05 avril 2011

Le monde selon Facebook

 
Dans un article publié par Le Débat n° 163 (janv-fev 2011) , Jérôme Batout se sert du film The social network pour souligner un paradoxe : Facebook est une entreprise qui fait commerce des données privées et tire profit de l'affichage d'une affinité de façade (« j'aime », x est mon « ami »...). Or ceux qui sont à l'origine de l'entreprise ont tous été marqués par une rupture : conflit sentimental entre MZ et sa copine, conflit d'affaires entre MZ et les jumeaux Winklevos, démêlés en justice avec un autre associé.. « Le film met en scène l'accumulation prodigieuse de coups fourrés, de dissimulations, de vengeances...»

JB constate que Facebook clive l'espace public comme aucun autre site internet ne l'a fait...Un site qui prétend avoir attiré 500 millions d'internautes doit nécessairement mettre le doigt sur un formidable besoin social. Mais « cette puissante adhésion suscite en même temps un féroce rejet ».

Il ajoute que Facebook, le résultat d'une succession de conflits mal maîtrisés, est fondé sur le refoulement de toute divergence et de toute forme de conflit.
L'affichage des affinités de surface est survalorisée, sur le modèle de l'overfriendly, une manière de faire société peut-être habituelle à Harvard ? Tout ce qui pourrait exprimer le commencement d'un désaccord est découragé. En cas de divergence, par peur d'engager le débat (ou par incapacité) , on laisse pourrir la situation, jusqu'au point extrême de la rupture. Or la dimension conflictuelle est normale dans la vie sociale, dans la vie d'une démocratie, dans la formation d'une personnalité. A force de l'éviter et de la refouler, on pousse la crise à son paroxysme et on débouche sur une impasse. Les seules sorties envisagées alors résident dans le déni et dans la fuite : on peut bloquer un internaute, on peut faire supprimer un contenu en le signalant de façon anonyme.

JB interroge l'application d'une telle philosophie à la société et à la vie publique.
Que serait une société faite uniquement de l'addition des groupes d'affinités superficielles ?

Il termine par 4 questions :
- D'où vient une telle volonté de refoulement du conflit ?
- Le refoulement du confit conduit inexorablement à la radicalisation. Quels dangers, individuels et publics en résultent ?
- Que peut-on entreprendre pour favoriser la ré-appropriation de cette dimension conflictuelle ?
- Le conflit et le compromis sont au cœur de la démocratie. Que devient cette démocratie quand le conflit est systématiquement évité et refoulé ?

 
rappel :
- Facebook, un cas d'école, le lien vers l'analyse critique par Thierry Joliveau en trois articles de la carte de Paul Butler 
http://clioweb.canalblog.com/archives/2011/02/04/20302536.html

 

Posté par clioweb à 08:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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