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« Le général de Gaulle descendant les Champs-Élysées - À droite, le nègre Dukson ».

Photo de Serge de Sazo citée par René Dunan, Ceux de Paris août 1944
Cliché reproduit par Libération et cité sur Twitter.
https://twitter.com/libe/status/502353902831169536 - 21 août 2014 - 09:17
Libération de Paris : Pourquoi il n'y a (presque) pas de Noirs sur les photos, Libération, 20.08.2014
http://www.liberation.fr/photographie/2014/08/20/paris-libere-uniquement-par-des-soldats-blancs_1083150


2 sources majeures :
- 1 -  Dukson, « un oublié de l'histoire » de la Libération, Éric Lafon, Fondation de la Résistance,
http://www.fondationresistance.org/pages/rech_doc/dukson-oublie-histoire-liberation_photo10.htm


2 - Georges Dukson, « le lion noir du XVIIe »,
in Sylvie Lindeperg, La Libération de Paris, La voie des images, éditions Verdier, pages 90-92, 98

« Un autre héros de quartier, Georges Dukson, apparaît trois fois dans le film du CLCF (comité de libération du cinéma français) sans que Pierre Bost y prête attention. Louis Félix et Gilbert Larriaga connaissaient bien ce jeune combattant noir à l’accoutrement pittoresque - chemise blanche ouverte et pantalon retroussé sur les mollets - dont ils avaient filmé les faits d’armes. Originaire du Gabon, cet ancien prisonnier de guerre évadé vivait de menus larcins dans un hôtel borgne des Batignolles lorsque sonna l’heure de la Libération. Le 19 août 1944, quand les FFI s’emparèrent de la mairie du XVIIe, il se porta volontaire et participa à tous les combats de la rue de Rome et du boulevard des Batignolles, escortant les patrouilles, attaquant les camions ennemis, faisant feu sur les tireurs allemands, conquérant un char de la Wehrmacht. Blessé au bras lors d’un accrochage, Dukson ne pouvait plus tenir un fusil mais il repartit à l’assaut, armé de bouteilles incendiaires.

Surnommé « le lion noir du XVIIe », ce combattant splendide et rugissant ne passa pas inaperçu aux Batignolles. Il est aisément repérable dans les images du CLCF : escortant un officier allemand; juché sur un char conquis; soutenu par deux camarades, le bras en sang, juste après la fusillade. Le 26, devenu sous-lieutenant des FFI, Dukson fit le pari de s’infiltrer dans le cortège du général de Gaulle sur les Champs-Elysées. « Le lion noir » en pleine gloire commençait à perdre « le sens de la mesure » : devenu une célébrité dans son quartier [i1] ne [put] retourner à sa vie misérable ». Réquisitionnant un ancien garage allemand, Dukson se lança dans le marché noir, les vols et les perquisitions abusives, à l’image d’un héros fourvoyé de Cayatte. Sur ordre des autorités militaires, des FFI procèdèrent à son arrestation pour le conduire à la prison du mont Valérien ; profitant d’un arrêt, Dukson s’évada et fut abattu d’une balle qui lui fracassa la cuisse. Il mourut pendant son opération à l’hôpital Marmottan ».

« Si le cinéma et la photographie ne les avaient saisis en pleine action, Anita (Anne-Marie Dalmasso) et Dukson seraient des absents de l’histoire. Ils demeurent pourtant sans nom ni destin dans le film du CLCF qui privilégie un carrousel d’images et de figures anonymes tournant a vive allure pour composer le tableau du Paris libéré. Le film devait privilégier un acteur collectif, la population parisienne tout entière campée en résistante ».

La journée du 26 fut couverte par une marée de photographes et d’opérateurs…

« Les rushes réservent une surprise à tous ceux qui les examinent avec soin : au pied de l’Arc de triomphe, au tout début de la cérémonie, un opérateur a filmé le général et sa suite qui se dirigent vers la tombe du Soldat inconnu ; le sous-lieutenant Dukson entre soudain dans le champ, tel le Zelig de Woody Allen. Il a réussi à se mêler aux hommes de Leclerc, et marche à quelques pas de Charles de Gaulle. L’histoire du « lion noir » est complétée par deux plans tournés par des cinéastes amateurs. Le premier, pris quelques secondes plus tard sous un autre angle, montre la scène de face : Dukson a maintenu sa position et se trouve à moins d’un mètre du héros du jour qui le dissimule en grands partie, laissant percer le seul point blanc de son bras en écharpe. La suite du plan, passée au ralenti, révèle le geste prompt d’un Saint-Cyrien qui lui touche l’épaule pour le faire reculer, ouvrant la voie au préfet Fleuret. « L’homme caméléon » réapparaît pourtant dans les premières minutes de la descente des Champs-Elysées : dans le second plan du film des amateurs, on le voit marcher fièrement à la gauche du Général, chemise boutonnée, chaussettes sagement tirées sur les mollets. C’est au tour d’un officier de lui barrer la voie, lui intimant d’un geste de quitter 1e cortège. Une photographie permet de reconstituer toute la scène : on y voit un soldat pointer sa mitraillette en direction de l’intrus. Sorti manu militari du cortège, Dukson ne réapparaît plus dans 1es images filmées du défilé. Dans la cérémonie de renaissance de l’Etat Républicain, le combattant ardent du XVIIe était déjà un indésirable, bientôt un vaincu de l’histoire ».
Photo publiée par Pierre Bourget, Paris 1940-1944, Plon 1979. Elle est commentée par Eric Lafon sur le site de la Fondation de la Résistance, rubrique « autour d’une photographie ». http://www.fondationresistance.org/pages/rech_doc/dukson-oublie-histoire-liberation_photo10.htm

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Georges Dukson, photo Serge de Sazo (détail)

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