu d’autre projet que de faire mordre la poussière au gouvernement Syriza, d’en faire, par un châtiment exemplaire, une leçon à méditer par tous les autres pays qui pourraient avoir à l’idée eux aussi de ne pas plier, comme s’il fallait annuler l’événement de la première authentique alternance politique en Europe depuis des décennies ».

« la guerre idéologique est déclarée. Et il faudra bien cet état de mobilisation et de colère pour supporter ce qu’il va falloir supporter. Il ne faut pas s’y tromper : sauf à ce que tout l’euro parte en morceaux à son tour, hypothèse qui n’est certainement pas à exclure mais qui n’est pas non plus la plus probable, les yeux injectés de sang d’aujourd’hui laisseront bientôt la place à l’écœurant rire triomphateur des Versaillais quand la Grèce passera par le fond du trou. Car elle y passera. Elle y passera au pire moment d’ailleurs, quand Espagnols et Portugais, sur le point de voter, se verront offrir le spectacle du « désastre grec » comme figure de leur propre destin s’ils osaient à leur tour contester l’ordre de la monnaie unique. Ce sera un moment transitoire mais terrible, où, sauf capacité à embrasser un horizon de moyen terme, les données économiques de la situation n’offriront nul secours, et où l’on ne pourra plus compter que sur la colère et l’indignation pour dominer toutes les promesses de malheur. En attendant que se manifestent les bénéfices économiques, et plus encore politiques, du geste souverain ».

« il n’y a pas de choix démocratiques contre les Traités européens » Juncker 2015
La « démocratie parlementaire » qui fait vœu de débattre de tout s’est en fait constituée comme le régime politique de défense de la propriété privée du capital... elle accepte qu’on débatte de tout sauf de la propriété privée du capital... Les tenants de l’ordre néolibéral ont réussi à constitutionnaliser des pans substantiels de la politique économique... dans cette Europe, on peut discuter de tout, sauf des formes de la concurrence intérieure, du statut de la banque centrale, de la nature et des cibles de la politique monétaire, des orientations de la politique budgétaire, du rapport aux marchés financiers.


rappel :
http://clioweb.canalblog.com/tag/Lordon
http://clioweb.free.fr/debats/lordon.htm

.

.