11 janvier 2011

Wikileaks, antis et pros

4 sources pour cette revue de presse :

- Comme on nous parle, Une émission de France Inter vendredi 7 janvier.
En fait 15 mn à écouter (et à regarder) pour les arguments utilisés par Ali Ribeihi et ses trois invités (A Finkielkraut, T. Legrand, G Tabbard).  Un détail : quand la radio veut concurrencer la TV, elle ne filme qu'un seul invité et ses mimiques face à la musique de John Pigeon (diffusée par provoc ?) … En contrepartie, sur la TNT, la TV du pauvre se contente souvent de vendre de la radio filmée...
- 3 points de vue parus dans le dossier du Monde sur WikiLeaks, entre déballage et démocratie.
. Dominique Cardon, En finir avec le culte du secret et de la raison d'Etat - 03/12/2010
http://www.lemonde.fr/retrospective/article/2010/12/03/
. Patrice Flichy, C'est la réhabilitation du journalisme d'expertise - 03/12/2010
http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/12/03/
. Jean-Claude Rufin, WikiLeaks ou la troisième révolte - 21/12/2010
http://larevuedelepoque.20minutes-blogs.fr/

Les réactions que suscite WikiLeaks sont contrastées, écrivent les contributeurs de Wikipedia.  La plupart de ses publications déclenchent de violentes polémiques et des intimidations au plus haut niveau. Le site a également dû faire face à des problèmes techniques et financiers qui menacent son existence même.
Cependant, son action trouve aussi des défenseurs, y compris dans les pays francophones : le Parti pirate suédois ; Reporters sans frontières; La Quadrature du Net... (ils ajoutent que malgré son nom, Wikileaks n'est pas un wiki...)

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Pour les adversaires de Wikileaks,
- La démocratie serait la cible unique, la sécurité des états (et des USA) serait menacée, la vie de leurs agents mise en péril. Hantise ultime : des révélations pourraient porter sur le monde de la finance...
- Wikileaks abolirait le rôle de médiateur de la presse
- Il incarnerait le mythe de la transparence absolue et l’impossibilité d’une vie privée avec ses petits secrets.
- La personnalité de Julian Assange et ses propos sont décortiqués…

« Rétif par nature à tout contrôle, multiple, insaisissable, impossible à unifier et sans doute à réguler, ce cinquième pouvoir est en train d'acquérir une puissance qui menace tous les autres. En poussant sa logique au plus loin, il est possible d'imaginer que l'activité de ce cinquième pouvoir peut, à terme, rendre les démocraties impossibles à réformer et peut-être même à gouverner, les secrets impossibles à protéger, l'autorité, même émanant de la loi et garantie par la justice, impossible à exercer ». JCR - Le Monde 210/12/2010
(JCR voit trois âges dans la révolte - revanche du citoyen face un Etat à la fois envahissant et impuissant : l’âge de l’humanitaire, celui de l’altermondialisme, celui du militantisme virtuel). Un détail : le 5e pouvoir, pour Rufin, c’est l’initiative citoyenne (des centaines de milliers d’associations). Pour AF, c’est l’internet.

Ceux qui sont familiers de ce type de controverse savent que le statut de celui qui parle est déterminant. Il permet souvent d’anticiper les arguments qui vont être développés. Noter aussi d’emblée la grande confusion dans les domaines mis en avant : la vie politique, le débat citoyen, la presse, l’audio-visuel, l’internet…

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Retour sur quelques arguments avancés :

- La fin de la médiation ? Wikileaks ( ou plutôt le web) empêcherait les journalistes de faire leur boulot, en donnant un accès gratuit aux sources brutes et en effaçant la hiérarchie entre les sujets.

L’argument ne tient pas : les données sur l’Irak ou l’Afghanistan ont été traduites en cartes interactives par The Guardian. Les dernières « révélations » ont transité par 5 quotidiens respectés et ont donné du travail à quelques dizaines de journalistes. De plus certains spécialistes disent n'avoir trouvé dans ces cables diplomatiques une simple confirmation de leurs analyses antérieures. « Le café de la diplomatie ne vaut guère plus que celui du commerce » écrit Jean Cattan (Le Monde Opinions).

Pour les adversaires de Wikileaks, le Off serait menacé ; pour eux la complicité entre politiciens et journalistes serait légitime,
une légitimité qu'ils semblent refuser au journalisme d'investigation et de critique. Ils tolèrent le travail du Canard enchaîné, mais avec des réserves...
Pour eux, dans la version internet, le journalisme d'investigation changerait d’échelle (l’industrie remplaçant l’artisanat) et donc de nature. Il y aurait à dire sur leur convocation de la morale (l'argument du "vol numérique") dans un clonage des discours de l'industrie du disque).

- L’immédiateté et la course au scoop empêcheraient toute lecture distanciée.
La recherche du scoop a-t-elle attendu l’internet ?
En fait, ne faudrait-il pas chercher la source dans les contraintes économiques (vendre le maximum de publicité) et dans l'évolution liée à la technique, qui permet une info en continu, de CNN à France-Info...

Les arguments sur la presse se comprennent chez ceux qui se sont attribués la légitimité de dire aux autres ce qu’il faut penser. Ils méconnaissent l’importance de la logique économique : qui possède en France les principaux titres d’information ? Ils suggèrent le refus de prendre en compte l’intelligence et la culture des lecteurs, des auditeurs et des téléspectateurs.

- La transparence absolue  ?
AF cite en référence diabolique la Stasi, et feint de confondre la surveillance policière étatique dans une dictature avec la sous-veillance, l’exposition calculée d’infos personnelles sur les réseaux sociaux. DC souligne l'importance du jeu des acteurs du web, leur combinaison d’exposition et de dissimulation. Pour lui, la visibilité des données est généralement limitée à un cercle restreint de correspondants (sauf en cas d'inimitiés brutales et de coup tordu intentionnel).

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PF évoque un changement important dans les méthodes du journalisme : l’appel à des logiciels pour traiter et exploiter les masses énormes et brutes contenues dans les bases de données (« le journalisme de données »). Il fait aussi le pari de l’intelligence et de la culture des lecteurs éclairés.

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DC évoque les conflits de loyauté [engendrés par la RGPP et de la découpe des services publics], et les tensions morales auxquelles sont soumis les agents de l'Etat.

Quant à la raison d’Etat, il écrit :
« Au prétexte de la tyrannie de la transparence, l'affaire WikiLeaks a ranimé chez certains le culte du secret et de la raison d'Etat. Une révélation de plus, et ce sont les vertus de la politique machiavélienne qui seront réhabilitées et, avec elles, cette habitude de protéger n'importe quel agissement du pouvoir du discrétionnaire "secret défense" ».

« C'est pourtant moins le risque de la transparence que celui de l'opacité qui menace aujourd'hui la communication des pouvoirs économique et politique. La demande d'informations issues des coulisses apparaît alors comme un contre-feu face à l'hypertrophie des stratégies de communication qui cadenassent dans une langue de plus en plus artificielle les discours du pouvoir ».

D Cardon et  P Flichy ont longuement exposé leur point de vue dans Le Grain à moudre (16/12/2010).
Ne cherchez pas la transcription sur le site du Nouvel Observateur, elle n'existe pas et n'existera pas.
Lire quelques notes personnelles dans ce billet du 31 décembre 2010

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Bavardages et réflexion approfondie

dans le dernier Place de la Toile, la lecture de Xavier de la Porte, vers 30 mn 50 s :
l'émission en version mp3

How Tweets and Texts Nurture In-Depth Analysis
« Comment les tweets et les textos nourrissent l’analyse approfondie ».
Clive Thompson - Wired  27/12/2010
http://www.wired.com/magazine/2010/12/st_thompson_short_long/

adaptation française :
Du bavardage à la réflexion profonde
http://www.internetactu.net/2011/01/10/du-bavardage-a-la-reflexion-profonde/

version avec qq modifications :

On dit souvent que l’Internet aurait détruit la patience nécessaire aux gens pour les échanges longs et approfondis (Cf. le fameux « Google nous rend-il encore plus stupides ? »). La forme de discussion contemporaine ne consisterait qu’en textos, tweets et autres messages instantanés. Et la popularité de ces déversoirs d’énoncés adolescents signifierait que nous avons perdu notre appétence à la réflexion lente et raisonnée.

Mais tout ceci est-il vrai ? se demande Clive Thompson.

Je n’en suis pas certain, poursuit-il. Je pense que ce qui a lieu est beaucoup plus complexe, et beaucoup plus intéressant. Ce torrent de pensées à court terme est en fait un catalyseur pour une méditation à plus long terme.

Quand il se passe aujourd’hui quelque chose d’important dans le monde, on est assailli par une tempête de mises à jour de statut. Ce ne sont que des instantanés, ils sont souvent imprécis, fruits de la rumeur, et pas forcément vrais. Mais ça n’est pas grave ; l’expression prudente n’est pas leur vocation première. Les internautes ne font que remâcher l’événement, dessinant une première impression des interprétations possibles.

Le temps long, c’est l’exact opposé : l'analyse approfondie peut prendre des semaines, des mois, voire des années. Auparavant, seuls les médias traditionnels, comme les magazines, les documentaires ou les livres, proposaient cette vision à long terme. Mais aujourd’hui, la plupart des analyses en profondeur lit Clive Thompson proviennent des chercheurs ou d’entrepreneurs qui tiennent des blogs : les fans de Dexter qui rédigent des exégèses de plus de 5000 mots sur la série ou des associations à but non lucratif comme le Pew Charitable Trusts qui produit des rapports très fouillés sur la vie des Américains.

Le temps long prospère aussi avec la Longue Traîne. Alors qu’un tweet devient obsolète en quelques minutes, une vision à long terme peut garder de la valeur pendant des années. Dans les années 90, les articles que je publiais dans les magazines, dit Thompson, s’évaporaient quand le numéro disparaissait des kiosques. Mais maintenant que ces articles sont en ligne, les lecteurs m’envoient chaque semaine des mails me disant qu’ils sont tombés sur l’un d’entre eux datant de plusieurs années.

Le perdant, c’est le moyen terme. C’était, historiquement, la valeur ajoutée d’hebdomadaires comme Time ou Newsweek : ces magazines publiaient des reportages ou des articles produits quelques jours après un événement majeur, avec un peu d’analyse saupoudrée sur le dessus. Ils ne sont pas assez rapides pour être conversationnels, et pas assez lents pour à être vraiment profonds. L’internet a essentiellement démontré à quel point ce type de pensée était peu satisfaisant.

Cette tendance a d’ores et déjà changé la manière dont on blogue. Il y a dix ans, mes blogueurs préférés, explique Thompson, écrivaient dans ce moyen terme – un lien avec quelques phrases de commentaire – et ils faisaient quelques mises à jour chaque 24 heures. Depuis que Twitter est arrivé, ils bloguent moins souvent, mais avec des posts beaucoup plus longs, beaucoup plus fouillés.
Pourquoi ?

« Je diffuse l’anecdotique sur Twitter et je ne blogue que quand j’ai quelque chose de vraiment important à dire » explique le blogueur Anil Dash. Il s’avère que les lecteurs préfèrent cela : une étude montre que les posts de blogs les plus populaires aujourd’hui sont les plus longs, 1 600 mots en moyenne (entre 8 et 9 000 signes).

Même nos outils de lecture se modifient pour s’accommoder à cette montée du long terme. Et Thompson de citer trois exemples : Readability, une application qui donne aux textes des sites internet la forme d’une colonne propre, sans publicité, au centre de l’écran – une forme parfaite pour une lecture sans distraction -, une application qui a eu tant de succès que Apple l’a implémentée dans la dernière version de Safari. Deuxième exemple donné par Thompson, l’Ipad : il a été critiqué comme un outil dédié à la seule consommation. Mais c’est là selon Thompson tout son intérêt : c’est un outil magnifique pour la lecture de ces formes longues. Dernier exemple, Instapaper, une application qui sert à mettre de côté du matériel en ligne pour une lecture ultérieure, une application qui a séduit un million d’utilisateurs sans aucune promotion publicitaire.

Conclusion de Clive Thompson : « Nous surfons et nous bavardons beaucoup, certes. Mais nous savons aussi explorer les profondeurs ».

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MHF : le comite scientifique

d'après Le Monde (10/01/2011), le comité scientifique de la MHF comprendrait :

« Sauf surprise de dernière minute, y siégeront
l'archiviste Paule René-Bazin,
les historiens Jacques Berlioz (directeur de l'Ecole nationale des chartes),
Dominique Borne (doyen de l'inspection générale de l'éducation nationale),
Eric Deroo (spécialiste de la colonisation et documentariste),
Jean Favier (ancien directeur général des Archives de France et spécialiste d'histoire médiévale),
Etienne François (ancien directeur du Centre Marc-Bloch de Berlin),
Dominique Missika (productrice à France Culture et éditrice chez Robert Laffont),
Pascal Ory (professeur à l'université Paris-I et spécialiste d'histoire culturelle),
Jean-Christian Petitfils (spécialiste des XVIIe et XVIIIe siècles),
Jean-Pierre Rioux (ancien inspecteur général de l'éducation nationale),
Anthony Rowley (directeur éditorial chez Fayard),
Benjamin Stora (professeur à l'université Paris-VIII et spécialiste de la colonisation),
Laurent Theis (médiéviste et éditeur chez Perrin)
et Emmanuel de Waresquiel (spécialiste du XIXe siècle)  ».

deux dossiers à traiter en priorité :
- « Trouver une sortie de crise avec les Archives nationales, dont une partie des personnels occupe depuis le 16 septembre 2010 l'hôtel de Soubise, dans le quartier du Marais à Paris, pour protester contre l'installation dans ce lieu de la future Maison de l'histoire de France.
- Réfléchir au contenu de la future institution ». (source : GM- cvuh)


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