25 mars 2014

Apo 14-18, le retour

 

La série Apo 14-18 revient, avec le battage marketing et l’auto-célébration de France 2.

En mettre plein les yeux
Relire ce qu'écrivait en 2009 Didi-Huberman à propos d'Apo 39-45,
http://ecrans.liberation.fr/ecrans/2009/09/22/en-mettre-plein-les-yeux-et-rendre-apocalypse-irregardable_952332

ou lire Sylvie Lindeperg dans La voie des images (Quatre histoires de tournage au printemps 1944)
(notamment les 50 premières pages).

Tous deux rappellent la différence entre faire de la TV, même pour un public élargi, même avec audience, et faire de l'histoire (ou du cinéma).

Sylvie Lindeperg souligne un paradoxe : les chercheurs ont très bien documenté la production et la réception des images qui nous sont parvenues (cf les plans retenus dans Nuit et Brouillard de Resnais ou Mein Kampf de Leiser). Il devient difficile de continuer à colporter des erreurs (cf la poignée de main de Montoire refilmée fin 1944 par France Libre actualités, ou la foule des collabos dans le Vel d'hiv).
Un bon documentaire interrogerait davantage la source des images : pourquoi la mise en scène des familles régnantes de 1913 ? Pourquoi Pétain devant la caméra ?
Quand une image manque, l'historien s'interroge sur le silence (cf les images rares de la Résistance).
Le vidéaste en fabrique une ou détourne une autre de sa destination originelle (un extrait de la Bataille du rail pour illustrer l'exécution de Mocquet). L'image devient une marchandise, elle sert à bluffer, pas à traduire une vérité.

La vertu du cinéma, c'est de « montrer qu'on ne peut pas tout montrer » (JL Comolli).
La TV façon Costelle et Clarke, c'est l'exact opposé.
Pour eux il n'y a aucune limite à la visibilité et il est toujours possible d'ajouter du visible au visible (ne serait-ce pas une différence entre l'érotisme et la pornographie ?). Il faut imposer l'immersion, plonger le spectateur sous apnée, le saturer de plans, l'écraser sous un bavardage bien pensant, le convaincre qu'il n'existe qu'une lecture possible - et une seule - du sujet abordé.

« En mettre plein les yeux : c’est le contraire exactement de donner à voir. Mais l’appareil télévisuel, nous en faisons l’expérience chaque jour, fonctionne à la surenchère, à l’autosatisfaction (et à l’autocélébration) : nous avons réussi à placer huit cents plans par épisode, nous avons reconstitué les couleurs, nous avons ajouté les sons absents des images originales…  dans ce débat, il ne s’agit pas de purisme, justement : rien n’est pur en ce domaine, et toute image – dès sa prise de vue– est le résultat d’une opération technique, d’une médiation, donc d’une manipulation »

Pour Sylvie Lindeperg, le film La Rafle (comble l'absence insupportable d'image) mais surtout « vide l'histoire de sa substance politique et de son intelligibilité pour n'en conserver que l'écume émotionnelle ».


Egalement,
Antoine Rance, Stop à l'Histoire-spectacle !
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1160146-apocalypse

Claude Robinot, L'Apocalypse vue par Saint Costelle-Clarke
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1161441-.html

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Posté par clioweb à 08:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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