L’Histoire et les histoires
Hans Magnus Enzensberger  
XXXVe Conférence Marc-Bloch, 4 juin 2013
http://cmb.ehess.fr/444

L'auteur oppose deux extraits de textes sur l'Allemagne de Weimar :
celui de l'historien Hans-Ulrich Wehler,
celui du romancier Alfred Döblin (Berlin Alexanderplatz, 1929)

« Le compte rendu de l'historien est singulièrement déserté par les êtres humains. Il donne l'impression d'être aussi mort qu'un paysage de Giorgio De Chirico. Les gens, dont c'est l'histoire qui est en jeu, n'apparaissent que comme des figures accessoires, comme une masse obscure au fond du tableau : le travail , les investisseurs.
En revanche, chez Döblin, le premier plan grouille de monde... »
« L'historien dit le manque de capitaux, les conflits entre capital et travail, le romancier décrit un magasin de chaussures ».
« L’historien préfère le plan de grand ensemble, alors que Döblin consacre quatre pages à un coin de rue »
« Tandis que Döblin met donc en relief le confus et le disparate, le savant recherche l'ordre et la maîtrise... »

« ...notre faculté de représentation a quelque chose d’un gant. Sans imagination historique, le passé demeure une pure abstraction. Pour l’éveiller, l’intérêt scientifique ne suffit pas. Il y faut une capacité qui s’apparente à l’empathie »

«  Linguistic turn, , semantic turn, iconic turn ou encore spatial turn... les prolongements de la postmodernité ont tendance à se mouvoir comme le hamster dans sa roue... Que les théoriciens n’aient pas le vertige, à force de tourner ainsi en rond, voilà qui prouve leur sens de l’équilibre. Hélas, je n’ai jamais pu vraiment suivre leurs exercices sportifs ».

.