La culture du partage ou la revanche des foules
André Gunthert, L’Atelier des icônes, 04.05.2013
http://culturevisuelle.org/icones/2731

extraits:
« L’essor des technologies de la communication numérique a été nourri par trois utopies complémentaires : celle d’un univers documentaire plus riche que tout ce qui avait été jusque là imaginable, librement accessible; celle de la contribution bénévole des amateurs, principaux acteurs de cette révolution du savoir; celle de la propriété collective issue de l’échange égalitaire entre pairs ».

… « Depuis la philosophie des Lumières, la valorisation de la culture et sa présentation comme bien commun s’appuyaient sur la mise en retrait de ses aspects économiques et commerciaux. Grâce aux musées, à l’école ou aux bibliothèques, les œuvres de l’esprit pouvaient être présentées comme délivrées du joug marchand et accessibles à tous. Une idéologie constamment répétée opposait l’art et la culture à la marchandise. Or, en prétendant défendre les revenus des artistes, en présentant les conditions de la contribution culturelle comme celles d’un artisanat soumis à l’adage “toute peine mérite salaire”, les lobbies industriels réduisaient à néant la figure du génie qui structure la pensée moderne de l’art, et dévoilaient maladroitement la production culturelle comme entreprise économique.
Loin de rendre le piratage odieux, la défense de la propriété intellectuelle contribue à faire d’internet l’un des derniers bastions de la culture comme bien commun. Car les pratiques appropriatives que l’on observe en ligne ne visent pas un simple transfert de propriété, un déplacement du monopole d’exploitation d’un acteur à un autre, mais au contraire une mise en commun du contenu désigné comme bien culturel par l’acte même du partage ».

... « Les circulations administrées des productions culturelles à l’ère industrielle nous ont fait oublier que l’imitation et le partage sont les moteurs les plus puissants des dynamiques culturelles. … L’extension de la communication numérique (smartphones, tablettes) risque de réduire la fluidité des contenus. Toutefois, la généralisation des pratiques appropriatives et leur transformation en normes culturelles paraissent les installer de façon durable dans le paysage des sociétés développées ».

... « Chambre d’écho des opinions, le web s’est imposé comme un partenaire imprévisible avec lequel il faut compter. La culture du partage est une nouvelle revanche des foules. Nous ne faisons que commencer à comprendre ses effets sur notre culture ».