14 mai 2015

College2016 : un enjeu très politique

 

La bagarre actuelle fournira un excellent terrain d’étude pour les politistes.
Elle mélange réforme de structure et changement de programmes.
Elle laisse dans l'ombre un élément essentiel : que peut maîtriser (en histoire) un enfant de 8 ans ?


Elle prospère sur des clivages brutaux, hérités ou nouveaux.

- Le principal est politique, avec les divergences entre gauche et droite sur l’éducation, la volonté de revanche de Sarko, la compétition au sein de l’ump/pmu entre droite et extrême-droite. Les méthodes empruntent à la mobilisation contre le mariage homo et à la surenchère contre les ABCD de l'égalité (d'où Taubira et NVB comme cibles)

- Le choc entre deux visions antagonistes de l'école, entre nostalgiques et modernistes, prend tout son poids politique (cf l'affrontement sur les compétences). En primaire, la bataille a déjà été joué : programmes de 2002 (Joutard) ou de 2008 (Darcos ?)

- La lecture de l’histoire est aussi un terrain de castagne,
entre les tenants d'une histoire-bataille (Louis XIV, Napo)
et les héritiers des Annales (Louis XIV et 20 M de Français, le Molière d'Ariane Mnouchkine).


Dans cette affaire, la droite ne manque pas de mauvaise foi.
Entre 2007 et 2012, elle a ébranlé le lycée pour récupérer des postes.
Elle a vilipendé le collège unique, mais elle n'a touché ni aux rythmes, ni aux structures du collège.
Au pouvoir, aurait-elle mené une autre politique sur le latin ?
Elle sait que les électeurs ont la mémoire courte : seuls les militants se souviennent des dégâts de la chatelisation en SES et en HG.

A gauche, il me semble que Peillon, qui avait en main toutes les cartes en 2012, a une très lourde responsabilité dans la situation actuelle. Le ministre prof de philo a joué la refondation, la morale pour tous (les profs de philo). Il a laissé en place les programmes Chatel en lycée.
Son camp risque de payer cher cette erreur de timing : une réforme du collège aurait peut-être eu sa chance dans la foulée de la présidentielle ; une telle réforme est mal en point à 2 ans de la prochaine présidentielle, dans un contexte d’impopularité durable de Hollande et d’implantation du FN.


Les maladresses du CSP sont aussi en cause.
Avec la coupure entre classe de 6e et de 5e (cycle 3 -cycle 4), la 5e commence par l’histoire (obligatoire) de l’islam. C’est une vieille habitude. Mais les polémistes ont eu vite fait d'y voir une nouveauté et d'y chercher le signe d’une prétendue islamisation.

Enfin, les médias jouent un rôle trouble.
Le cœur de leur commerce actuel, ce sont les catastrophes à l'échelle de la planète + l’insécurité (+ la téléréalité bien mal nommée + les commémorations - que l'on peut techniquement anticiper).
Pour eux, à l’école Tout doit être Ludique *. L'histoire scolaire devrait ressembler à l'histoire de France-TV : des archives truquées (Apo14-18), le passé de l'humanité réduit aux coucheries de Charlotte-Rosalie.

Ces médias qui se vendent comme le coeur de la démocratie confondent souvent débat et spectacle de l’agitation (cf la différence entre Michel Polac et Dechavanne). Aujourd'hui, pour agiter, il suffit d'inviter Finkelkraut sur France 2, Fumaroli chez Arte, Bonod sur BFM-TV, Casali sur Public-Sénat...


* cf. Chronique internet 430 :
http://clioweb.free.fr/chronique/aphg430c.pdf
« Dans un web dominé par le commerce en ligne et le bruit des conversations en continu, c’est un débat impossible. Les discours vantent la « nouveauté » et la rupture, les usages suggèrent des évolutions progressives. Au café du commerce, les opinions sont tranchées et définitives. Les médias leur font écho ; ils utilisent l'ordinateur pour caricaturer l'éducation. A les écouter, en classe, tout devrait être aussi speedé qu’une publicité pour un produit inutile, aussi profond qu’une séance de télé-réalité, aussi avisé qu’une suite de micro-trottoirs et aussi ludique que l’inventaire journalier des catastrophes sur la planète ».

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Posté par clioweb à 08:15 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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