15 décembre 2011

Mettre l'humain au centre ...

 

- Nathalie Mons : [la notation des profs par le seul chef d'établissement] « Une mesure à contre-courant »
Si le projet ump-chatel passait, « la France adopterait un modèle ultraminoritaire, en vigueur dans seulement deux pays, et en plus en voie de disparition - la Belgique l'a abandonné il y a quelques années en décidant d'avoir recours aussi à des inspecteurs. Elle irait ainsi à contre-courant des tendances actuelles qui vont vers le collectif et un regard externe ». La France est aussi l'un des rares pays à ne pas évaluer ses établissements

Egalement dans Libération Education :
http://www.liberation.fr/education,99763
« Le texte est imprécis, qu’est-ce qu’on mesure finalement ? »
C.P. proviseure d’un Lycée Pro à Toulon
« Ce ne sera pas pire que le système actuel, c’est la loterie »
Prof des écoles
« Il faut faire évaluer les profs par des spécialistes »
B.M. Professeur de collège à Montreuil
« Si le chef d’établissement devient un patron, c’est non »
P.R. Inspecteur (académie de Clermont)
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L'actualité de l'Education  Rue des Ecoles, 14/02/2011 -
3 invités, E Davidenkoff, M Baumard, F Jarraud
L'émission au format mp3 : http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/11192-14.12.2011-ITEMA_20329344-0.mp3

L'émission revient sur la rétention de l'information, sur la politique actuelle de l'éducation, sur l'enjeu de la notation (l'évaluation ?) des profs, sur le repérage des enfants supposés à risque dès la grande section de maternelle.

Vers la 12e minute : Pourquoi la relative atonie des enseignants face à l'annonce sur la notation des profs par le seul chef d'établissement ? Parfois les facteurs, ED cite : le calendrier ; ballon d'essai ou casse délibérée ; depuis 2003, rupture dans mobilisation (amputation du salaire). Selon lui, si cette dernière mesure passe sans mobilisation significative, alors qu'elle touche au coeur du métier d'enseignant, alors le gvt pourra ensuite tout se permettre (dans son entreprise de démolition partisane, ce que la com' vendait comme rupture en 2007).

MB  évoque une profession totalement déstabilisée et une tactique redoutable du ministre actuel : il communique sans arrêt, mais il n'a jamais exposé clairement sa vision de l'école. D'où l'impression d'être devant un puzzle, où les pièces arrivent l'une après l'autre. On tente un coup (cf le programme ECLAIR), on ne fait jamais de bilan, et quand cela passe sans bruit, on accélère jusqu'a ce que cela coince.

28e minute : une fois que l'on a écarté toute référence à la pédagogie, une fois que l'on a supprimé la formation, les postes, les dispositifs d'aide, que reste-t-il pour faire marcher le système ? La schlague ?? (FJ)

Plusieurs lectures politiques.
2 dans l'émission :
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MB cite aussi un entretien avec M Gauchet : la droite a une seule idée sur l'Education, de la maternelle à l'université : mettre des petits chefs partout !
- Le pouvoir actuel peut aussi jouer électoralement les parents (de droite) contre les profs (FJ), voire se servir de la jalousie de salariés précarisés à l'égard des fonctionnaires (la détestation de la fonction publique, c'est un fond de commerce habituel de l'extrême droite)

- Une troisième sur la durée :
Relire l'Appel des Appels - Remettre l'humain au coeur de la société (22/12/2008) :
http://www.appeldesappels.org/

« A l'Université, à l'École, dans les services de soins et de travail social, dans les milieux de la justice, de l'information et de la culture, la souffrance sociale ne cesse de s'accroître. Elle compromet nos métiers et nos missions.

Au nom d'une idéologie de l'homme économique, le Pouvoir défait et recompose nos métiers et nos missions en exposant toujours plus les professionnels et les usagers aux lois naturelles du Marché. Cette idéologie s'est révélée catastrophique dans le milieu même des affaires dont elle est issue.

Nous, professionnels du soin, du travail social, de l'éducation, de la justice, de l'information et de la culture, refusons qu'une telle idéologie mette maintenant en faillite le soin, le travail social, l'éducation, la justice, l'information et la culture ».

Ecouter et lire Roland Gori* (il était à l'IRTS d'Hérouville vendredi dernier).
http://clioweb.free.fr/dossiers/rolandgori.htm

A Lille, vers la 35e minute, il dénonce la casse des métiers et leur réduction au seul travail soumis à la mécanisation (le numérique) et à la course double à la productivité et au dumping social. Selon lui, l'injonction faite à ses agents d'abandonner leur mission et de se convertir aux logiques de l'entreprise privée est une véritable trahison. La violence de cette rupture symbolique génère à la fois une énorme colère (cf le mouvement contre la démolition des retraites) mais aussi de la démobilisation et de la désespérance.


- « On dépossède les professionnels de leurs savoirs » - Libération 21/10/2011
http://www.liberation.fr/societe/01012366982-on-depossede-les-professionnels-de-leurs-savoirs

- « L’école condamnée à produire du capital humain » - Libération 22/10/2011
A la botte de l’économie (et de la finance), le système scolaire serait lancé dans une course à la compétitivité. Une mutation que déplore le sociologue Christian Laval, qui dénonce le déclin de la pédagogie et un surcroît d’inégalités.
http://www.liberation.fr/societe/01012367077-l-ecole-condamnee-a-produire-du-capital-humain


- Comment vendre à la découpe le service public - Laurent Bonelli, Serge Pelletier - Le Monde diplomatique 12/2009
http://clioweb.free.fr/debats/decoupe-public.htm


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L'Ecole change-t-elle de modèle ?

 

L'école française est-elle en train de changer de modèle ?
Maryline Baumard - Le Monde Education - 11.02.2011
http://www.lemonde.fr/education/contre_enquete/2011/02/10/l-ecole-francaise-est-elle-en-train-de-changer-de-modele_1478198_1473685.html

2 sources en ligne pour un article cité dans l'émission Rue des Ecoles du 14/12/2011
http://www.educationetdevenir.fr/spip.php?article389
http://www.profencampagne.com/

Se rapproche-t-elle du système anglo-saxon ?
Qu'en pensent les acteurs de terrain ?

Une nouvelle école s'esquisse. Comme face à un puzzle auquel il manque trop de pièces, il est longtemps resté difficile de deviner à quoi l'école de l'après-2012 pourrait ressembler en cas de réélection de la droite. Est-ce qu'on était dans un simple régime minceur - jeudi 10 février, les enseignants sont en grève pour dénoncer une rentrée avec 16 000 postes en moins -, ou dans un changement de modèle ? La réponse s'impose doucement et une architecture nouvelle se dessine.
La pièce maîtresse s'est emboîtée le 12 janvier. Ce jour-là, a été annoncé le passage sous statut dérogatoire de près de 2 000 collèges et écoles. Dès septembre 2011, une part des 354 collèges et 1 725 écoles vont imaginer leur propre projet pédagogique, trouver des enseignants volontaires pour le mettre en œuvre et une organisation sur laquelle l'appuyer. Le tout contractualisé avec le recteur.

La promesse d'une contagion territoriale. Ce ne sont que 3,5 % des écoles et 4,5 % des collèges du pays ; de surcroît, ce sont les plus difficiles. Mais la symbolique est forte et le discours présidentiel prononcé le 19 janvier, lors des vœux au monde de la connaissance, augure d'une contagion territoriale à venir. Félicitant la ministre de l'enseignement supérieur Valérie Pécresse, qui a amené 90 % des universités à l'autonomie, le chef de l'Etat a lancé devant 500 invités : " Si cela marche pour les universités, cela doit marcher aussi pour nos établissements, les lycées. Et si, dans notre pays, on faisait confiance aux enseignants, en leur laissant un peu d'autonomie ? "
Déjà, depuis la réforme du lycée, à la rentrée 2010, les proviseurs disposent d'un tiers de leurs heures à gérer en fonction de leur projet d'établissement. Un petit avant-goût dont ils ont encore un peu de mal à se saisir. Avec les conversions expérimentales de la rentrée prochaine, une mue plus importante se prépare. On octroie là " aux chefs des établissements lesplus difficiles une voix dans le recrutement des enseignants. C'est un début. On verra s'il passe ", lance l'académicien Antoine Compagnon dans un entretien au Point du 27 janvier.

Des "cellules dormantes". La grande mue se prépare, par bribes, sans plan d'ensemble visible. "Comme en espionnage, on installe des dispositifs dormants. Un matin, on se réveillera, ils seront activés et le paysage aura changé", analyse Christian Chevalier, secrétaire général du Syndicat des enseignants.
L'autre "cellule dormante" est la hiérarchie intermédiaire. Doucement, on la prépare à ses nouvelles fonctions. Les chefs d'établissement sont particulièrement choyés par le ministre qui voit en eux une bonne courroie de transmission. Dernièrement, Luc Chatel a voulu signer avec eux l'octroi d'une prime de 6 000 euros tous les trois ans. Au mérite. Un mois avant, les recteurs avaient vu leur prime flamber avec la mise en place d'une part de la récompense modulée selon la politique menée. Un recteur peut désormais obtenir 6 840 euros annuels de plus qu'un autre, qui traîne des pieds.

Or dans un système autonome, il faut des chefs. Le philosophe Marcel Gauchet prédisait, dès 2009, ce qui se dessine dans l'enseignement scolaire. " La seule idée de la droite, en matière d'éducation, est de créer des patrons de PME à tous les niveaux, de la maternelle à l'université. Il paraît que c'est le secret de l'efficacité ", expliquait-il, de l'ironie plein la voix, dans un entretien au Monde le 23 avril 2009.
Dans une éducation nationale pilotée par le terrain, chaque établissement pourra développer son projet. Déjà 124 collèges ou lycées proposent des cours le matin et du sport l'après-midi. Durant sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait promis de " permettre à tous les parents qui le souhaitent de choisir pour leurs enfants un établissement réservant l'après-midi aux activités sportives, culturelles ou associatives ". Bientôt, d'autres établissements vont développer les sciences. Le plan présenté par Luc Chatel autorise cette orientation. Et puis, compte tenu des restrictions budgétaires, il y aura ici un lycée qui joue la carte des langues vivantes et là un autre qui se concentre sur les langues anciennes.
La rationalisation des options aboutira à ce profilage. Un peu comme dans l'enseignement privé sous contrat, où tel établissement est plutôt scientifique, tel autre élitiste ou axé sur l'épanouissement de l'enfant, quand un troisième est réputé pour son savoir-faire avec les élèves en difficulté.
Dans un système où les établissements ne se ressembleront plus, permettre aux familles de choisir a du sens. L'ouverture du choix des collèges et des lycées a été la première mesure prise dans le domaine de l'éducation par Nicolas Sarkozy à l'Elysée. Annoncée début juin 2007, elle paraissait symbolique. Demain, ce pourrait être la clé de voûte d'un système où les propositions différeront réellement d'un collège ou d'une école à l'autre.

Taux de réussite et évaluations. Et pour bien choisir, il faudra que chacun affiche ses résultats. Pour le bac, les statistiques sont disponibles. Pour les collèges, les taux de réussite au diplôme national du brevet se trouvent le plus souvent sur les sites académiques. Mais pour les écoles, rien. A moins que les enseignants qui se refusent à faire passer les évaluations ne soient pas tout à fait paranoïaques et qu'un jour l'outil d'évaluation nationale ne devienne un outil de classement. Thierry Cadart, le secrétaire général du SGEN-CFDT, ne l'exclut pas, " une fois que l'outil existe, on ne contrôle plus rien ".
D'ailleurs la publication école par école était le souhait initial de Xavier Darcos qui annonçait, le 28 janvier 2008 : " Je souhaite mettre en place une double évaluation, pour les classes de CE1 et de CM2, qui aura lieu en milieu d'année. Les résultats obtenus par chaque école seront mis en ligne sur Internet pour permettre aux parents d'en avoir connaissance ". Un an plus tard, il revenait sur sa décision. Le mal était fait et ces évaluations ont été partiellement sabotées cette année encore par des enseignants opposés à cette mise en compétition.
Comme le rappelle régulièrement Luc Chatel, il n'y aura plus de grand soir de l'éducation. Le paysage nouveau se dessine par petites touches, par glissements successifs. Mais au final, on pourrait bien, d'ici quelques années, se réveiller avec un modèle éducatif très différent, des établissements qui auraient chacun une identité, un projet et le vendraient à des parents en mal de choix.
Une construction brique à brique. Connaissant l'attachement syndical à une certaine uniformité - parfois purement théorique -, le gouvernement joue le puzzle. Une pièce par-ci, une pièce par-là, sans que l'architecture d'ensemble soit immédiatement lisible. Mais un jour, le paysage sera redessiné, le puzzle sera terminé et tout le monde n'y aura vu que du feu. D'autant que l'attention des observateurs est retenue ailleurs. Cette construction brique à brique est masquée par un autre combat qui occupe le devant de la scène : une bataille pour la sauvegarde des postes, alors que plus de 100 000 ont été supprimés depuis 2007. Et pendant que les syndicats s'échinent sur ce combat perdu, la voie est libre pour les grands travaux.


Autres articles dans une double page du Monde :
- A Lille, une brèche pour gérer le public comme du privé (programme CLAIR ou Eclair)
- Grande-Bretagne : L'école libre (les free schools), c'est possible
- Entretien avec François Dubet : « Il y a évolution sur le long terme, pas révolution »

 

 

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