- Une loi électoraliste et discutable Le Monde diplomatique - 28/12/2011

«Génocide turc en Arménie, affirment les parlementaires français ; génocide français en Algérie, a répliqué sur-le-champ le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan : cette polémique, qui a de nombreuses explications politiques et qui entraînera peut-être des conséquences commerciales et diplomatiques, n’apporte rigoureusement rien à notre connaissance du passé. Dans un pays démocratique, une majorité parlementaire a mandat de faire la loi, pas d’écrire l’histoire ».

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- Lois mémorielles : pour en finir avec ce sport législatif purement français
Pierre Nora, Le Monde 27.12.2011

« L'histoire ne doit pas être l'esclave de l'actualité ni s'écrire sous la dictée de mémoires concurrentes » Appel de Blois 2008

« Cette loi prétend n'être que la mise en conformité du droit français avec la décision-cadre européenne du 28 novembre 2008 portant sur la lutte contre certaines formes et manifestations de racisme et de xénophobie au moyen du droit pénal. C'est faux : elle va plus loin. Devant la décision de Bruxelles, la France avait choisi une "option" qui consistait à ne reconnaître que les crimes contre l'humanité, génocides et crimes de guerre déclarés tels par une juridiction internationale. C'était admettre l'éventualité d'une criminalisation des auteurs du génocide au Rwanda, au Kosovo et autres crimes internationaux contemporains, mais mettre les historiens qui travaillent sur le passé à l'abri de toute mise en cause. La loi actuelle s'applique à tous les crimes qui seraient reconnus par la loi française ».

« A quand la criminalisation des historiens qui travaillent sur l'Algérie, sur la Saint-Barthélemy, sur la croisade des Albigeois ? Mesure-t-on à quel degré d'anachronisme on peut arriver en projetant ainsi sur le passé des notions qui n'ont d'existence que contemporaine, et de surcroît en se condamnant à des jugements moraux et manichéens ? »
http://www.lemonde.fr/idees/2011/12/27/lois-memorielles


- « Les historiens ne peuvent qu’être réticents aussi sur la notion de crime contre l’humanité associée au génocide. Pas sur le plan moral, bien sûr, mais sur le plan juridique et philosophique. Cette notion exprime que les auteurs de crimes ne seront jamais à l’abri de poursuites jusqu’à leur mort. Mais après ? S’il n’y a plus d’auteurs de ces crimes, est-il légitime de ne pouvoir incriminer que les historiens qui évoquent ces crimes ? Laissera-t-on aux juges l’évaluation de la «minimisation» ou de la «banalisation grossière» ? »
http://www.liberation.fr/monde/01012379101-il-s-agit-d-eloigner-la-perspective-d-une-candidature-de-la-turquie-a-l-europe


- Point de vue opposé de Gérard Noiriel - Blog Performance
A propos des lois mémorielles. L’enjeu des mots et la pensée unique de l’histoire
http://noiriel.over-blog.com/l-enjeu-des-mots

« Au CVUH, nous avons combattu l’expression lois mémorielles  parce qu’il nous semblait scandaleux, d’un point de vue civique, de placer sur le même plan une loi faisant l’apologie de la colonisation, avec les lois Gayssot et Taubira, ou avec la loi reconnaissant le génocide arménien. En critiquant la formule « lois mémorielles », nous voulions attirer l’attention du public sur un autre point. Englober tous ces textes législatifs sous cette étiquette permettait aux animateurs du mouvement « Liberté pour l’histoire » de déplacer l’enjeu du débat. La loi du 23 février 2005 était, en effet, par son article 4, la seule qui autorisait l’intrusion directe du pouvoir politique dans l’enseignement de l’histoire. Ce qui était contraire aux principes élémentaires de notre démocratie. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle cet article a été déclassé. Les autres lois incriminées par Pierre Nora et ses amis sont des enjeux de mémoire. Elles peuvent certes avoir des incidences indirectes sur la recherche historique. Mais elles ne disent pas aux historiens ce qu’ils doivent enseigner ou chercher. La bataille contre les lois mémorielles est en fait une bataille politique, qui vise à discréditer les revendications des « minorités » qui veulent qu’on reconnaisse les souffrances qu’elles ont subies dans le passé. Cette bataille  est une facette des discours dénonçant le « communautarisme » et le « politiquement correct ».