libe-erable

Québec, La police démontée - Une de Libération, 26 mai 2012

 
Trois points de vue ce week-end sur la crise provoquée au Québec par Charest,
et sur les impasses du libéralisme autoritaire.

Nuits blanches à Montréal, Perrine Leblanc - Le Monde Opnions
http://www.lemonde.fr/ameriques/infographe/2012/05/12/printemps-erable

Grève au Québec : le pouvoir à l’ouest - Libération Rebonds
Christian Nadeau, professeur au département de philosophie de l’université de Montréal
http://www.liberation.fr/politiques/2012/05/24/greve-au-quebec-le-pouvoir-a-l-ouest_821186

78, une loi anti-étudiants - Libération Rebonds
Guillaume Bard, Estelle Dricot, Marcela Fajardo, Jean-François Lessard, professeur de philosophie et de sciences humaines à Montréal. http://www.liberation.fr/monde/2012/05/24/78-une-loi-anti-etudiants_821185

 

extraits :
Depuis plus de trois mois, le Québec vit une des pires crises sociales de son histoire. En février, le gouvernement Charest a décidé d'augmenter massivement les droits de scolarité. La somme visée est loin des chiffres imposés au Royaume-Uni, mais l'augmentation est spectaculaire.
Au départ, le gvt a annoncé qu’il ne négocierait jamais avec les étudiants. Après plus de deux mois de grève étudiante, il a enfin accepté de discuter à condition que ne soit pas abordée la question des droits de scolarité, le nœud du débat. Après moins de quarante-huit heures, ces négociations ont été rompues par le gouvernement.

Incapable de dénouer la crise universitaire et sociale, Charest a fait voter la loi 78 qui va à l’encontre des libertés d’expression, d’opinion et de manifestation et vise en fait tous les citoyens du Québec. Une clause «Henri VIII» permet à l’exécutif de modifier toute autre loi, de façon unilatérale et sans passer par le Parlement. Cette loi-matraque ne règle rien ; au contraire, elle n'a fait qu’envenimer la crise. A cette loi surprise s'ajoute depuis le 19 mai le règlement municipal P-6, qui interdit de manifester masqué dans les rues de Montréal.

La répression est brutale et aveugle... « mon père, qui ne manifestait pas, le jeudi 24 mai, mais qui, se demandant d'où venait tout ce boucan, a quitté son appartement et a marché un peu ; il est tombé dans une souricière avec quatre cent cinquante personnes. On les a arrêtés, puis relâchés » écrit Perrine Leblanc qui poursuit : « Les policiers sont fatigués, tendus, sous pression, ils sont pris en otage par une loi impossible à appliquer »

« L'Etat, par sa réponse brutale à la colère d'une génération qu'on disait perdue, sans nom, une génération mésestimée et accusée du crime d'individualisme, est responsable de l'entrée en fiction du Québec ».

Au nom de l’idéologie néo-libérale, le gouvernement veut provoquer l’endettement à vie des étudiants. La logique entrepreneuriale sert d’alibi pour tenter de démolir toute forme de solidarité et rompre avec l’héritage de la Révolution tranquille.

« La position dans laquelle un gouvernement [autiste] nous place est intenable. Comment un professeur peut-il donner un cours sur la démocratie, son histoire et sa valeur, alors qu’on lui demande d’être le complice de son déni ? Comment peut-il enseigner le concept de désobéissance civile chez Etienne de La Boétie, Henry-David Thoreau ou Hannah Arendt, alors qu’une apologie un peu trop vibrante de celui-ci peut lui coûter de 7 000 à 35 000 dollars canadiens [5 400 à 27 000 euros] d’amende ? »


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